lundi 27 avril 2009

Légère refonte

Bienvenue sur mon blog.

Si tu viens d'arriver, tu peux choisir de le consulter article par article, en les remontant par ordre chronologique depuis le premier (Que la lumière soit...) en bas de la page septembre, ou tu peux choisir un article dans les catégories suivantes.

Articles par thème :
News/Communication avec le lecteur :
Que la lumière soit..., ...et la lumière fut, Blogosphère, Et si on parlait de moi ?,
Coups de gueule :
Ta machine à tuer, Tous aux urnes !, Rejet de l'intelligence, Rue de Stalingrad, Rien à gauche, rien à droite, je traverse..., Facebook
Politique :
10 bonnes raison de haïr les rouges, Et pourquoi pas le centre ?, Démocratie, Pirates, Libéralisme, Patriotisme et nationalisme, Populismes, Mon utopie libérale, Consumérisme
Réflexions autour de l'actualité :
Matraquage médiatique, Le naufrage de Zoé, Comportement exemplaire, Bien fait !
Délires :
Je suis un rebelle, Crois en moi, Dieu est un système d'exploitation, Religion en kit, C'est chiant!, Et si nous avions créé Dieu
Réflexions diverses :
Je suis d'accord avec moi-même, Débats stériles, Amitié et familiarité, L'acte désintéressé, Le monde est petit, Évolution, Pourquoi ?, Tolérance, Mort et suicide, L'esprit de communauté, Tout et son contraire, Tout le monde se plaint, Saine violence, Musique, goûts et couleurs, Intégrité, Les hommes contre les femmes (et inversement), Notre petit film personnel, Moment d'humilité, Principes, Le déséquilibre amoureux
Religion :
Dieu n'existe pas ?, Je suis agnostique

Explications inutiles et inintéressantes :

Je m'arrangerai pour que cet article reste tout en haut en premier.

Le mythologique lecteur régulier de ce blog remarquera qu'une légère refonte a eu lieu. J'ai supprimé un ou deux articles particulièrement mal rédigés ou manquant de méthode dans le raisonnement (je les ressortirai peut-être un jour en version améliorée), et surtout j'ai réarrangé mon système de classement ci-dessus de manière un poil moins fallacieuse.
Ainsi on retrouve maintenant mes articles classés par thème plus que par type d'article. Le lecteur avisé pourra ainsi éviter mes articles politiques (légion ces derniers temps) s'ils ne l'intéressent pas par exemple.
J'ai en revanche gardé les catégories "Coups de gueule" et "Délires" : dans la mesure où ce sont ceux que je me marre le plus à écrire, je suppose que ça doit être les plus sympa à lire pour se lancer, et je préfère donc les garder à part, même si certains traitent aussi de politique ou de religion.

Bien évidemment, tous les articles sont sujets à être modifiés voire supprimés n'importe quand et n'importe comment, par moi et moi seul, que ce soit pour revenir sur l'orthographe, une formulation un peu lourde, un exemple fallacieux ou même une idée qui viendrait à me déplaire (ou toute autre raison).
Considère qu'il en va de même pour celui-ci.
N'hésite pas non plus à commenter les articles : je suis assez friand de critiques, d'éloges et de débats.

PS: Cet article étant supprimé après chaque nouvelle publication de manière à être recréé et donc à apparaître en premier dans le blog, je vous recommande d'éviter de poster vos commentaires ici et de choisir plutôt un autre article (le premier par exemple).

PPS: Si tu lis une version de ce blog diffusée par flux RSS (sur Facebook par exemple), ce serait cool de laisser tes éventuels commentaires sur le blog original (http://megalomanu.blogspot.com/) et non sur le site de diffusion. Il y en a déjà pas des branlées, alors si en plus on s'amuse à les disperser...

Consumérisme

Il serait temps d'arrêter d'entretenir la confusion entre consumérisme et capitalisme.

Ce n'est pas le capitalisme qui a inventé le consumérisme. Celui-ci ne date pas d'hier et est tout simplement inhérent à la nature humaine. On a besoin de consommer pour vivre, et on aime par définition tout ce qui nous apporte du confort. Comme on ne sait pas de quoi demain sera fait, on a tendance à vouloir stocker et amasser, ce qui tend à poser des problèmes dans la répartition des ressources.
Les problématiques consuméristes remontent à la plus haute Antiquité. La tendance des hommes à gaspiller, à être obnubilés par l'amas de possessions et de richesses, ou encore par la sécurité matérielle est, par exemple, au cœur de bon nombre de récits bibliques qui ne datent pas d'hier. Même sous un système collectiviste, les gens ont besoin de consommer.

La contribution du libéralisme économique en la matière fut, par l'abondance de richesse que son application partielle engendra, de permettre à la nature humaine d'exprimer ces inclinations, de donner libre cours à sa tendance instinctive à la consommation. L'écroulement des systèmes féodaux et le progrès technique et social (qu'on attribue ce dernier au libéralisme ou au socialisme) ont, de leur côté, permis de généraliser le consumérisme et de l'étendre aux masses, au lieu de le réserver à quelques élites possédantes (sans toutefois débouter ces dernières, bien au contraire).

Ce n'est donc pas le capitalisme qui a engendré le consumérisme, mais bel et bien la tendance naturelle de l'Homme à la consommation qui a engendré les moutures actuelles du système capitaliste.

La cause de la confusion, outre l'intérêt des divers extrêmes à l'entretenir, est que le capitalisme contribue à attiser et à décomplexer le désir consumériste. La consommation étant l'étalon par excellence de la bonne santé d'un système économique donné (qu'il soit capitaliste ou non d'ailleurs), ses agents ont tout intérêt à l'entretenir, que ce soit par le biais de la publicité, du marketing, de l'innovation ou encore en faisant de certains produits un élément essentiel de la représentation sociale des individus (signes extérieurs de richesse ou même symboles d'appartenance à telle ou telle "tribu" anti-consumériste).
Et encore, parler de décomplexion me paraît abusif, en particulier dans notre beau pays où la consommation de masse garde l'image du démon tentateur, dont nous ne sommes que les victimes forcées, et certainement pas les instigateurs finalement satisfaits mais incapables de le reconnaître.

Pourtant, après déjà un moment passé à me faire en quelque sorte l'avocat d'une certaine forme de consumérisme, je n'ai reçu que trois réels chefs d'accusation rationnels à son égard. Le premier est écologiste, le second est réactionnaire, le troisième est philosophique.
L'argument écologiste est assez évident en soi : le consumérisme entretient et justifie le productivisme et son cortège d'abus environnementaux (surexploitation des sols, empreinte écologique, épuisement des énergies non-renouvelables, etc.). Je ne nie évidemment pas ce problème, même si pour moi, comme je le développerai plus avant dans un article déjà commencé et consacré à la question, la source du problème - et donc sa solution - réside plus dans la démographie que dans la consommation. N'oublions pas que la consommation sert avant tout à la satisfaction de nos besoins primaires vitaux, et qu'on ne peut donc la réduire que jusqu'à un certain point. Même si nous arrivions à diviser par quatre notre niveau de consommation actuel, lorsque la population aurait quadruplé (soit au bout d'une poignée de centenaires à tout casser), le problème se reposerait (le même raisonnement s'applique aussi à d'autres sujets, comme la production de gaz à effet de serre).
L'argument réactionnaire s'appuie sur l'assertion, non-démontrable à mon sens, que le confort matériel et l'exhortation à la consommation nuisent à la production intellectuelle et au maintien de certaines valeurs. Quand bien même cette conception s'avérerait justifiée, j'ai tendance à trouver fallacieux de préconiser une politique de masse qui privilégierait une hypothétique satisfaction intellectuelle subjective sur la satisfaction incontestable de besoins physiques concrets.
Enfin on entend souvent dire que la consommation est futile, vaine, ce à quoi je réponds que l'existence est futile et vaine, et que nos possessions ont au moins le mérite d'une existence palpable et transmissible à l'heure de notre trépas, ce qui n'est le cas ni de nos relations, ni de nos sentiments.

Mais cette aptitude à la consommation, tant décriée par les ingrats qui en jouissent si naturellement sous nos latitudes, est justement ce qui fait défaut et provoque le malheur des sociétés qui en sont privées, par exemple par un système économique inadapté. On ne me fera pas croire que les vagues de migration de Cuba vers les États-Unis ne charriaient que des réfugiés politiques, ni que le rideau de fer n'a été construit que pour retenir les camarades qui n'aimaient pas le rouge. La privation de consommation correspond tout simplement à ce qu'on appelle couramment la misère.

L'homme a besoin de consommer, que ce soit pour vivre ou pour être heureux (même si, comme toute obsession, celle de la consommation l'éloignera du bonheur, de même que la modération en la matière ne lui suffira pas pour l'atteindre).
On ne m'ôtera pas de l'idée que toute tentative d'application d'un système basé sur l'idée que l'homme peut aller à l'encontre de sa nature profonde, notamment en la matière, est vouée aux conséquences les plus désastreuses.

Est-ce que ça implique pour autant qu'on doive consommer n'importe comment, à tort et à travers, sans limite ? Évidemment non. C'est impossible, que ce soit à cause de la raréfaction du non-renouvelable ou des limites de production du renouvelable. Mais le libre marché reste, d'expérience humaine, le moyen le plus efficace de gérer la rareté des choses, en adaptant leurs prix au rapport entre ladite rareté et la demande.

vendredi 24 avril 2009

Facebook

Ce soir j'ai envie de gueuler. Oui, comme ça, ça arrive des fois, la fatigue sans doute...
En fait j'ai envie de haïr. On ne le dit pas assez, la haine est un sentiment très sain, source de beaucoup de satisfaction. Après tout, la haine, plus sans doute que tout autre sentiment, sait tellement bien nous éloigner de nos remises en question nombrilistes et nous submerger de la préoccupation de l'autre, de cette charogne qu'on déteste parfois sans savoir pourquoi, si absorbé qu'on est dans l'exécration la plus enivrante.

Manque de pot, en ce moment je ne hais personne. Il y a bien deux ou trois gus qui m'énervent, une poignée de quidams qui me susciteraient le plus profond soulagement en se décidant enfin à n'avoir jamais existé... Mais entre la simple gêne et la haine s'étend le profond fossé du plaisir sadique qu'on éprouve à s'abîmer dans la détestation.

Non, je ne vais pas pouvoir gueuler sur quelqu'un, il va falloir que je me défoule sur quelque chose, un concept quelconque. Mais quoi ? J'en ai un peu marre de m'acharner sur la gauche, la religion ou la bien-pensance pseudo-humaniste. Aujourd'hui je vais faire dans le consensuel, je vais taper sur Facebook !

Facebook, c'est comme TF1, les supermarchés, les véhicules polluants et les cigarettes : tout le monde s'accorde à dire que c'est nul à chier, que ça sert à rien et parfois même que c'est nocif, mais tout le monde y passe sa vie quand même.
C'est donc une cible facile que je choisis ce soir, une cible déjà un peu à terre, avec les marques de godasses encore sur la gueule pour m'indiquer là où je peux taper, les bons arguments pré-mâchés en libre-service.

Franchement est-ce que ce n'est pas criminel, à l'heure actuelle où la procrastination pourrait presque être élevée au rang de problème de société, de mettre entre toutes les mains un outil aussi incroyablement utile à la seule fin de perdre son temps ?
Il faudrait recenser le nombre d'étudiants qui, à l'heure de leur vie où leurs capacités physiques et cérébrales sont à leur potentiel optimum, où ils peuvent retenir et mémoriser des milliers d'informations intéressantes, faire du sport ou encore voyager, viennent s'échouer lamentablement sur la page blanche et bleue, dilapidant leur précieux âge d'or en distractions désinvoltes et commentaires oisifs, et ce bien souvent à la veille même de leurs examens.

