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dimanche 5 juillet 2009

Liberté de choix, couple et séduction

Jusqu'à une époque récente, même au sein de nos contrées occidentales, les modalités d'une mise en ménage reposaient, pour ainsi dire, sur le quasi-monopole de l'autorité. Cette autorité pouvait (et peut encore, dans certaines régions) provenir des parents, du seul patriarche, du chef du village, de la marieuse, ou encore du seigneur.

Avec l'essor du libéralisme, la révolution industrielle, l'exode rural et l'avènement du salaire, les jeunes se sont enfin vus offrir la possibilité d'une émancipation du joug des cellules d'autorité traditionnelles (famille, Église, village...), sans pour autant être condamnés à l'errance et à la misère, comme la conscience collective de l'époque le prévoyait pour ceux qui, osant braver l'ascendance, se retrouvaient déshérités et chassés du foyer. Ainsi affranchis du poids d'obligations sociales millénaires, ils ont pu inventer le couple moderne, basé sur l'amour, et surtout les modes de séduction modernes, basés sur le libre choix. On pourrait en quelque sorte appeler ça un libéralisme amoureux.

Et l'application de ce libéralisme amoureux fut accompagnée, comme celle de tout système, de son lot de dérives et désagréments - ceux-là même par lesquels les représentants de l'autorité maritale justifiaient leur ingérence. L'univers du couple et de la séduction devint donc le monde de la jungle que l'on connaît aujourd'hui. La régulation commença à se faire suivant l'offre et la demande, comme pour tout système libéral. Ceux que l'hérédité, l'effort en ce sens ou encore la chance avaient doté des plus grandes qualités (beauté en accord avec les canons du moment, intelligence, pouvoir, beau-parler, aptitudes sociales...) devinrent très courtisés et à même de jouir d'une grande liberté de choix, susceptibles d'obtenir à leur guise les partenaires les plus intéressants, et même de se payer le luxe d'en changer couramment. À l'inverse, les indigents de la séduction, trop laids, excentriques ou timides, se retrouvèrent condamnés à l'effort et au dépassement de soi pour arriver à faire leur trou, à ne pas se faire ravir leurs cibles sans peine lors des parties de séduction, à conserver la fidélité et l'intérêt de leurs conquêtes malgré leur relative liberté de succomber aux nombreux prédateurs alentour.

Il est probable aussi qu'on dénonçât une recrudescence des abus, au sens du viol des droits naturels, notamment sous la forme de viols tout court, accusant cette nouvelle libération d'encourager, par la déréglementation et la permissivité, les pires outrages. Néanmoins, comme pour les accusations analogues qu'on dirige vers le libéralisme économique, celles-ci ne furent que vaguement fondées, oubliant les abus en la matière qui avaient été le fait de l'autorité, encouragée justement en cette voie par cette sur-réglementation.

Et force est de reconnaître que le système de gestion autoritaire des mariages comportait bien des avantages apparents, ne serait-ce que du point de vue de l'"égalité" (en son sens galvaudé, d'où les guillemets). Celui qui naissait laid - vraiment laid, au point qu'il n'aurait aucune chance de tirer son épingle du grand jeu de la séduction - pouvait compter sur la cellule autoritaire traditionnelle pour lui trouver une femme. C'était moins les attributs dont il était doté ou non que la capacité qu'il avait à se faire bien voir et à faire reconnaître au village l'ensemble de ses qualités qui déterminerait d'ailleurs le choix qu'on ferait pour lui de sa compagne. Celle-ci pourrait même être une perle de séduction. Et ainsi, de la même manière que le socialisme veut forcer le riche à faire profiter le pauvre de sa fortune, on forçait la belle à faire jouir de ses charmes l'indigent amoureux.
Chacun était sûr, à condition de se plier à certaines exigences des décideurs, de trouver une compagne, et les mesures prises par le pouvoir matrimonial pour protéger le système et s'assurer que sa répartition autoritaire serait respectée (obligation de virginité jusqu'au mariage, de fidélité à partir) avaient le mérite, au moins en apparence, de limiter les abus de débauche et d'immoralité.