Un truc qu'il faut savoir, c'est que j'y passe des heures sur cette connerie. Que celui qui ne s'est jamais repris plusieurs fois dans la soirée à fixer bêtement sa liste de contacts MSN me jette la première pierre; je scotche abusivement devant ma page de news, rafraîchissant régulièrement à l'affût de... à l'affût de quoi d'ailleurs ? Du dernier bon mot d'un cousin lointain ? D'une vidéo vaguement marrante ayant déjà fait plusieurs fois le tour du Web ? D'un évasif morceau de vie offert au commentaire par un flirt du moment ou une conquête potentielle ? Du résultat du test qui va me révéler avec lequel des personnages de Grey's Anatomy un copain de vacances à demi oublié a le plus d'affinités ?
Je me suis même retrouvé à avoir des conversations avec moi-même, commentant mes propres commentaires ! Faut quand même être sacrément désœuvré, alors que, et je m'en presque-plaignais ici-même il y a peu, il y a plus à découvrir en ce bas monde qu'on est même seulement capable de l'appréhender.
Tandis qu'il m'est donné plein loisir de m'indigner devant le spectacle pathétique de ceux de mes proches qui rejoignent les groupes leur promettant monts et merveilles s'ils invitent tous leurs amis, ou encore deviennent fan de "Bizoux et kalins" et autres "la pai c mieu kla guère !!", je dispense moi-même mes commentaires et bons mots, qui doivent bien eux aussi sonner creux et paraître insipides et risibles, au moins à un probable autre désœuvré encore plus prétentieux et égotique que moi, alimentant ainsi la grande chaîne du ridicule 2.0.

Bon, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain, c'est une perte de temps qui a le mérite d'être sociale, ça permet d'échanger quelques photos... Et puis ça aide vraiment à garder des contacts. Assez peu au final, pas forcément ceux qui comptent, mais les vraies affinités, les gens dont on commente volontiers les frasques et qui s'amusent des nôtres en retour, et cela dans la durée.
Comme bien souvent, ma critique un peu facile n'est pas dépourvue d'une certaine dose d'affection - si j'ose dire... - et d'un intérêt pas complètement malveillant.

Et non, même pour toi Facebook, ce n'est pas encore ce soir, malgré toute l'envie qui m'en étreint, que j'arriverai à éprouver de nouveau cette vraie, belle haine gratuite.

jeudi 19 mars 2009

Le déséquilibre amoureux

Parmi les nombreuses foutaises que la culture Disney semble avoir inculquées à notre conception du couple et de l'amour, il en est une qui résiste particulièrement mal à l'épreuve du temps. Il s'agit évidemment du "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant". Nous sommes tous familiers du fait que, même dans les rares cas où les deux personnes qui forment un couple peuvent être assimilées au Prince et à la Princesse de nos contes de fée, le bonheur initial s'effrite rapidement.
S'il est de bon ton d'incriminer en la matière le phénomène de familiarité, auquel j'ai déjà consacré un article, ou plus largement celui de lassitude (puissant moteur de l'action humaine sur lequel je reviendrai longuement dans un article ultérieur), le facteur sur lequel j'aimerais m'attarder ici concerne ce que j'ai nommé "le déséquilibre amoureux".

J'ouvre une parenthèse pour préciser qu'une fois de plus, le contenu de cet article repose, à quelques références près, sur ma seule analyse personnelle. Il est donc tout à fait envisageable (et même hautement probable) que d'autres études menées par des professionnels en la matière aient déjà identifié ce phénomène, lui ayant sans doute attribué un autre nom, et en ayant fourni une analyse bien plus complète et pertinente que la mienne. Quoiqu'il en soit, je ne suis pas là pour faire du recopiage, et tu vas donc devoir subir les affres de l'impertinence de mon analyse ignare.

Ce phénomène peut être ramené à une phrase par la sagesse populaire, le fameux "Dans un couple, il y en a toujours un qui aime plus.", ou encore par cette citation de Desproges : "En amour on est toujours deux : un qui s'emmerde et un qui est malheureux.".

Évidemment, ces formulations sont un peu simplistes. D'autant qu'on met beaucoup de choses dans le mot "amour". Déjà, on parle aussi bien d'amour pour désigner ce que l'on éprouve pour ses enfants que pour sa femme, alors que les deux sentiments sont extrêmement différents et ont des implications très distinctes.
Mais même pris dans le sens de l'amour sensé unir deux conjoints, ce fameux prémisse rendu, dans le conscient collectif, indispensable à la vie en couple, ce terme est devenu un véritable fourre-tout. La pression autour de cet amour qu'on doit impérativement ressentir est telle que chacun finit par qualifier ainsi son attirance pour l'autre, quelle que soit la nature précise de son ressenti.
La déclaration d'amour a pris un certain nombre de rôles dans le couple. Le premier "Je t'aime" sert à formaliser l'entrée dans une relation sérieuse. Il devient ensuite un rituel destiné à rassurer l'autre sur la solidité de la liaison. Soit il est usé à tout bout de champs (fins de conversations téléphoniques, guise d'au revoir...) et sa disparition devient alors un symptôme d'une crise grave, soit il est employé avec parcimonie et sert ponctuellement pour calmer certaines tensions (période de doute, crise de confiance, baisse d'attention...).
La réciprocité de cette déclaration n'est pas vraiment optionnelle sur le moyen terme pour un couple se voulant "en bonne santé". Sans doute plus encore que le premier baiser, la première déclaration est déjà un sérieux générateur d'une asymétrie qu'il faut vite combler pour le bien du couple.

L'asymétrie est également rendue inévitable par les différences entre les deux sexes – dans les couples hétérosexuels tout au moins. Que la cause en soit culturelle ou naturelle, l'Homme et la Femme ont des psychologies différentes, des manières de concevoir la vie et les relations différentes, des ressentis différents. L'amour qu'un homme peut ressentir pour une femme est très probablement différent de celui qu'une femme ressent pour un homme. Partant de là, il est d'autant plus probable que l'amour qui unit deux homosexuels soit également différent de celui qui unit un homme et une femme, mais aussi selon qu'il s'agit d'un couple d'hommes ou de femmes.
Bien sûr, ça n'implique pas, comme certain(e)s le prétendent bêtement, que les femmes aiment systématiquement plus que les hommes, même si la tendance générale est peut-être en ce sens. Quiconque a déjà connu un homme éperdument amoureux ou une femme indifférente – ni l'un ni l'autre ne sont vraiment rares – en conviendra.

D'ailleurs "différent" n'implique pas forcément que l'un soit supérieur à l'autre, ça peut aussi vouloir dire "incomparable". Et dans un sens c'est sans doute vrai.
Seulement dans les faits, force est de constater que cette différence est quasi-inévitablement porteuse de déséquilibre. Je n'ai jusqu'ici trouvé aucun exemple d'équilibre parfait à moyen terme ailleurs qu'au cinéma, que ce soit dans ma propre histoire sentimentale ou dans mon entourage proche.
Évidemment, on a tous en tête les exemples caricaturaux de couples où la femme porte la culotte, ou bien où elle est soumise à son époux au point d'en générer compassion et incompréhension. Mettons de côté les exemples extrêmes pour nous intéresser aux cas d'équilibre apparent. On s'apercevra que c'est souvent le même qui écrit les textos et les attend, qui a des petites attentions pour l'autre, qui ne s'intéresse guère de trop près aux autres représentants du sexe convoité, qui propose l'acte sexuel tandis que l'autre dispose... Même si la balance touche rarement le sol d'un côté, elle n'est jamais vraiment au milieu, et le déséquilibre tend à se retrouver, léger ou accentué, dans plusieurs domaines (communication, organisation de la vie de tous les jours, sexualité, fidélité...).

Bref, les deux composantes d'un couple ne s'aiment pas de la même façon, et cette inégalité est quasi-inévitablement porteuse de déséquilibre. Pourtant, qu'on soit dans un rôle ou dans l'autre, ce n'est pas un constat évident à accepter. En effet, le déséquilibre implique une sorte de "domination amoureuse", aussi subtile soit-elle.
Déjà, au sein du couple. Il est évident que formuler une répartition des rôles dominant/dominé peut être extrêmement humiliant et provoquer de la discorde. Peut-être vaut-il mieux ne pas l'évoquer, à moins que ce déséquilibre ne soit tout à fait acceptable pour les deux partenaires, conscients.
Mais même en dehors, il faut une grosse force d'objectivité pour reconnaître qu'on se laisse dominer par son partenaire, ou qu'on impose à la personne qu'on aime ce type de rapport. Il n'est flatteur de se reconnaître ni dans celui qui aime plus, ni dans celui qui aime moins. C'est un peu, de manière caricaturale, comme avoir le choix entre être un salaud ou un imbécile.
Et je pense que c'est la difficulté de reconnaître cette différence qui fait que la plupart des couples nieront la présenter. Evidemment, ça implique qu'elle ne puisse être mesurée que par des observateurs extérieurs, donc mal informés, et qu'il soit donc impossible de démontrer formellement l'existence du phénomène, et encore moins son caractère universel.

Je suis néanmoins convaincu qu'une des clés d'une relation de couple durable et heureuse – en laquelle je continue à croire malgré tout mon cynisme et mon rejet de la thèse de l'existence d'une âme sœur – réside dans une bonne connaissance du rôle dans lequel on se complait le plus (attention, aussi dur que ce soit à s'avouer, il ne s'agit pas forcément de celui de dominant), du point auquel on veut le jouer (entre celui qui reçoit plus de textos qu'il en envoie et celui qui bat sa femme, il y a une certaine marge), et d'un(e) partenaire avec qui établir cet équilibre à peu près tel qu'il conviendra aux deux.
Cela impliquera bien sûr une bonne connaissance de soi et de l'autre et, comme à chaque fois qu'on veut réussir quelque chose d'important, de nombreux essais infructueux.

mercredi 28 janvier 2009

Rien à gauche, rien à droite, je traverse...

J'en ai plein les couilles de la gauche.
S'il n'y avait le confort électoral bien compréhensible qu'apporte la démagogie sentimentaliste - qui explique merveilleusement la chose - j'en viendrais à me perdre dans l'apparente contradiction que représente la cohabitation de son attitude incessante de contestation pour la contestation avec la bien-pensance sirupeuse de ses élans d'altruisme galvaudé. Si au moins l'affligeant spectacle de sa débâcle récente pouvait me paraître moins avilissant que salvateur pour notre République, je parviendrais peut-être à trouver quelque consolation dans la démonstration navrante ainsi offerte de son ineptie.
Mais quand j'entends tous ces moutons bêler leur indignation que "l'état donne des milliards aux banques", que "le paquet fiscal y'en a que pour les riches" et que "ouin ouin les tests ADN", je finis par en avoir la nausée. C'est sûr que dès qu'il s'agit de se poser en Robin des Bois ou de réveiller le vieux spectre rance d'un racisme galvaudé, ça inspire plus facilement les discours enflammés et ça fait vendre des voix. En revanche, sur les sujets où l'argument sentimental est du côté de la droite, la loi Hadopi ou encore l'audiovisuel public, la contestation se fait tout de suite plus timide. Pour peu que ce soit un peu spectaculaire, avec la Marseillaise sifflée dans un stade mettons, on se met même tous d'accord pour enterrer des libertés fondamentales sur un évènement malheureux.
Notre opposition est abjecte. Faible et en perdition bien qu'opportuniste et démagogique, je ne lui souhaiterais que de pourrir dans l'oubli si elle n'était pas une vague lueur d'espoir, certes chancelante et malsaine, face à l'ignominie du pouvoir en place.
Quand je suis confronté à la gravité des nouvelles concernant notre situation économique actuelle, quand je constate l'ampleur de la récession annoncée, et que résonnent dans ma tête les slogans creux de cet aimant à baffes de Ségolène Royal, exposant son programme outrageusement démagogique et martelant sans honte qu'elle prévoit de financer chacune de ses réformes par le regain de croissance qu'elle entrainera, je m'en choppe presque des élans de gnostisme tant l'envie me prend de louer les dieux pour nous avoir épargné ça. Et pourtant...

J'en ai raz-le-cul de la droite.
C'est comme si chaque mois de son règne marquait une étape supplémentaire dans le recul des libertés individuelles.
Notre Président effectue chaque jour un pas de plus dans l'outrepassement de ses pouvoirs, dirigeant d'une main de fer l'Assemblée Nationale, reniant en bloc le concept de réforme négociée, distribuant tantôt ses commentaires et instructions à la Justice concernant telle ou telle affaire, tantôt ses grâces à ses proches emprisonnés pour détournement de fonds, tantôt la légion d'honneur sans raison apparente à ses relations haut placées à la tête d'un groupe industriel quelconque; et tout cela en jurant, les trémolos dans la voix, de moraliser le capitalisme et de mettre fin aux dérives de l'ultra-libéralisme économique ! Et la presse de fermer sa gueule, sans doute trop occupée à commenter ses frasques amoureuses ou tel mot plus haut que l'autre d'un politique quelconque, ou encore peut-être tremblante sous le joug d'un bras présidentiel qui n'a que trop prouvé à quel point il pouvait être long et rancunier.
Que la France ait pu élire un Président aussi déconnecté des réalités quotidiennes, avec tellement à se prouver, avec un semblant de fond idéologique à ce point au service de son intérêt opportuniste, et ce malgré tous ses échecs et mauvais résultats en tant que ministre, ça me dépasse totalement. Bien que nous n'ayons pas tellement disposé d'alternative sérieuse au second tour, il y avait tout même eu un certain nombre d'étapes qui avaient nécessité de remporter un minimum l'adhésion des Français avant cela.
C'est encore une fois la victoire de la politique politicienne, signe que le destin du système politique français tend vers le "modèle" américain en la matière : sclérosé par les milliards, la bien-pensance et les arguments émotionnels.
Et nous le payons le prix fort. On nous enchaine un peu plus à notre télévision avec la réforme de l'audiovisuel, on punit des stades entiers pour baillonner la liberté d'expression de quelques individus dès lors qu'elle s'attaque aux symboles de l'ordre établi, on règle la question de l'immigration avec un simple quota à respecter, on mène des campagnes télé de dramatisation terroriste à l'américaine, et pour finir on assujettit l'Internet, dernier îlot de liberté plus ou moins hors de portée des censeurs bien-pensant et de l'absurdité des lois politiciennes à effet d'annonce.

Oui, moi qui suis pourtant d'un naturel optimiste, moi qui ne veux voir que le peu de poids que le pouvoir en place a sur nos vies de tous les jours, je suis en pleine crise de désespoir politique.
Certes le centre a eu sa chance, sa petite heure de gloire lors des dernières présidentielles, à tel point que j'ai voulu y croire. Mais il est aujourd'hui en pleine traversée du désert, slalomant sans succès entre les boulets rouges tirés de droite comme de gauche, mené par un capitaine solitaire et égotique qui ne semble voué qu'à dissoudre le peu de crédibilité qu'il lui reste. L'alternative salvatrice d'un semblant de libéralisme, même "encadré", semble aujourd'hui une utopie, vouée à se désagréger ou, pire encore, à s'adapter aux règles du jeu politique, entre complaisance et démagogie.
Tandis que le FN crève en silence (c'est toujours ça de pris), l'extrême gauche, pourtant placée en position de force par la conjoncture, ne parvient qu'à épuiser ses troupes (et moi avec) à coups de grogne incessante et de montée au créneau sous tout prétexte.
Je ne vois rien de bon se profiler, ni par la gauche, ni par la droite. La crise va être longue, et pas seulement en matière d'économie; apprêtons-nous à la traverser avec résignation...

lundi 19 janvier 2009

Rue de Stalingrad

Je suis récemment tombé des nues en apprenant que ma bonne ville de Saint-Nazaire recelait en son sein une rue de Stalingrad. Certes nous parlons d'une ville portuaire, vivant des chantiers de l'Atlantique et des usines Airbus, une ville ouvrière à gauche depuis toujours. Certes notre immuable maire PS, en poste depuis des lustres, est connu pour ses flirts avec le PCF. Certes nous sommes les voisins et amis de Trignac la communiste, hébergeant pourtant le coeur commercial et capitaliste de notre contrée.

Je reste néanmoins estomaqué qu'on puisse sans honte honorer de la sorte l'un des dictateurs les plus sanguinaires du siècle dernier. Même les Russes ne l'assument plus. Et pourtant eux, ce n'était pas juste une rue qu'ils avaient à renommer. J'ose à peine imaginer la réaction du bon peuple s'il découvrait demain une rue Hitlerjugend à trois enjambées de son Centre-Ville.
C'est pourtant sans le moindre signe d'embarras qu'on a promptement renommé la rue de la Paix rue François Mitterrand, à peine son cadavre avait-il commencé à tiédir. La chute du Mur ne fut-elle pas un évènement suffisamment important pour susciter un début de réaction municipale ?

Tu me diras sans doute que ce n'est qu'un nom de rue et qu'il y a quand même d'autres sujets autrement plus importants qui justifieraient que je leur consacre la primeur de mon indignation. Et tu n'auras pas tort.
En fait, ce qui me choque profondément là-dedans, c'est que ça confirme mon analyse, que j'avais toujours l'audace d'espérer infondé, de la vision que la France a du désastre soviétique. Les avancées du Front Populaire et la tradition française gauchisante qui en découle ont biaisé le procès de l'idéologie bolchevik et de sa dictature sanglante dont les seuls mérites par rapport à sa cousine nazie sont de ne pas avoir perdu de guerre et d'avoir trop craint les réactions américaines pour poursuivre son invasion de l'Europe jusqu'à nous.

dimanche 12 octobre 2008

Populismes

Bon, ça fait un moment que je l'annonce, voici enfin mon article expliquant pourquoi j'estime que les politiques extrêmes, de gauche ou de droite, sont à bannir.

Commençons par nous attaquer aux racines de ces idéologies, ou plutôt à celles de leurs doctrines les plus représentatives.
Même en ne lisant que les quelques premières pages de certains écrits de Karl Marx qu'un être humain normalement constitué est capable d'ingurgiter avant de sombrer dans la plus profonde léthargie, on s'aperçoit que le communisme n'est né que d'une réaction de la classe populaire face à ce qu'elle considérait, sans doute au moins un peu à raison, être sa spoliation par la cupide et malveillante bourgeoisie. De même, si on reprend les thèmes emblématiques des revendications nationalistes, on retrouvera globalement en constante le fait d'accuser les étrangers, l'immigration, voire les échanges internationaux de tous les maux du système.
Le point commun entre ces deux types de doctrines est qu'ils reposent sur la mise en place de boucs émissaires, dans un cas la classe bourgeoise, dans l'autre les étrangers par exemple, sur qui se déchargera toute la responsabilité des travers de tout système économique et social : le chômage, la pauvreté, la violence, la stagnation sociale, les lourdes charges de travail, etc. Le bon peuple peut ainsi se dédouaner d'une quelconque responsabilité dans ses malheurs tout en dirigeant les solutions pour améliorer ses conditions de vie contre ceux qu'il a choisi de désigner comme fautifs. Du coup les citoyens n'ont plus à assumer leur responsabilité propre et à essayer d'améliorer leur condition par eux-même et par d'autres moyens que la revendication incessante.
On obtient ainsi un système basé sur l'acharnement, la jalousie et parfois même sur la haine, où l'on se préoccupe au moins autant que telle ou telle catégorie ne jouisse surtout pas d'avantages qu'on lui suppose indus que de résoudre les problèmes de manière rationnelle.

Et après, me dira-t-on, s'ils ont effectivement raison ? Si une catégorie sociale était effectivement à l'origine des maux de la société toute entière ? Après tout c'est envisageable.
Même si j'ai ma petite idée, ce n'est évidemment pas à moi, jeune étudiant de 21 ans avec trois modules d'économie à son actif, de trancher cette question épineuse. Ce genre de délibération revient évidemment à des professionnels des sciences politiques. S'il était si simple d'invalider de manière incontestable les théories extrémistes, nous n'aurions pas autant de spécialistes des diverses sciences de l'analyse politique dans chacun des camps.
Même si un peu de bon sens, des exemples historiques et des notions même très succinctes d'économie semblent nous indiquer que des mesures comme la fermeture des frontières, la baisse drastique du nombre d'heures travaillées ou l'absence d'un système de "motivation par la carotte" par l'élévation sociale ne pourraient quasiment résulter que sur un désastre économique, il n'existe sans doute personne d'assez compétent pour le prouver totalement, d'autant plus que cela dépend fortement du contexte.
Mais c'est aussi valable dans l'autre sens, il est impossible de prouver que ces politiques soient d'une indéniable efficacité, et étant donné le risque majeur que leurs applications dans tous leurs extrémismes impliquerait, un simple principe de prudence nous impose au moins de nous en méfier et de ne pas tenter le diable, même en admettant qu'un scénario impliquant des conséquences graves ne soit pas aussi probable qu'il en a l'air.

Mais alors pourquoi un tel succès au point d'avoir remporté le pouvoir dans certains pays ?
Etudions cela du point de vue d'un jeune fils d'ouvrier français. Appelons-le Jean. N'est-il pas vrai que le fils de riche du centre ville aura plus de chance que lui de "réussir dans la vie" et d'occuper un poste socialement haut placé ? Le jour où ce jeune homme fait son entrée sur le marché du travail et voit des postes intéressants confiés à des immigrés acceptant une rémunération moindre, n'est-il pas en droit de penser que l'immigration le maintient au chômage ? J'ai déjà du mal à digérer qu'il ne reste plus de pizza quand je vais manger au RU de ma faculté parce que les lycéens d'en face les ont toutes commandées, il m'est donc aisé d'imaginer à quel point, cette situation transposée sur le terrain de l'emploi, il doit être facile de sombrer dans la colère, voire dans la haine, particulièrement si notre ami Jean n'a pas particulièrement été éduqué aux valeurs de "tolérance" (Dieu que ce terme est inadapté) comme je l'ai été.
Evidemment, Jean ne tiendrait pas compte ici de la globalité du tableau, par exemple du fait que si, à force d'efforts et de sacrifices, il finissait par se hisser dans de plus hautes couches sociales, il trouverait inadmissible de ne pas pouvoir faire profiter sa progéniture de sa réussite. De même, il ne s'attarderait sans doute pas longtemps à étudier toutes les "conséquences positives" (dont l'ampleur reste, certes, difficiles à établir et à étudier) de cette immigration, ni à s'attendrir sur le sort du jeune immigré qui lui a piqué son poste et qui en avait sans doute un besoin au moins aussi pressant.
Accaparé qu'il est par ces contrariétés personnelles, aussi importantes qu'elles soient et légitime que soit son inquiétude, il aura facilement tendance à se tourner vers les solutions simplistes (destitution de la bourgeoisie, fermeture des frontières...) proposées par les populismes d'un bord ou de l'autre, sans s'intéresser plus que cela à l'intérêt général de la société dans son ensemble.
Il faut ajouter à ce type de phénomène la lassitude face à un pouvoir modéré en place qui, étant donné qu'on n'a pas encore découvert le système parfait, essuiera fatalement un certain nombre d'échecs et de déconvenues, débauchant l'électorat (ou les insurgés révolutionnaires en puissance) vers les alternatives offertes par les extrêmes, qui ne se priveront pas de critiquer avec aisance le système en place au moindre travers.

Mais plus dangereuse même que les débâcles économiques prévisibles en appliquant les principes considérés, même par de nombreux spécialistes, comme économiquement aberrant, la pire des conséquences de l'instauration de ce type de système est sans doute que chacun tend plus ou moins inexorablement, et par des mécanismes différents, vers l'établissement d'un pouvoir dictatorial.
En effet, le communisme préconisant un aplatissement des rémunérations, le système de motivation à la productivité et à l'efficacité "à la carotte" - par ascension sociale - de nos systèmes capitalistes serait mis complètement hors-circuit, nécessitant ainsi un système de punition "au bâton" et donc une autorité forte. Cette évolution logique pour conserver un niveau de production de richesse nationale décent (surtout si on prend en compte une forte baisse du temps de travail par exemple) nous mène à un pas, vite franchi, des camps de travaux forcés dont l'Histoire nous a trop souvent prouvé qu'ils n'étaient pas qu'un scénario catastrophe fantaisiste.
Le danger de l'autoritarisme nationaliste est plus lié à la tradition conservatrice même des revendications de l'extrême droite, qui se traduisent quasi-immanquablement par l'exigence d'une autorité étatique forte et d'un régime basé sur le maintien de l'ordre établi. Cette tendance est exacerbée dans les pays à tradition royaliste où les nostalgique de la monarchie se tournent naturellement vers le nationalisme.
Ce processus d'autoritarisme croissant met en péril le principe même de démocratie - ce qui est difficile à accepter pour tout républicain convaincu et impossible à avaler pour un amoureux de la Liberté tel que moi - rendant tout retour en arrière particulièrement ardu en cas d'échec de la politique choisie. Est-il réellement besoin de rappeler ici les conséquences qu'ont pu avoir sur notre Histoire les dictatures de l'un ou de l'autre extrême ?