Et pourtant, malgré les avantages apparents de l'ancien système, plus sécurisant, et l'aspect repoussoir d'un système plus chaotique basé sur la liberté de choix des individus, quasiment aucun de ceux qui ont connu le dernier ne voudrait, sous quelque prétexte, revenir au premier. Parce que la liberté est bien plus importante au bonheur de chacun que la sécurité ou une prétendue égalité. Parce que ce qui apporte du bonheur dans l'amour, c'est notamment de savoir qu'on doit celui de sa compagne (ou de son compagnon) à ses propres qualités, à sa conquête, et pas à l'attribution arbitraire d'une autorité quelconque.

Alors pourquoi sommes-nous incapables aujourd'hui d'appliquer ce même raisonnement aux diverses problématiques politiques auxquelles le libéralisme offre une solution - certes pas parfaite, aucune ne l'est - du même ordre, comme l'économie par exemple ? Pourquoi ne voyons-nous pas que le prix des prétendues dérives de ce système est beaucoup moins élevé que celui de sa triste alternative autoritaire ? Les réponses à ces questions sont bien trop complexes et nombreuses pour être argumentées en une phrase en cette fin d'article, et je les développerai dans des publications ultérieures. Mais si tu veux chercher par toi-même, je te donne une piste ; cherche du côté des penchants humains suivants : lâcheté, bêtise, mauvaise foi, imposture, manipulation de masse, sentimentalisme, populisme, raccourcis intellectuels, inculture, incapacité à la remise en question...

dimanche 7 juin 2009

Couple

Réussir sa (ou ses) vie(s) de couple reste, pour l'immense majorité d'entre nous, un des enjeux principaux de la poursuite du bonheur. Bien que ce ne soit pas nouveau, reposant des mécanismes évolutifs ancrés dans le Vivant depuis l'émergence même des premières formes de vie sexuées, cette problématique est d'autant plus d'actualité dans nos sociétés occidentales modernes, où l'épanouissement personnel de l'individu est au centre des préoccupations.

Et pourtant, malgré toute sa banalité, c'est un concept très flou que celui du couple. La diversité de ses formes rend compliqué d'en appliquer une définition formelle. On reconnaîtra volontiers que les diverses définitions qu'en donne le dictionnaire ("Un mari et une femme, un homme et une femme vivant ensemble." ou encore "Deux personnes liées par un sentiment, un intérêt commun...") sont soit trop spécifiques pour englober l'ensemble des tendances actuelles des relations, soit trop vagues pour nous renseigner sur la vraie nature d'un couple.

Fig. 1

En bon informaticien que je suis, je vais modéliser le couple selon un modèle Entité-Association-Propriété. Je sais, ça parait biaisé comme approche, mais tu vas voir que ça ne devrait pas m'empêcher de dire deux ou trois trucs pas cons.
De ce point de vue, le couple est donc une association reliant deux entités : deux individus. Pour l'exemple, on les prendra de la même espèce, humaine, et de sexes différents (Je parle de ce que je connais, même si le gros de ce que je m'apprête à développer ici sera sans doute également applicable aux relations homosexuelles).
Chacun des individus possède un certain nombre de propriétés qui lui sont propres (physique, intelligence, aspirations...). Je ne m'amuserai pas aujourd'hui à partir en digression ontologique à lister et analyser tout ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes à nos yeux et à celui de nos partenaires (potentiels).
En revanche, je vais m'intéresser ici aux propriétés de l'association, de la relation de couple. J'en compte sept dont voici la liste, triée par ordre chronologique de prépondérance dans le couple moderne typique : Attirance, tendresse, sexe, complicité, sentiments, communication et obligations. L'objet de cet article sera d'ailleurs de revenir sur chacune de ces propriétés une par une, afin d'en fournir une brève analyse.
Évidemment, une relation peut exister entre deux êtres et rassembler ces attributs sans être une relation de couple, de même qu'une relation de couple peut ne pas comporter certaines de ces propriétés (ou plutôt les comporter avec une valeur nulle). C'est pourquoi nous définirons la contrainte suivante sur l'association Couple : L'homme comme la femme considèrent qu'ils forment un couple. On inclut donc les "relations libres" et les foyers polygames, mais ni les "coups d'un soir", ni les "plans cul" (même si beaucoup de ce qui va se dire serait applicable aux "plans cul" réguliers), ni les relations totalement unilatérales.