Bref, je n'ai pas encore fini de taper sur le populisme, notamment sur le communisme, sur lequel il me reste encore beaucoup de choses à dire, mais puisse la mise en lumière de tous ces points qui rapprochent tellement les deux extrêmes ennemis amener certains de leurs partisans respectifs à revoir leurs positions.

mardi 26 août 2008

Principes

L'idée développée dans un article précédent (Tout et son contraire), qu'il n'existe pas de vérité absolue démontrable, du moins en ce qui concerne les concepts moraux, nous renvoie à un des problèmes majeurs de l'humanité : la distinction entre le bien et le mal.
En effet, si rien n'est démontrable et si c'est à moi de choisir ma propre vérité, qu'est-ce qui m'empêche de la choisir comme elle m'arrange, sans tenir compte de la morale ou du bien-être de ceux qui m'entourent. D'ailleurs comment définir cette "morale".

Tu auras remarqué, pour peu que tu te sois adonné d'une manière ou d'une autre aux affres de la vie en société, que nous avons tous une vision différente de ce qui est bien ou mal. Que ce soit lors d'une bagarre, d'un divorce ou tout simplement d'un désaccord sur un sujet quelconque entre deux individus, on trouvera bien souvent sans mal des partisans à l'un et à l'autre des deux opposants. Chacun de ces alliés justifiera le point de vue ou la situation de celui dont il a pris le parti par toutes sortes de jugements moraux basés, outre ce qu'il a envie de prendre en compte et les éléments apportés à sa connaissance, sur sa propre conception du bien et du mal.

Certes on a mis en place des lois qui sont censées définir les torts de manière formelle, mais aucun de nous n'est totalement en accord avec elles, sans compter que les différents états existants ne sont pas eux-même d'accord sur toutes les lois, puisqu'ils en ont tous des différentes.

Alors comment concilier le fait de penser par soi-même avec une conception du bien et du mal qui ne soit pas opportuniste ? Mon avis sur la question est qu'il faut tout simplement se définir des principes.

Ainsi, ce qui fait de soi quelqu'un de bien, c'est la manière dont on est apte à suivre certains principes, à mettre de côté son opportunisme et ses pulsions passagères pour rester une personne fiable et affirmer sa fidélité envers certaines valeurs.
Un principe est quelque chose d'inviolable, de sacré. On ne transige pas avec un principe, on ne fait pas de compromis. Plus que l'altruisme (qui n'est finalement qu'une honorable façon de faire coïncider nos désirs avec ceux des autres), c'est la seule chose qui fait de soi quelqu'un de fiable, quelqu'un d'intègre, quelqu'un de bien. Parce qu'agir en suivant sans la moindre faille ses principes, c'est le seul moyen d'être sûr qu'on n'agit pas égoïstement en suivant bêtement ses instincts et ses désirs, comme le ferait n'importe quel animal. C'est le seul moyen de se comporter réellement en Homme.
Voici mon principe élémentaire, duquel découlent tous les autres :

Quand quelqu'un qui ne t'a jamais trahi t'accorde sa confiance, montre t'en digne ou fais-lui savoir immédiatement qu'il ne peut pas compter sur toi sur ce point.

Les corollaires de ce principe sont nombreuses :
-Ne dérobe rien à quelqu'un qui a des raisons de croire qu'il peut avoir confiance en toi (un ami) et que tu n'as pas détrompé, qu'il s'agisse de sa propriété physique ou morale (de sa voiture ou de la fidélité de sa nana).
-Sois fidèle à ton partenaire à moins de lui avoir signifié que tu ne le serais pas.
-Ne fais pas spontanément de promesse que tu n'es pas sûr de pouvoir tenir.
-Si quelqu'un se confie à toi et te demande de ne rien répéter, ne répète rien à moins que ça ne viole la confiance que quelqu'un d'autre avait déjà placé en toi et que tu avais accepté. Mais si tu dois le répéter, préviens la personne qui s'est confié à toi.
-Si, pour une raison ou pour une autre, tu préfères ne plus tenir un engagement que tu as pris, tu dois prévenir la personne concernée et obtenir son assentiment.
-Si tu ne peux absolument pas tenir un engagement (question de vie ou de mort ou alors si tu as pris involontairement deux engagements contradictoires), tu dois prévenir la personne concernée.
-Si un ami a besoin de toi (j'insiste sur le terme "besoin") et que tu peux l'aider, fais-le, sans toutefois compromettre tes principes.

Si tu veux que je puisse éprouver un réel respect à ton égard, il faudra que tu aies toi aussi des principes inviolables auxquels tu te tiens. Si tu veux acquérir ou conserver mon amitié, il faudra que tu respectes ce même principe sacré et inviolable, au moins à mon égard. Si tu veux que je n'applique pas du tout ce principe à ta personne, il te suffit de trahir ma confiance une seule fois, mais c'est irrévocable.

Évidemment, j'ai d'autres lignes de conduite qui sont assimilables à des principes sans en être, dans la mesure où elles ne revêtent guère ce caractère inviolable. Elles peuvent difficilement être suivies sans exception dans la mesure où il est aisé de les violer involontairement mais sont néanmoins importantes et je fais de mon mieux pour m'y tenir au plus près :
-Ne nuis pas et ne te mets pas sciemment dans une situation où tu risques de nuire à autrui.
-Si tu sais avoir mal agi, sache aussi en assumer la responsabilité; si tu sais que quelqu'un a bien agi, sache également lui en attribuer le mérite; si on t'attribue un mérite que tu sais ne pas avoir, rejette-le.
-Ne demande pas une permission si tu n'es pas prêt à accepter une réponse négative.
-Évite tout mensonge qui ne serve que ton seul intérêt personnel.
-Ne sois pas agressif, violent ou blessant sans raison.
-Ne dis rien sur quelqu'un dans son dos que tu ne sois disposé à lui répéter en face.
-Ne porte pas de jugement péremptoire sur un litige opposant deux personnes que tu connais sans avoir les deux versions.
-Même sans y adhérer ou t'en attendrir, tente toujours de comprendre le point de vue des autres.
-Laisse-toi guider le plus possible par ta raison.
-Ne t'apitoie pas sur ton sort; relativise en te disant qu'il existe toujours des gens qui auraient plus de raisons que toi de le faire mais qui savent garder la tête haute.
-Ne fuis pas un combat (physique) d'égal à égal s'il est justifié, ne te bats pas à plusieurs contre un et n'utilise pas d'arme si ton adversaire n'en dispose pas.
-Rien ne t'oblige à appliquer une seule de ces règles à quelqu'un qui ne les applique pas envers toi, mais mieux vaut le faire quand même dans les cas où ça ne peut pas te nuire.
-Toute vérité est bonne à entendre, toute connaissance est bonne à amasser; néanmoins tout le monde ne pense pas ainsi et tu dois accepter qu'on ne veuille pas t'apprendre ni apprendre de toi (qu'il s'agisse aussi bien de connaissances culturelles ou de savoir-faire techniques que de confidences ou de ragots).
-Occupe-toi de toi par toi-même; ne reproche pas à quelqu'un de ne pas t'aider s'il n'en a ni obligation, ni intérêt, à moins qu'il ait une dette envers toi sur un point en rapport avec l'aide que tu lui demandes.
-A contrario, quand tu demandes de l'aide, n'oublie pas qui rend service à qui : ne mets pas de bâtons dans les roues à celui qui te dépanne et collabore avec lui dans la mesure du possible.

J'ai dû en oublier pas mal, je tâcherai de les rajouter au fur et à mesure que je m'en rappellerai (je sais, ça ne parait pas sérieux mais c'est en réponse à une situation précise que j'applique telle ou telle ligne de conduite, et en sortir une liste exhaustive hors contexte n'est pas chose aisée).
Vivre toute ma vie sans trahir ces convictions est une condition nécessaire et suffisante pour que je puisse me regarder dans un miroir en me disant que je suis quelqu'un de bien. Si j'ai des enfants et que j'arrive à leur transmettre ces directives et la discipline nécessaire pour s'y tenir, j'estimerai avoir réussi à servir à quelque chose en ce bas monde.

mardi 19 août 2008

Moment d'humilité

Notre monde recèle tellement de richesses.

Il existe plus de sciences que je ne pourrais en étudier, plus de livres que je ne pourrais en lire, plus de paysages que je ne pourrais en contempler, plus de plaisirs que je ne pourrais en savourer, plus de gens que je ne pourrais en rencontrer, plus de régions que je ne pourrais en visiter, plus de phénomènes que je ne pourrais en appréhender, plus de mets que je ne pourrais en goûter, plus de jeux que je ne pourrais en jouer, plus de mots que je ne pourrais en prononcer, plus de langues que je ne pourrais en parler, plus d'images que je ne pourrais en observer, plus de musiques que je ne pourrais en écouter, plus de sports que je ne pourrais en pratiquer, plus de femmes que je ne pourrais en aimer, plus de possessions que je ne pourrais en amasser, plus de films que je ne pourrais en regarder, plus de communautés que je ne pourrais en fréquenter, plus d'outils que je ne pourrais en utiliser, plus de combats que je ne pourrais en mener...

Ce genre de constat est une source inépuisable de frustration, de réjouissance, et surtout d'humilité. J'imagine que personne ne m'en voudra d'en manifester un peu pour changer.

lundi 4 août 2008

Et si on parlait de moi ?

Je viens d'effectuer deux tests de personnalité et les deux résultats, étonnamment similaires, m'inspirent quelques réflexions concernant ma petite personne que j'aimerais partager avec toi.

Tu es en droit de te demander ce qui peut bien me pousser, après tous ces mois de silence, à revenir ici t'assommer de mes soporifiques velléités d'introspection alors même que je m'étais engagé à ne point trop m'étaler sur le récit de ma propre petite vie.
Moi-même, je dois avouer que je ne suis pas sûr des raisons qui me poussent.
Bien sûr je pourrais prétendre que j'ai peur d'oublier ma pensée avant de l'avoir formulée, que je n'ai personne sous la main à qui la confier et qu'après tout, ça revient moins cher qu'un psy et que quand on a envie de s'entendre parler, on peut bien se contenter de se regarder écrire.
Mais peut-être aussi cette soudaine poussée de volonté autobiographique est-elle liée à la cause même de mon si long silence en ces pages. Peut-être me suis-je rendu compte du ridicule et de la vanité de ma démarche en étalant publiquement ici mes idées faciles, mes bons mots et mes pensées intimes. Peut-être ai-je enfin fait le deuil d'un blog visité et intéressant qui que ce soit d'autre que moi, où l'emploi de la deuxième personne aurait eu une raison d'être autre que la pure rhétorique. Si la première phase de ce deuil fut le désintéressement, occulté de manière assez pratique par l'excuse d'un manque de temps ayant entrainé une perte du réflexe de venir ici noter mes excentriques raisonnements périodiques, la seconde en est sans doute de finir par le considérer enfin comme ce qu'il est et le traiter comme tel : comme le fond du tiroir où vient s'échouer ma plume pour mon propre et seul plaisir, et non pour l'hypothétique appréciation d'un lecteur improbable égaré en ces pages et nouvellement pétri d'une admiration aussi béate que naïve à mon endroit.

Bref, pour en revenir à mes tests de personnalité et aborder la partie de cet article qui ne présenterait réellement aucun intérêt, même pour un mythologique lecteur régulier de mes tribulations bloguesques, je suis troublé. Il s'avère que deux tests relativement différents et d'origines distinctes, chacun débordant de prétentions socio-philo-psychologiques sous-jacentes, me diagnostiquent en gros la même personnalité.