On obtient donc le schéma en figure 1 (Moment historique : première image dans un de mes articles).
Penchons moi donc maintenant comme promis sur chacune de ces propriétés.

Attirance :
Si elle est souvent physique dans un premier temps, elle peut reposer sur bien des propriétés de chacun des deux individus. On peut ainsi être séduit aussi bien par la culture ou l'humour que par un simple tic de langage un peu original, certaines similitudes ou différences de personnalité avec certains de ses modèles (à commencer par soi-même), ou encore juste par l'attention (ou l'absence d'attention) qui nous sera manifestée.
Cette attirance peut être rationnelle ou non. La femme qui choisit un homme pour son statut social peut, par exemple, le faire par calcul ou de manière totalement inconsciente.
Quoiqu'il en soit, même si elle n'est pas nécessairement de même nature, il vaut mieux que l'attirance soit réciproque, et de préférence à peu près équivalente, sous peine de partir sur une relation très bancale, qui risque de pencher encore plus quand les autres paramètres prendront leur importance.

Tendresse :
Il s'agit ici de l'ensemble des manifestations de tendresse, qu'elles soient physiques (bisous, câlins, caresses...), orales (mots doux, compliments...), ou autres (cadeaux, textos, intérêt manifesté, aller vers l'autre de temps en temps...).
Là aussi on a de tout, ça va du couple platonico-coincé aux indécents qui s'exhibent en permanence entre caresses torrides et sobriquets vomitifs empruntés au règne animal.
Mais c'est sans doute l'aspect sur lequel il est le plus important d'être en phase, dans la mesure où c'est la manifestation ostentatoire (avec le sexe dans une moindre mesure) de l'attirance et des sentiments, le "ciment positif" du couple.

Sexe :
Si j'ai séparé le sexe des manifestations de tendresse, c'est qu'il n'en est pas nécessairement une. Le sexe, même au sein d'un vrai couple amoureux, peut se concevoir sans réelle tendresse, et une relation aux manifestations de tendresse physique omniprésentes peut se retrouver totalement bloquée dès que ça devient un peu trop sexuel. De plus, c'est un aspect tellement important et complexe qu'il méritait une catégorie à part.
Mais c'est une telle obsession (évolutivement logique) de notre culture humaine que bien des mètres cubes d'encre lui ont été consacrés un peu partout, incluant ce blog. Je ne m'étendrai donc guère sur les tenants et les aboutissants d'une vie sexuelle épanouie, si ce n'est en rappelant qu'il ne s'agit évidemment pas d'un aspect à négliger pour un couple se voulant bien-portant.

Complicité :
La relation amoureuse n'est pas nécessairement si éloignée que ça de la relation d'amitié. J'ai même tendance à penser le couple idéal comme celui où les deux amants sont les meilleurs amis du monde.
Je conçois qu'il soit discutable d'avoir accordé à la complicité une telle importance en la hissant au rang de grande propriété du couple, au même titre que les six autres, mais c'est pour moi un tel garant de l'épanouissement qu'il y avait toute sa place.
C'est de plus un excellent intermédiaire entre l'aspect impersonnel de la simple attirance, le côté plus physique et concret de la tendresse et du sexe et le niveau d'abstraction des sentiments.
J'ai tendance à mettre aussi dans la catégorie complicité la connaissance de l'autre, aussi bien des conneries qui font qu'on gagne aux Z'amours que de ses envies et aspirations profondes.

Sentiments :
Si je parle ici essentiellement du si galvaudé "amour", il faut aussi penser à la kyrielle de ressentis qui l'accompagnent couramment : bienveillance, manque, jalousie, euphorie, déprime, admiration, idéalisation...
Je me suis déjà étendu ici sur les sentiments amoureux, leur place dans l'équilibre du couple et l'aspect critique de la première déclaration, et le sujet est par ailleurs largement assez documenté pour que je puisse, ici aussi, m'offrir l'économie d'un développement plus poussé.

Communication :
La communication est au cœur des relations humaines et devait donc être citée ici.
Néanmoins, même si je préfère la mienne exhaustive, c'est-à-dire franche et honnête, je ne pense pas qu'il y ait un modèle de communication de couple qui soit applicable partout. Force est de reconnaître que certains couples se portent bien mieux en ignorant plus ou moins sciemment certaines informations, ou certains des agissements de l'un et de l'autre et que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
Pour certains réalistes illuminés tels que moi, incapables de se contenter d'une illusion de bonheur basée sur une ignorance sine qua non, il sera néanmoins essentiel d'entretenir une relative franchise et une totale honnêteté quant aux points importants concernant la relation.
Bien sûr, la dimension communication n'est pas à réduire à la communication autour du couple, mais il est assez évident pour tout le monde que deux individus qui n'ont rien à se dire n'ont rien à faire en couple non plus, à moins que ce ne soit précisément ce que chacun recherche.

Obligations :
Un couple se définit également en terme d'obligations. Je considère par exemple (c'est très personnel) qu'un couple qui ne se fixe pas d'obligation de fidélité réciproque peut être, en pratique, réduit à un simple "plan cul" régulier. Ainsi ma vision du couple tourne beaucoup autour de cette obligation de fidélité, qui en devient un axe au même titre que les autres que j'ai développés ici.
Je suis néanmoins, en bon libéral, de ceux qui considèrent que c'est avec le moins d'obligations et de contraintes possibles que l'individu est le plus à même de s'épanouir, et que ça vaut également dans le couple. C'est pourquoi je me limite à la formulation de cette seule obligation théorique.
Mais la pratique est évidemment plus complexe. Même en me restant fidèle, si ma copine se refuse systématiquement à moi, ou ne prend pas la peine de dégager du temps pour me voir, il va en résulter un malaise qui me poussera à mettre un terme à la relation. Et quels que soient les critères, on fonctionne tous comme ça.
Même sans obligations explicites, sans règles précises édictées et acceptées de vive voix par les deux individus concernés, il subsiste toujours un certain nombre de règles tacites, correspondant au respect des attentes et des aspirations de chacun concernant l'autre et la relation de couple en général. Leur viol répété entraînera la rupture presque aussi sûrement qu'une trahison concrète, même si cela générera moins de ressentiment.
Ces obligations ne sont néanmoins pas forcément contraignantes, et le couple idéal est aussi sans doute celui où chacun saura répondre aux attentes de l'autre sans avoir à limiter ses propres aspirations.

Maintenant que nous connaissons les différentes propriétés du couple; on peut en déduire la forme que chacun prendrait dans le couple idéal :
-attirance réciproque et à peu près équivalente;
-manifestations de tendresse de chacun en phase avec les attentes de l'autre;
-vie sexuelle satisfaisante pour chacun, aussi bien sur la quantité que sur la qualité;
-complicité et connaissance réciproque;
-relatif équilibre amoureux, ou alors déséquilibre cohérent avec la personnalité de chacun;
-communication adaptée;
-respect des attentes et aspirations de chacun sans avoir à s'en faire des règles contraignantes.
Évidemment, ce n'est jamais parfait à ce point, c'est pour ça qu'on a inventé les engueulades, les discussions sérieuses, la résignation passive et bien sûr la rupture !

On pourra opposer au couple parfait décrit ci-dessus, le couple pourri qui, ne présentant pas l'adéquation de ces différents attributs, ne repose sur rien de bien convaincant. Son "ciment négatif" peut être le désœuvrement (pourquoi pas rester en couple, j'ai pas grand chose d'autre à faire de mes dimanches soirs) ou la lâcheté (peur de la rupture, de la solitude, de la difficulté de trouver quelqu'un d'autre ou encore de la réaction de l'autre...).
C'est ainsi que de nombreux couples arrivent à "survivre" sans plus (ou si peu) d'attirance, de tendresse, de sexe, de complicité, de sentiments, de communication ou d'obligations réciproques.

Sur ce point précis, j'ai d'ailleurs un point de vue assez fataliste, qui consiste à penser que les efforts nécessaires à l'amélioration d'une situation de couple ne servent qu'à générer de la frustration à moyen terme, et ne sont en rien des solutions. En gros, soit le couple est fait pour marcher, soit non.