Pour faire court, ils me servent grosso modo le profil type de l'intello associal.
Je serais quelqu'un de très curieux, analytique, éprouvant un fort besoin de comprendre et de décortiquer un peu tout ce qui l'entoure. Jusque là, je suis plutôt d'accord et, en un sens, presque flatté. Ces résultats vont même jusqu'à m'accuser d'une certaine autosatisfaction, d'une distance émotionnelle et d'un rejet de l'autorité qu'une analyse se voulant honnête m'a bien forcé à déceler en moi.
Là où ça se complique, c'est quand ils veulent explorer mon comportement social, me décrivant volontiers comme un reclu, poussant même le vice jusqu'à prétendre que je préfère écouter plutôt que de parler, que je n'aime pas me mettre en avant, que je suis avare de mes connaissances et de mes observations et que je devrais apprendre à mieux communiquer et à m'exposer un peu plus.

Là je m'insurge ! La démarche de quelqu'un qui va faire ce genre de test n'a-t-elle justement pas pour objet de s'écouter parler, comme lorsqu'on va chez un psy ou qu'on écrit un bouquin, un article ou encore un blog ? Tous ceux qui me connaissent savent sans doute qu'il s'agit là d'un de mes gros défauts, découlant comme la plupart des autres de mon égocentrisme flagrant, de vouloir sans arrêt qu'on s'intéresse à moi. Sinon pourquoi aurais-je créé ce blog pour ensuite m'en détacher dès lors que je me suis rendu compte qu'il n'intéresserait personne durablement ? Pourquoi m'efforcerais-je, comme toi sans doute, d'élever la voix en soirée dès que j'ai l'impression d'avoir quelque chose de vaguement intéressant à dire ? Pourquoi me donnerais-je tant de peine à contredire ouvertement ceux avec qui je suis en désaccord, ou à renseigner ceux qui me demandent mon avis ? Ces tests n'ont-ils donc pas vu tout l'orgueil dont devaient regorger mes réponse, à peine camouflé sous un nuage de curiosité et ma sempiternelle distance émotionnelle ?

Quelque part on a quasiment tous besoin d'attirer l'attention. Peut-être en ai-je un peu plus besoin que les autres, ou peut-être l'avoué-je tout simplement plus facilement. Quoiqu'il en soit, je dois reconnaitre que de tous les défauts dont je m'avoue être affublé, c'est sans doute celui que j'ai le plus de mal à assumer et qui me procure le plus de honte, peut-être à cause justement de sa déplorable banalité.
Le serpent se mord encore une fois la queue. L'originalité est devenue un tel garant de l'intérêt d'une personne que nous cherchons tous à l'atteindre. Du coup, rien n'est plus commun que de vouloir être unique, et cette seule volonté suffit à nous maintenir dans notre fadaise. De même que j'ai dû me rebeller contre ma rébellion, vais-je devoir en son nom tourner le dos à ma recherche de l'originalité et de l'intérêt d'autrui ?
Fort heureusement non, car cette banalité est un moindre mal face au réel drame des sociétés humaines, où bon nombre de simili-individus s'acharnent encore à se fondre dans la masse et n'ambitionnent qu'à tout faire comme le voisin en une attitude à la source même de l'immobilisme qui a miné notre progrès et décoré les plus sombres heures de notre Histoire.

lundi 23 juin 2008

La responsabilité individuelle

A l'époque où la technologie, un système d'assistanat social plus ou moins bien huilé et le culte de l'enfant-roi s'unissent pour persuader l'Homme que tout lui est dû, il devient de plus en plus délicat de confronter celui-ci à sa propre responsabilité. D'ailleurs on cherche à apprendre à nos enfants à devenir des gens responsables alors même qu'on a perdu le sens de ce mot.

Comme tu le sais, tous nos actes, aussi insignifiants ou involontaires soient-ils, ont des conséquences. Tu dois également le savoir, les conséquences positives de nos actes forment ce qu'on désigne comme nos mérites. En revanche ce que tu oublies sans doute trop souvent, c'est que les conséquences négatives, quant à elles, forment ce que l'on appelle notre responsabilité, en d'autres termes ce qu'on devrait assumer quand on a merdé et qu'on essaie toujours de minimiser.

Ça n'a de toute façon jamais été bien facile d'assumer nos échecs, nos mauvais choix et nos limites, surtout face au regard de ceux qui nous jugent et de ceux à qui ils ont fait du tort. Ça nous angoisse tellement qu'on fait en sorte de l'oublier en s'arrosant les uns les autres de formules sympathiques de type "T'y es pour rien", "Si seulement il n'y avait pas eu..." ou encore "tu as fait ce que tu as pu". Reconnais-le, quand tu merdes, de celui qui te console avec du "C'est pas ta faute" et celui qui te met le nez dedans avec du "Bah ouais, t'as merdé t'assumes, normal", lequel considères-tu le plus facilement comme un véritable ami ? Au final, à force de ne se dire les uns aux autres que ce qu'on veut entendre, on se complaît dans l'entretien mutuel d'une certaine médiocrité – phénomène sur lequel je ne manquerai d'ailleurs pas de revenir.

Ainsi, si tu te plains de te mettre en quatre pour garder ton poste, dont ton salaud de patron subordonne le maintien à des efforts au-dessus de ce qu'il demande aux autres, je serai un enfoiré si je te rappelle que c'est toi qui opères finalement l'arbitrage, et qu'au final tu choisis par toi-même de céder à sa pression parce que tu estimes que ce qu'il t'offre en échange a plus de valeur que ce que tu lui cèdes. Mais pire encore, le jour où tu voles, où tu casses, où tu caillasses une voiture de police, où tu brules un bus, si je m'aventure à nier que ta responsabilité est dégagée puisque la nécessité de ta condition t'y a conduit inexorablement, je deviens inévitablement un sans-cœur, ou au moins un sale privilégié ignorant du point auquel la vie est dure.

Élargis un peu ce raisonnement, ajoutes-y une pincée de philosophie marxiste, assaisonne avec du discours anarcho-communiste sauce Kropoktine et fais lever à la sociologie bourdonienne, et tu obtiendras l'essence du socialisme angélique : la négation de la responsabilité. L'individu est déterminé par – selon le discours – son milieu social, l'organisation des processus de production, ou encore l'autoritarisme pervers et aliénant de la société bourgeoise. Peu importe le déterminant (ils se recoupent tous), l'essentiel c'est qu'à moins d'être patron, juge ou geôlier (et donc coupable), l'individu ainsi déterminé n'est jamais considéré comme responsable du mal qu'il cause. Et par là-dessus, on t'invente un concept de liberté réelle, ou positive au choix, où ma liberté et ma propriété ne sont plus un frein aux tiennes, ou encore où la vraie liberté c'est le bien obligatoire et le mal interdit. Bref, tous les glissements sémantiques sont permis pour enterrer pour de bon cette responsabilité bien gênante.

Et force est de constater que ça fait son chemin dans l'opinion. Jusqu'aux États-Unis, on invoque de plus en plus exclusivement la responsabilité collective, le prétendu devoir pour l'État de décharger les citoyens de tous les risques qui pèsent sur lui. Le système s'auto-entretient. Plus l'individu est couvert et déresponsabilisé par l'État-providence, et plus il estime que tout lui est dû, que c'est à lui seul de choisir ce qu'on lui cède et le prix auquel on lui cède, qu'il s'agisse d'un emploi, d'une assurance, d'une subvention, d'une inscription à l'école pour ses enfants, d'un billet de théâtre, etc. Et avec la nécessité de supporter par soi-même les risques inhérents à sa propre action et à sa propre existence, c'est le droit de choisir librement cette action qui périclite, illustrant ainsi à quel point liberté et responsabilité ne sont que les deux faces d'une même pièce. Nous subissons le règne de la réglementation débonnaire, du vivre-ensemble obligatoire, de la solidarité forcée. Je m'étonne encore de la détermination enthousiaste qui semble régler le pas de la multitude en cette lente marche forcée dans laquelle elle m'entraîne vers une énième tyrannie utopique.

J'ai perdu ma naïveté. Je sais désormais que la plupart des gens ne souhaitent rien plus que se décharger de leur responsabilité, s'enfermant dans l'enfance et l'obéissance à un État-papa qui prendra sur lui d'assumer le danger, l'éducation et ses ratés ou encore la création de richesses, édictant fatalement ses propres règles dans ces buts. Et d'ailleurs, loin de moi l'idée de leur refuser cette ultime liberté qu'est celle d'y renoncer. Mais de grâce, qu'ils me rendent la pareille ! Qu'ils me laissent reprendre la mienne, et supportent leur responsabilité collective entre eux, entre irresponsables volontaires et consentants ! Rendez-moi mon contrat social, je vous garantis que ma signature est un faux !

vendredi 13 juin 2008

Bien fait !

Haha, les Irlandais ont dit non au Traité de Lisbonne. Et bah c'est bien fait !! Si ça pouvait apprendre à nos dirigeants à ne plus insulter la souveraineté démocratique de leurs électeurs en tentant de faire passer en douce à l'Assemblée un projet qui a été publiquement refusé par l'ensemble de leur population lors d'un référendum six mois avant...

J'ai d'ailleurs un peu de mal à comprendre qu'on ne se soit pas formalisé plus que ça quand Sarkozy s'est ouvertement foutu de nous avec cette histoire de traité soi-disant simplifié. Et pourtant j'avais voté Oui au premier référendum, mon indignation n'a donc ici rien à voir avec de l'antieuropéisme primaire.

Bref, un pas en arrière pour l'Europe, c'est pas la mort, on a tout le temps pour la construire; et même si ça ne servira sans doute jamais de leçon à notre Président, ça aura au moins apporté un profond sentiment de justice et de satisfaction à ton serviteur, ainsi sans doute qu'à près de 55% des électeurs de notre beau pays.

samedi 26 avril 2008

Blogosphère

Je viens de faire un petit tour sur ce qu'il est à la mode d'appeler la blogosphère. Je sais, jusque-là tu t'en branles et tu as bien raison.
Ce que ça a d'assez "intéressant" pour mériter que je le mentionne ici après un si long silence, c'est que je ne vais jamais visiter de blog. Les raisons en sont diverses, manque de temps, d'intérêt, envie de garder l'initiative, de présenter mes propres idées et pas celles des autres mais aussi grosse tendance à prendre les autres pour des cons et à me dire que leur point de vue est atrocement biaisé, manque de recul et que le mien serait beaucoup plus pertinent et digne de publication.
Ce sont d'ailleurs ces mêmes raisons qui me tiennent éloigné des ouvrages philosophiques et autres commentaires d'actualité dispensés par des journalo-prêcheurs aussi subjectifs que formatés dans les diverses publications politiquement orientées dans lesquelles nombre de mes semblables aux prétentions intellectuelles presqu'aussi surfaites que les miennes vont régulièrement avaler goulument la bonne parole prémachée.

Je me suis promené à droite à gauche, surtout là où on exprimait des idées, des points de vue. Je m'attendais à trouver plus facilement des blogs généralistes ou philosophiques, mais j'ai dû me contenter, pour l'essentiel, de blogs sur l'actualité ou la politique, n'étant qu'assez peu intéressé par le détail de la vie d'adolescents boutonneux pleins de rébellion enfantine ou le compte-rendu des vacances dans le Bas-Poitou de Ginette et Jean-Paul.
J'ai trouvé quelques auteurs talentueux, avec une plume acérée comme je l'aime et un juste dosage de sens critique et d'esprit de contradiction nécessaires à mon appréciation. J'ai aussi parcouru de nombreux blogs très passables, les styles de certains rédacteurs rivalisant dans la médiocrité et l'ennui avec l'indigence intellectuelle dont ils font preuve en recrachant inlassablement les mêmes arguments faciles et les mêmes points de vue inébranlables, sans surprise ni intérêt.