Ça ne veut pas dire qu'une relation de couple ne peut pas évoluer. En effet, chacun ayant tendance à adapter son attitude (et parfois même ses sentiments) en réaction à celle de l'autre, une meilleure compréhension par le biais d'une bonne mise à plat des attentes et des sentiments pourra souvent aider certains couples ayant des attentes compatibles à retrouver une forme de bien-être. Mais c'est malheureusement loin d'être toujours le cas.

jeudi 19 mars 2009

Le déséquilibre amoureux

Parmi les nombreuses foutaises que la culture Disney semble avoir inculquées à notre conception du couple et de l'amour, il en est une qui résiste particulièrement mal à l'épreuve du temps. Il s'agit évidemment du "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfant". Nous sommes tous familiers du fait que, même dans les rares cas où les deux personnes qui forment un couple peuvent être assimilées au Prince et à la Princesse de nos contes de fée, le bonheur initial s'effrite rapidement.
S'il est de bon ton d'incriminer en la matière le phénomène de familiarité, auquel j'ai déjà consacré un article, ou plus largement celui de lassitude (puissant moteur de l'action humaine sur lequel je reviendrai longuement dans un article ultérieur), le facteur sur lequel j'aimerais m'attarder ici concerne ce que j'ai nommé "le déséquilibre amoureux".

J'ouvre une parenthèse pour préciser qu'une fois de plus, le contenu de cet article repose, à quelques références près, sur ma seule analyse personnelle. Il est donc tout à fait envisageable (et même hautement probable) que d'autres études menées par des professionnels en la matière aient déjà identifié ce phénomène, lui ayant sans doute attribué un autre nom, et en ayant fourni une analyse bien plus complète et pertinente que la mienne. Quoiqu'il en soit, je ne suis pas là pour faire du recopiage, et tu vas donc devoir subir les affres de l'impertinence de mon analyse ignare.

Ce phénomène peut être ramené à une phrase par la sagesse populaire, le fameux "Dans un couple, il y en a toujours un qui aime plus.", ou encore par cette citation de Desproges : "En amour on est toujours deux : un qui s'emmerde et un qui est malheureux.".

Évidemment, ces formulations sont un peu simplistes. D'autant qu'on met beaucoup de choses dans le mot "amour". Déjà, on parle aussi bien d'amour pour désigner ce que l'on éprouve pour ses enfants que pour sa femme, alors que les deux sentiments sont extrêmement différents et ont des implications très distinctes.
Mais même pris dans le sens de l'amour sensé unir deux conjoints, ce fameux prémisse rendu, dans le conscient collectif, indispensable à la vie en couple, ce terme est devenu un véritable fourre-tout. La pression autour de cet amour qu'on doit impérativement ressentir est telle que chacun finit par qualifier ainsi son attirance pour l'autre, quelle que soit la nature précise de son ressenti.
La déclaration d'amour a pris un certain nombre de rôles dans le couple. Le premier "Je t'aime" sert à formaliser l'entrée dans une relation sérieuse. Il devient ensuite un rituel destiné à rassurer l'autre sur la solidité de la liaison. Soit il est usé à tout bout de champs (fins de conversations téléphoniques, guise d'au revoir...) et sa disparition devient alors un symptôme d'une crise grave, soit il est employé avec parcimonie et sert ponctuellement pour calmer certaines tensions (période de doute, crise de confiance, baisse d'attention...).
La réciprocité de cette déclaration n'est pas vraiment optionnelle sur le moyen terme pour un couple se voulant "en bonne santé". Sans doute plus encore que le premier baiser, la première déclaration est déjà un sérieux générateur d'une asymétrie qu'il faut vite combler pour le bien du couple.