Quoiqu'il en soit, je n'ai dégagé de mon premier vrai contact avec la blogosphère, outre la jalousie envers la multitude de ces chroniqueurs souvent incompétents et pourtant toujours lus, suivis et commentés fidèlement par toute la communauté de leurs semblables, qu'un grand étonnement face au temps que certains doivent consacrer à leurs activités bloguesques.
Tous ces blogueurs assidus, à qui la seule rédaction de leurs articles doit prendre (j'en sais quelque chose) un temps considérable, poussent le vice jusqu'à consacrer les quelques instants qu'il leur reste à papillonner autour de leurs communautés respectives, et même de l'ensemble de la blogosphère francophone.
Ils s'entrecongratulent, s'insultent entre eux, se trollent les uns les autres, le tout dans un fourmillement de vie et de sociabilité qui manque réellement à ce pauvre petit blog isolé. Quels que soient les reproches que j'aie à leur faire, je ne peux qu'être admiratif devant ces communautaires qui se construisent une vie de loisir tournant autour de l'écriture, de la communication, de l'échange de points de vue et de la liberté d'expression.

Tout ça pour dire que je commence à envisager de migrer ce blog vers un autre hébergeur disposant de certains outils de promotion afin de lui donner un peu de visibilité et satisfaire ainsi mon égo démesuré, raison principale qui me pousse à me donner en spectacle de la sorte en exposant publiquement et par écrit le contenu de ma boîte à idées. Peut-être cela allié à l'accalmie dans mon emploi du temps que devrait provoquer l'arrivée des vacances, me donnera-t-il la motivation de reprendre mon rythme de sept ou huit articles mensuels qui a ponctué la période d'euphorie suivant sa création.

mardi 18 mars 2008

Et si nous avions créé Dieu ?

Va savoir pourquoi l'Homme a un jour pensé que son Créateur était énorme et omniprésent, le définissant comme un être gigantesque qui aurait engendré tout le reste à partir de rien.

En fait, au lieu de chercher notre Dieu créateur dans l'infiniment grand, imaginant que notre géniteur nous regardait de haut comme nous regardons des fourmis dans leur fourmilière, c'était vers l'infiniment petit qu'il fallait se tourner. En effet, si nous pouvons observer, nourrir ou tuer des fourmis, nous ne pouvons en aucun cas les avoir créées.

Nous avions tout faux. Notre Créateur n'est pas une entité unique et gigantesque qui a tout généré en un claquement de doigts. Notre Créateur, c'est une multitude de cellules minuscules qui, à force de se reproduire, de se battre pour survivre, d'"apprendre" à se combiner et à travailler en équipe, ont fini par aboutir à la formation d'êtres doués d'un état de conscience qu'elles n'ont absolument aucune capacité d'appréhender, et tout cela sans même le vouloir ou s'en rendre compte.

Nous croyions naïvement que l'échelle de la création marchait du haut vers le bas, qu'un être doué d'une conscience supérieure créait plusieurs êtres doués d'une conscience inférieure, alors que la loi qui régit l'univers est toute autre, et ce depuis le big-bang : le petit crée le grand. Les nucléons forment les atomes, les atomes forment les molécules, les molécules forment les cellules, les cellules forment les êtres vivants.

Et si, en nous combinant, et en travaillant les uns avec les autres, à notre échelle et à notre façon, nous étions nous aussi non seulement aptes mais voués à créer une nouvelle forme de vie ? Un être nouveau à une échelle tellement démesurée par rapport à la nôtre que nous ne pourrions même jamais en concevoir l'existence, doué d'un niveau de conscience si élevé par rapport à nous que nous passerions, en comparaison, pour des petites cellules travailleuses uniquement programmées à certaines tâches simplistes. Et si nous l'avions déjà créé ? Et si nous étions en train de le faire ?

Qui nous dit que cet être ne pourrait pas tout simplement se débarrasser en un instant d'une partie de ce qui le compose, d'une partie d'entre nous, comme quand nous coupons nos cheveux ou crachons n'importe où ? Qui nous dit qu'il ne l'a pas déjà fait ? Que la Terre, ou même l'univers que nous connaissons, n'est pas qu'un bout de rognure d'ongle pourrissant depuis peu sous le lit d'une créature cosmique, sans que nous soyons plus conscients de notre soudaine inanité que nous ne l'étions de notre utilité à l'époque où notre activité avait encore un impact quelconque sur le plan supérieur, aussi infime fût-il.

Et si nous avions créé Dieu ? Pas au sens du Dieu créateur mais de l'être supérieur, tant sur le plan de la taille que du pouvoir ou de la conscience. Voudrais-tu connaître son existence ? Voudrais-tu qu'il connaisse la nôtre ?
Que ce soit le cas ou non, j'aime à constater que cette seule pensée me suffit à relativiser notre grandeur, notre puissance et notre intellect.

dimanche 16 mars 2008

Patriotisme et nationalisme

On entend assez régulièrement ce genre d'expression : "Je suis fier de mon pays", "Fierté nationale"... Même si les répliques de ce type paraissent aisément assimilable à des milieux patriotiques et conservateurs, voire même nationalistes, elles tendent à se généraliser au gré de certaines circonstances, notamment à l'occasion de victoires sportives.
J'éprouve moi-même une volonté que je ne m'explique pas de voir triompher l'équipe qui porte mes couleurs sur le terrain, même dans un sport dont je me fous par ailleurs complètement. Quand il lui arrive de triompher, j'en viens même à ressentir une forme de satisfaction tout-à-fait assimilable à de la fierté.

Pourtant, si l'on venait me demander si je suis fier d'être Français, ma réponse serait évidemment négative.
Tout d'abord parce que j'ai une tendance, certes discutable, à penser qu'on n'a pas à être fier de quelque chose qui ne dépend pas de nous. Mis à part les quelques naturalisés qui ont tout quitté par pure volonté de rejoindre notre beau pays, nous autres Français de naissance n'avons guère le moindre mérite concernant notre nationalité. On n'a jamais demandé à naître Français, et on l'est sûrement restés, pour l'essentiel, par habitude et commodité. Les performances de nos équipes de foot ou de rugby, de nos nageuses ou de nos judoka ne dépendent, sauf cas particuliers (entraîneurs, joueurs...), absolument pas de nous et nous n'avons par conséquent guère de légitimité à nous gargariser de leur réussite.
Deuxièmement, même si je pouvais tirer de la fierté d'une nationalité que je n'ai pas choisie, ce serait plutôt de la honte que je ressentirais à porter les couleurs de mon pays. De quelle France veux-tu que je sois fier ? La France qui a opprimé et ponctionné des décennies durant les habitants de ses colonies africaines et asiatiques ? La France qui, dans sa grande majorité, a courbé l'échine et fermé les yeux devant la puissance et la sauvagerie de l'envahisseur nazi ? La France féodale, qui se déchirait en guerres sans fin dans l'inégalité et la privation de droits la plus totale, commettant les pires atrocités au nom d'une religion dépouillée de tout son sens qui la couvait d'un regard bienveillant ? La Gaule barbare de nos ancêtres pouilleux, opportunément civilisés par l'envahisseur romain ? La France moderne, qui malgré tout cela reste encore assez imbue d'elle-même pour avoir un candidat nationaliste au second tour de ses élections présidentielles à l'aube des années 2000 (et même dès 2007 un président militant si outrageusement pour le patriotisme et l'identité nationale).

Malgré tout, je suis heureux d'être Français. J'aime mon pays. Évidemment, je lui préfère des systèmes politiques plus libéraux, à l'image de la Hollande par exemple; bien sûr, j'envie les climats des plus basses latitudes; effectivement, j'ai un penchant plus marqué pour les grandes étendues sauvages d'Amérique du Nord que pour nos champs ininterrompus de blé, de maïs et de vigne.
Mais à tous ces niveaux, on ne se défend pas si mal. On est une sorte de juste milieu.
Notre économie a su opter pour un libéralisme salutaire tout en faisant figure de précurseur sur nombre de questions sociales et, malgré les difficultés qu'elle connaît ou a pu connaître, elle continue de fonctionner plutôt correctement.
Niveau climat on ne s'en sort pas si mal, l'Océan Atlantique sur notre flanc modérant pour nous la rigueur des hivers et la pesanteur des climats continentaux. On peut en quelques heures de route passer du ski sur sommets enneigés aux plus chaudes plages méditerranéennes.
Quant aux paysages, on n'est quand même pas à plaindre. Entre la beauté, à la fois sauvage et traditionnelle, des montagnes et des villages d'Alsace, la puissance toute paradisiaque des calanques marseillaises, le pittoresque des rivages bretons et le blanc immaculé des plus hauts sommets alpins, la France offre sur un minimum d'espace, une représentativité exemplaire de certains des plus beaux paysages de notre planète.
Même si j'ai beaucoup de reproches à leur faire, j'aime mon pays, le système dans lequel j'évolue et la langue que je parle. Il m'arrive même, dans certains accès d'auto-congratulation toute prétentieuse, de ressentir une certaine fierté de la maîtrise que j'ai de cette dernière et du respect que j'éprouve pour elle.

Je suppose que, dans un sens, cela fait de moi un patriote, même si je ne le ressens pas du tout ainsi. D'ailleurs, je me retrouve tout-à-fait dans plusieurs des valeurs françaises, liberté et égalité (dans cet ordre s'il te plaît) ou encore démocratie.
Mais je ne ressens pas cette fierté et cette solidarité nationale qui va, pour moi, de pair avec la notion de patriotisme. Sauf vraiment dans le cas de la défense contre une invasion sur le territoire nationale, je ne vois par exemple aucune gloire dans le fait de mourir pour son pays, juste de la stupidité. Je ne suis que très modérément préoccupé par notre rayonnement international ou notre puissance diplomatique et militaire. Je n'ai pas spécialement le sentiment que ma nation soit supérieure à d'autres, ou que le Français soit moins con qu'un autre, au contraire. Je veux que mon pays soit concurrentiel afin de garantir à ses habitants (notamment moi et mes proches) l'obtention aisée d'un niveau de vie correct, mais je n'ai aucune ambition concernant le concept galvaudé de "grandeur nationale" par exemple.

D'ailleurs pour tout te dire, j'ai tendance à ressentir un certain mépris envers ceux qui affichent (et encore plus pour ceux qui les ont sans les afficher) des opinions nationalistes.
Attention, je parle bien ici du nationalisme, pas du racisme. Je ne suis pas de ceux qui font bêtement l'amalgame entre les opinions nationalistes et le nazisme ou la haine raciale : si les racistes sont quasi-immanquablement nationalistes, l'inverse n'est pas vrai, et il y a une grosse différence entre penser que les Français doivent passer avant les autres dans leur propre pays et estimer que certaines races sont supérieures à d'autre. Je n'en viens guère jusqu'à m'agacer qu'on diabolise de la sorte une idéologie avec laquelle je suis tellement en désaccord, mais je trouve dommage qu'autant de gens se laissent si bêtement mystifier au point de refuser de voir la différence entre les deux.
En fait, il y a 3 points principaux sur lesquels je suis en total désaccord avec les idées nationalistes : la vanité nationale, l'immigration et l'ouverture au monde.

Je ne peux m'empêcher de croire qu'il faut avoir quelque chose à compenser pour tenir à ce point à la grandeur de son pays, et surtout pour penser qu'une nationalité puisse conférer une supériorité quelconque. Comment peut-on, en essayant d'y réfléchir avec un minimum d'objectivité, être à ce point inconscient des défauts et de la médiocrité de ses propres concitoyens, au point de rejeter la responsabilité de tout ce qui va mal sur les étrangers et l'ouverture au monde qui nous entoure ? Je conçois que ce soit une pensée agréable et rassurante, et qu'il soit nettement plus pratique de se dédouaner de ses propres problèmes en les mettant sur le dos des autres qu'en les assumant. Mais je ne peux comprendre qu'on base toute son idéologie sur une pensée juste parce qu'elle est rassurante, sans prendre le soin de regarder autour de soin et de juger de tous les points sur lesquels elle ne colle absolument pas avec la réalité.

Concernant l'immigration encore, je trouve les positions nationalistes aberrantes. Même s'il semble évident qu'il faut, en pratique et dans une certaine mesure, contrôler l'immigration un minimum, n'oublions pas que notre pays fonctionne en grande partie grâce à elle.
Étant originaire d'une ville industrielle et ouvrière, qui ne tient debout que grâce à ses chantiers navals, je suis bien placé pour savoir qu'une bonne partie de l'industrie française ne subsiste que grâce à la présence d'étrangers, à l'exploitation d'étrangers devrais-je même dire. Les wagons entiers d'ouvriers africains ou d'Europe de l'est qu'on paye une misère pour des conditions de travail déplorables, et à qui on refuse la nationalité et parfois même le billet d'avion pour le retour une fois leur labeur terminé, ces travailleurs sont un facteur sine qua non dans le maintien de la compétitivité de nos entreprises malgré le maintien de minima décents (et encore) pour les Français qui y travaillent. Il y a bien des secteurs où la bonne santé économique combinée à nos belles 35h et à tous nos avantages sociaux ne sont qu'une illusion basée sur l'exploitation de la main d'œuvre étrangère.

Pour ce qui est de l'ouverture au monde, c'est encore un débat vaste et épineux sur lequel j'aurai certainement l'occasion de revenir dans le détail dans un éventuel article ultérieur concernant le libéralisme économique ou la mondialisation.

J'aimerais conclure cet article en rattrapant quelque peu l'ingratitude dont on pourra me taxer en lisant ces lignes. En effet, je voudrais rendre un hommage, éculé mais mérité, à tous ceux qui ont donné leur vie, un bras ou leur visage, pour défendre notre culture, que je chéris malgré toutes ses imperfections, face à un envahisseur brutal et illégitime. Je parle ici évidemment des résistants de la Deuxième Guerre Mondiale, mais aussi des soldats anglais, américains, canadiens et coloniaux, des poilus de la Grande Guerre, des grognards de la guerre franco-prussienne, des chevaliers de la Guerre de Cent Ans... Vous fûtes tous des justiciers du droit international, seuls soldats d'une Histoire bien trop souvent honteuse à avoir combattu pour la légitimité de notre souveraineté nationale, pour une France qui voulait rester française, et qui n'aurait su perdre ce droit par la seule raison des armes. C'est grâce à vous que j'écris ces lignes dans cette si belle langue. Merci.

samedi 15 mars 2008

Mon petit film personnel

On est tous la vedette de son petit film personnel.

Notre perception est toujours égocentrée. Du coup, on accorde tous une importance démesurée à chacun des paramètres de sa vie. On agit sans arrêt comme si les autres personnages n'avaient rien de mieux à faire que de disséquer chacun de ses faits et gestes pour mieux parler de soi entre eux, comme si on était le charismatique Dr House ou la séduisante Ally Mc Beal.
Alors on prépare ses répliques, on soigne son apparence, ou au contraire on se néglige consciemment, on fait tout pour être parfait lors de chacune de ses grandes scènes.
On est convaincu qu'on connaît, parfois même à plusieurs reprises, le Grand Amour digne des plus belles comédies romantiques, ou même que les sentiments qu'on éprouve ont quelque chose d'unique, de grandiose.

La vérité c'est qu'on est presque toujours extrêmement banal.
Quels que soient les choix qu'on fasse, il y a toujours eu des millions de personnes à faire les mêmes avant. Quelle que soit la volonté qu'on mette à l'éviter, on est toujours poussé dans les grandes cases dans lesquelles ces choix, finalement assez limités, nous rangent tous comme des dossiers.
On naît, on va à l'école, on travaille, on meurt. Parfois on se marie, on fonde une famille, mais en vérité, l'amour que l'on porte à sa femme/mari et à ses enfants n'a rien de bien différent de celui qu'éprouve le voisin pour les siens. On peut aussi choisir de rester célibataire, mais on devient une fois encore un des nombreux clichés ambulants qui emplissent cette catégorie.
Même ce qui est pour nous la pire des catastrophes, que ce soit un adultère, le décès d'un proche ou encore une grosse galère financière, même les pires souffrances et les plus grandes joies qu'on éprouve, tous ces évènements ne sont que les manifestations de l'effroyable banalité d'un sort également échu à une pléthore de nos contemporains dont les tribulations sont tout aussi ordinaires et ennuyeuses que les nôtres.

Alors on se persuade, on se convainc qu'on est quelqu'un de spécial, qu'on a quelque chose en plus, ou au moins qu'on n'est pas plus mal qu'un autre. Cette vie est a priori la seule qu'on a, on veut donc à tout prix qu'elle soit grandiose, même si ce n'est que dans l'impression qu'on en a. Du coup, on en déforme sa perception, on s'imagine un peu de couleur par-ci, un peu d'intérêt par-là, une touche de drame et une bonne dose d'émotion.
On s'invente toutes sortes de critères afin de se dire qu'on a bien réussi sa vie, et le jour où on ne les satisfait plus, on en change selon ce qu'on vit ou ce qu'on veut vivre. L'histoire du mec qui se réveille à 40 ans en se rendant compte qu'il a raté sa vie reste un mythe de l'imaginaire collectif, une légende moderne à laquelle on veut croire pour se rassurer sur son sort. Car en vérité, même s'il arrive à tout le monde, à certains moments plus qu'à d'autres, d'éprouver des regrets sur la façon dont on a mené sa vie, on se trouve toujours toutes sortes de bonnes raisons et de "ouais mais moi au moins...".
On se persuade qu'on est fou amoureux, et que cet amour peut être parfaitement réciproque et symétrique, qu'il existe une personne qui est faite pour soi et qu'on a eu ou qu'on aura un jour la chance de la trouver.

Finalement, même si la vie était un film, si la Terre n'était qu'un gros terrain de tournage cosmique, les chances pour qu'on soit la vedette seraient tout de même relativement minces, et, même si c'était le cas, il est fort probable que ce film serait un navet. Mais toi, tu te verrais bien dans quel rôle si tu n'étais pas le héros ? Son meilleur ami ? Sa compagne ? Le figurant à la terrasse d'un café dont on aperçoit vaguement un bout du bras pendant quelques secondes du film ?
Est-ce que tu peux envisager que l'utilité de ton existence toute entière ne se résume qu'à un rôle aussi réducteur ? Cette pensée est assez déprimante, et pourtant globalement c'est à ça que se résume notre vie; il n'y a que pour chacun d'entre nous, voire éventuellement pour une poignée de nos proches, que tous ces détails qui la composent ont une réelle importance.

Mais après tout, ne peut-on pas considérer que c'est justement notre incapacité à assumer la vanité de notre existence qui la rend si belle et si intéressante ? Ou ne nous rend-elle pas au contraire encore plus insipides et pathétiques ? En ce qui me concerne, je crois que mon avis sur cette question complexe va continuer encore quelques temps d'osciller en fonction de mon humeur du jour.

mardi 4 mars 2008

Comportement exemplaire

Pour notre presse, le grand jeu du moment consiste à épier, relater, décortiquer et analyser chacun des faits et gestes de notre plus si nouveau que ça Président de la République. C'est ainsi qu'on a récemment fait beaucoup de bruit autour de ses paroles malheureuses lors du salon de l'agriculture.

Le support écrit ayant pour but le passage à la postérité, où j'ose espérer que cette anecdote aura déserté depuis fort longtemps toutes les mémoires, je vais resituer le contexte. Nicolas Sarkozy, l'actuel Président de la République française, traversait le salon de l'agriculture au pas de gymnastique, entouré d'une cohue de ses administrés qui se pressaient tout contre lui afin de profiter des quelques poignées de main qu'il distribuait alors, comme le veut ce rituel aussi ridicule qu'absurde du bain de foule. C'est alors qu'un de ces nombreux badauds massés, à qui le chef de l'état tend la main, ouvre cet échange courtois :
"-Ha non touche moi pas, tu m'salis.
-Casse toi alors, pauvre con."

Inutile de dire que ça a fait le tour de tous les sites de streaming, de toutes les chaines de télévision et de radio et de tous les journaux en un rien de temps.
L'opposition a hurlé au scandale d'une seule voix, tandis que les pro-Sarkozy comprenaient et soutenaient frileusement la réaction de celui-ci. Des micro-trottoirs de TF1 aux débats entre experts de la com' sur France Info, il était prodigué à chacun un peu de temps d'antenne afin de donner son avis et son interprétation sur les propos du chef de l'état.
Même si je n'en pense pas moins, je ne m'attarderai pas ici à fustiger ce genre de focalisation médiatique inutile alors qu'il y a tant à dénonceen ce bas monde. D'ailleurs j'aurais l'air con dans la mesure où je suis moi-même en train d'écrire un article à ce sujet et où j'ai la ferme intention de donner mon avis sur la chose. Après tout c'est pour ça que je suis là.

Bref tout ça pour dire que je n'ai pas entendu un seul de ces soi-disants experts faire le parallèle avec une autre affaire qui avait, elle aussi, défrayé la chronique il y a peu de temps; les conditions étaient pourtant rigoureusement identiques : des caméras de télévision, un personnage publique important et connu de tous dans un contexte de grande tension et une attitude violente en réponse à une provocation.
Oui, je parle évidemment du fameux coup de boule de Zidane. La position de Sarkozy dans les sondages doit lui valoir en ce moment, une tension et une lassitude comparables à celles occasionnées par une finale de coupe du monde s'éternisant sur un joueur de football à l'approche de la retraite. Le provocateur (on ne me fera pas croire que le badaud du salon était là par hasard et avait un autre but que la provocation) a obtenu ce qu'il voulait dans les deux cas. L'un était sportif, l'autre politicien, l'un a répondu physiquement, l'autre verbalement, et à chaque fois c'est autant la violence de la réaction que le statut du personnage concerné qui choque et divise l'opinion.

Mon analyse est donc la même dans les deux cas.
Ont-ils eu tort ? Evidemment. Aucun débordement violent de ce type en public ne saurait se justifier de la part de ces gens à qui une nation toute entière a offert sa confiance. L'un et l'autre, en tant que sportif et que dirigeant, se doivent d'avoir un comportement exemplaire dans le cadre de leurs fonctions respectives d'une part, et en tant que personnages publiques représentant les valeurs de certaines institutions d'autre part.
Mais est-ce que je les comprends ? Et bien tout-à-fait. Dans un cas comme dans l'autre, j'aurais sans doute réagi au moins aussi violemment, peut-être même plus étant donné le contexte.

L'un et l'autre sont humains et ni le fait de pratiquer un sport mieux que personne, ni celui d'avoir des aptitudes de dirigeant (ou du moins d'arriver à faire croire qu'on en a) ne peut changer quoi que ce soit à notre condition et à notre imperfection.
Bref le sujet a déjà fait couler bien assez d'encre et je ne vois vraiment pas quoi en dire d'autre. Espérons juste que la presse française, ainsi que ton serviteur, sauront à l'avenir se recentrer sur des sujets ayant une importance et un intérêt quelconque.

mercredi 27 février 2008

Les hommes contre les femmes (et inversement)

On a souvent tendance à assimiler bêtement le début du choc des sexes à la montée du féminisme et au raccourcissement des jupes de l'après-guerre. Mais je suis de ceux qui pensent que cette lutte remonte aux prémices de la vie en couple. La raison de cette confusion est sans doute que, jusqu'à une époque récente, les femmes avaient l'intelligence de mener, et bien souvent de gagner, cette bataille en face-à-face, à l'abri des murs du foyer conjugal. Au lieu de cela, elles ont désormais choisi de transformer cette guérilla anodine en une gigantesque bataille rangée à ciel ouvert, nous bombardant en masse de leurs discours culpabilisants d'un politiquement correct tellement sirupeux que la plupart d'entre nous a opté pour la rémission immédiate, laissant à ces dames le soin d'en choisir elles-mêmes les conditions.
En effet, quelle sorte d'odieux machiste oserait contester publiquement aux femmes le pouvoir de définir elles-mêmes les termes de l'égalité des sexes ?

J'entends déjà les objections s'élever et les critiques fuser. Pourtant non, madame, je ne suis pas sexiste. Je suis quelqu'un qui a le plus profond respect pour la différence et qui ne voit dans cette histoire d'égalité des sexes que le miroir aux alouettes qui nous éloigne chaque jour un peu plus de l'harmonie communautaire.

J'en profite pour signaler discrètement que ce sont souvent ceux qui prétendent avoir le plus de respect pour la différence qui cherchent le plus à l'escamoter, voire à la renier purement et simplement. Et bien pas moi, et j'entends bien exprimer ici, comme la Constitution - dont le fait qu'elle ait été rédigée, et fort bien, par des hommes n'a aucun rapport avec mon argumentaire à venir mais me vaut le plaisir d'imaginer le rictus de dégoût qu'une remarque aussi sexiste t'aura sans nul doute inspiré - m'en donne la liberté, tout le ridicule qui entoure cette fameuse lutte contre l'oppression phallocratique.

Je pourrais assez facilement, et je le ferai sans doute dans un article ultérieur, me lancer dans une liste exhaustive et un commentaire rigoureux des nombreuses différences psychologiques et cognitives existant entre hommes et femmes, mais je préfère me concentrer ici sur l'opposition des genres.

S'il est indéniable que, jusqu'à un passé récent, on a toujours refusé à la Femme l'accès aux fonctions politiques et militaires, celles qui comptent dans l'Histoire avec un grand H, il me parait illusoire de s'imaginer qu'elles n'y ont pas pris part, et que les positions de nombre de femmes ou de maîtresses de chefs d'état, ou de maîtres de guerres, n'ont eu sur notre chronologie une influence plus que dominante. Et si on peut effectivement arguer qu'elles n'en ont jamais reçu la reconnaissance, je rétorquerai qu'elles en ont néanmoins obtenu toute la satisfaction sans jamais avoir à en assumer la moindre responsabilité. J'ajouterai même, et on ne me reprochera pas de prendre le risque de surestimer l'intelligence de nos douces moitiés, qu'elles en étaient certainement très conscientes, que cela leur convenait tout-à-fait, et qu'on ne doit qu'aux développements récents de l'apprentissage de l'Histoire dans une école obligatoire les velléités qu'elles montrent aujourd'hui à se mettre en lumière de manière à figurer dans les manuels.

Je ne contesterai pas non plus l'injustice des différences de salaire à poste égal, ni du fait que, pour des raisons physiologiques évidentes, il y a encore aujourd'hui beaucoup plus de violeurs que de violeuses.
Qu'on me dispense en revanche des discours laxatifs sur la mésestimation de l'intelligence des femmes et le scandale de la femme-objet en petite tenue sur les affiches publicitaires.
Que ce soit dans l'art ou la culture populaire, la femme a toujours été le symbole, l'incarnation de la beauté. Il aura fallu quelques milliers d'années pour que Michel-Ange créé un équivalent masculin à la Venus de Milo. Et penses-tu pouvoir me citer un équivalent masculin comparable en notoriété à une Miss France, garante aux yeux du monde de la beauté française ?
Pourquoi cela ne suffit-il pas aux femmes, et pourquoi nous convoitent-elles tant la représentation habituelle, pourtant beaucoup moins ostentatoire, de la sagesse à barbe blanche ? Faut-il donc, mesdames, que vous vous appropriiez absolument toutes les vertus ?

Quant aux préjugés qui veulent qu'aujourd'hui encore, les femmes soient astreintes à une critique plus aisée que les hommes, je demande à voir. S'il est vrai qu'on pointe plus facilement du doigt la légèreté dans les mœurs d'une femme, les hommes ont eux aussi tout intérêt à surveiller leur comportement.
Si les uns comme les autres sont prompts à traiter de pute une femme mettant trop sa féminité en avant, des écarts de comportement comparables vaudront à un homme la qualification, au mieux de faible, et au pire de pédé.
Et voilà que les défenseurs des homos viennent se joindre aux chiennes de gardes pour me fustiger. Comment j'ose insinuer que les désignations de "prostituée" et d'"homosexuel" peuvent être également dégradantes ?
Et bien j'affirme que l'une comme l'autre relèvent d'une connotation également péjorative dans l'inconscient collectif respectif de chaque sexe, tout aussi injustifié pour l'un que pour l'autre. Ce qui fait que ces désignations sont dévalorisantes c'est en fait exactement la même chose : notre bonne vieille morale chrétienne, qui condamne chaque représentant de ces deux castes à brûler dans les flammes éternelles. Et les asso d'homos comme de bonnes femmes seront certainement d'accord avec moi sur le fait que ce genre de considérations culturelles et religieuses, sans justification rationnelle, n'a pas sa place dans une civilisation laïque telle que la nôtre.
Que les femmes qui se plaignent d'être limitée dans leur extravagance vestimentaire et dans leurs attentions envers la gente masculine sous peine de voir leur vertu (d'ailleurs ce mot a-t-il encore un sens de nos jours) remise en question se mettent un peu dans la peau d'un Homme et se demandent si elle aurait plus de marge concernant l'habillement et les manières avant de voir leur sexualité questionnée.

Et puis d'ailleurs, le sexisme n'est-il pas la plus justifiée des ségrégations ?
Il y a beaucoup plus de différences entre un homme et une femme qu'entre un noir et un blanc, un occidental et un oriental ou même un hétéro et un gay, que ce soit sur le plan physique, psychologique et même sur certains points du système de valeur.
Bien sûr, aucune forme d'intolérance face à la différence ne trouve réellement grâce à mes yeux. Mais peut-on encore parler, à notre époque, dans nos pays civilisés, d'oppression de la femme ? Les hommes oppriment-ils vraiment plus les femmes qu'ils ne s'oppriment entre eux ? Peut-être devrait-on juste se rendre compte que ce qu'on taxe d'inégalité n'est en fait que de la différence; une différence de préoccupations, de priorités, de compétences (je ne dis pas ici que l'un est généralement moins compétent que l'autre mais bien que nous ne sommes pas compétents dans les mêmes domaines) qui amènent chacun des deux genres à prendre la place qui lui convient le mieux tout en continuant à trouver l'herbe plus verte en face.

Évidemment, certains passages de cet article sont à prendre au second, voire au troisième degré, comme d'ailleurs beaucoup de ceux touchant à ces sujets sensibles où la médiocrité de mes envolées lyriques et mon effervescence presqu'enfantine dès qu'il s'agit de choquer entrainent souvent ma plume à dépasser ma pensée dans un élan de provocation pas toujours bien maîtrisé. Mais en le relisant honnêtement et sans préjuger d'avance que je suis un sale con outrecuidant, tu te rendras compte que derrière le ridicule et l'énormité se cache un bon fond de vérité.

dimanche 24 février 2008

Intégrité

Dans les divers milieux dits "underground", l'intégrité est sans doute la vertu la plus sacrée et la plus inviolable, le critère le plus absolu de respectabilité.

Seulement l'intégrité c'est tellement abstrait que chacun s'en fait facilement sa propre définition. Pour un tel, ce sera le fait d'aimer sincèrement ce qu'on fait et d'y croire. Pour un autre ce sera de ne surtout pas chercher à se faire d'argent ou à devenir populaire, de rester UG jusqu'à la mort. On pourra aussi prétendre qu'il s'agit de rester le même et de garder les mêmes idées, continuer à tenir le même discours toute sa vie. Je pourrais sans doute, en interrogeant une centaine de spectateurs différents de n'importe quel petit concert de hip-hop, reggae, metal, hardcore ou électro, obtenir une bonne trentaine de définitions totalement différentes du concept d'intégrité; et chacune serait sans doute absolument incontestable selon son auteur. J'aurais d'ailleurs intérêt à les interroger séparément au risque de provoquer nombre de débats aussi houleux qu'interminables.

Je vais te donner mon intéprétation, celle à laquelle moi je m'astreins, comme ça si jamais tu viens à douter de mon intégrité, tu pourras toujours venir ici vérifier si ma définition correspond à la tienne ou si je suis bien, comme tu le pensais, un sale petit con de vendu indigne de ses cheveux longs et de ses tee-shirts noirs. Je vais le faire à ma façon, c'est-à-dire en faisant un roman de 7 ou 8 paragraphes remplis de mots compliqués histoire de t'embrouiller.

Déjà pour commencer, histoire de bouffer un peu de place sur ton écran et un peu de bande passante à ton FAI, commençons par nous intéresser à l'avis du dictionnaire :

Intégrité (nom féminin) :
Etat d'une chose qui n'est pas altérée.
Qualité d'une personne qui ne se laisse pas corrompre.
Synonymes :
1/ honnêteté: conscience, moralité, scrupule, vertu, justice, pureté, probité, droiture, franchise, incorruptibilité, sincérité, fiabilité.
2/ totalité: plénitude, ampleur, épanouissement, force de l'âge, maturité, intégralité.
3/ virginité: pureté.

En ce qui me concerne, je pense pouvoir résumer ma conception de l'intégrité à trois autres notions, dont deux ne sont, à mon grand étonnement, même pas données en synonyme : authenticité, constance et fiabilité.

L'authenticité se rapporte au fait de ne pas mettre en avant ce qu'on n'est pas et de ne pas se renier. Il s'agit d'avoir des goûts et des convictions assez forts pour les montrer au grand jour et ne pas en avoir honte quelle que soit la situation, de faire coïncider son discours avec ses pensées et ses actions. Il ne s'agit pas non plus de donner dans la provocation en affichant publiquement ses aspirations là où elles seront perçues comme ouvertement hostiles, mais d'être capable de les assumer si elles viennent à être mises en avant et de les défendre si elles sont attaquées. De fait, faire profil bas et nuancer (sur la forme) ses propos selon la situation ne porte pas, selon moi, atteinte à l'authenticité, et par extension à l'intégrité d'une personne, du moment qu'on ne va pas jusqu'à se contredire.
Par exemple, je conçois sans problème qu'un militant écologiste préfère ne pas lancer de grands débats lors d'un repas de famille chez ses beaux-parents chasseurs. En revanche, s'il est pris à parti, lors du même dîner, sur la question de ces pédales d'écolo qui doivent quand même bien avoir autre chose à foutre que de venir nous emmerder avec leus salades sur le bien-être animal, il perdrait toute forme d'intégrité en faisant quoi que ce soit d'autre que de révéler et de défendre ses convictions.

Si la notion d'authenticité tient notamment au fait de ne pas se renier publiquement, la notion de constance s'en approche à un niveau privé. Chez celui qui manque d'authenticité, on constatera un décalage entre le discours et les convictions. Celui qui manque de constance préférera tout simplement changer de point de vue selon son intérêt. C'est ainsi qu'on verra un homme fondamentalement carnivore se vouer au végétarisme le plus sincère pour séduire une ravissante collègue de travail, ou une jeune fan de hip-hop troquer ses survet' pour des bracelets en cuir à cause du sourire d'un jeune chevelu. C'est également la constance qui fait défaut à celui qui change de style et de discours à chaque fois que le vent tourne.
Ma vision de la constance est à ne pas confondre avec l'immuabilité, en ce qu'elle accepte tout-à-fait le changement. Mais quand il s'agit de notre façon d'être, de penser, de nos goûts et de nos convictions, ce changement doit être le résultat d'une longue réflexion la plus objective possible et d'une vraie remise en question. Cela ne se fait pas en un jour, et ça doit être vraiment profond, en aucun cas poussé par quelque intérêt passager et frivole comme une mode, une amourette ou la recherche d'une certaine popularité. Les changements radicaux trop rapides ou nombreux, aussi sincères qu'ils soient, sont le signe soit d'un manque de force de conviction, soit d'un coup de tête passager tous deux incompatibles avec ma vision de l'intégrité.

Enfin, la fiabilité découle des deux premières notions, et est selon moi la clé, l'intérêt de l'intégrité. Quelqu'un d'intègre est quelqu'un sur qui on peut compter, s'appuyer, quelqu'un de fiable. On ne peut se fier à quelqu'un lorsqu'il y a un décalage entre ses convictions et son discours ou ses actes, pas plus qu'à quelqu'un qui change de façon d'être comme de chemise.

En revanche, je préfère croire l'intégrité dissociable de la stupidité; c'est pourquoi j'exclus de ma définition des concepts tels que l'immuabilité, l'allégence, l'endoctrinement ou le formattage, qui sont pour moi incompatibles avec la liberté de pensée nécessaire à tout individu désireux de rester maître de sa propre intelligence.
La capacité de se remettre en questions de temps en temps et de penser par soi-même m'apparait en effet comme un important critère de fiabilité, et donc d'intégrité.