L'asymétrie est également rendue inévitable par les différences entre les deux sexes – dans les couples hétérosexuels tout au moins. Que la cause en soit culturelle ou naturelle, l'Homme et la Femme ont des psychologies différentes, des manières de concevoir la vie et les relations différentes, des ressentis différents. L'amour qu'un homme peut ressentir pour une femme est très probablement différent de celui qu'une femme ressent pour un homme. Partant de là, il est d'autant plus probable que l'amour qui unit deux homosexuels soit également différent de celui qui unit un homme et une femme, mais aussi selon qu'il s'agit d'un couple d'hommes ou de femmes.
Bien sûr, ça n'implique pas, comme certain(e)s le prétendent bêtement, que les femmes aiment systématiquement plus que les hommes, même si la tendance générale est peut-être en ce sens. Quiconque a déjà connu un homme éperdument amoureux ou une femme indifférente – ni l'un ni l'autre ne sont vraiment rares – en conviendra.

D'ailleurs "différent" n'implique pas forcément que l'un soit supérieur à l'autre, ça peut aussi vouloir dire "incomparable". Et dans un sens c'est sans doute vrai.
Seulement dans les faits, force est de constater que cette différence est quasi-inévitablement porteuse de déséquilibre. Je n'ai jusqu'ici trouvé aucun exemple d'équilibre parfait à moyen terme ailleurs qu'au cinéma, que ce soit dans ma propre histoire sentimentale ou dans mon entourage proche.
Évidemment, on a tous en tête les exemples caricaturaux de couples où la femme porte la culotte, ou bien où elle est soumise à son époux au point d'en générer compassion et incompréhension. Mettons de côté les exemples extrêmes pour nous intéresser aux cas d'équilibre apparent. On s'apercevra que c'est souvent le même qui écrit les textos et les attend, qui a des petites attentions pour l'autre, qui ne s'intéresse guère de trop près aux autres représentants du sexe convoité, qui propose l'acte sexuel tandis que l'autre dispose... Même si la balance touche rarement le sol d'un côté, elle n'est jamais vraiment au milieu, et le déséquilibre tend à se retrouver, léger ou accentué, dans plusieurs domaines (communication, organisation de la vie de tous les jours, sexualité, fidélité...).

Bref, les deux composantes d'un couple ne s'aiment pas de la même façon, et cette inégalité est quasi-inévitablement porteuse de déséquilibre. Pourtant, qu'on soit dans un rôle ou dans l'autre, ce n'est pas un constat évident à accepter. En effet, le déséquilibre implique une sorte de "domination amoureuse", aussi subtile soit-elle.
Déjà, au sein du couple. Il est évident que formuler une répartition des rôles dominant/dominé peut être extrêmement humiliant et provoquer de la discorde. Peut-être vaut-il mieux ne pas l'évoquer, à moins que ce déséquilibre ne soit tout à fait acceptable pour les deux partenaires, conscients.
Mais même en dehors, il faut une grosse force d'objectivité pour reconnaître qu'on se laisse dominer par son partenaire, ou qu'on impose à la personne qu'on aime ce type de rapport. Il n'est flatteur de se reconnaître ni dans celui qui aime plus, ni dans celui qui aime moins. C'est un peu, de manière caricaturale, comme avoir le choix entre être un salaud ou un imbécile.
Et je pense que c'est la difficulté de reconnaître cette différence qui fait que la plupart des couples nieront la présenter. Evidemment, ça implique qu'elle ne puisse être mesurée que par des observateurs extérieurs, donc mal informés, et qu'il soit donc impossible de démontrer formellement l'existence du phénomène, et encore moins son caractère universel.

Je suis néanmoins convaincu qu'une des clés d'une relation de couple durable et heureuse – en laquelle je continue à croire malgré tout mon cynisme et mon rejet de la thèse de l'existence d'une âme sœur – réside dans une bonne connaissance du rôle dans lequel on se complait le plus (attention, aussi dur que ce soit à s'avouer, il ne s'agit pas forcément de celui de dominant), du point auquel on veut le jouer (entre celui qui reçoit plus de textos qu'il en envoie et celui qui bat sa femme, il y a une certaine marge), et d'un(e) partenaire avec qui établir cet équilibre à peu près tel qu'il conviendra aux deux.
Cela impliquera bien sûr une bonne connaissance de soi et de l'autre et, comme à chaque fois qu'on veut réussir quelque chose d'important, de nombreux essais infructueux.

mercredi 9 janvier 2008

Couple et amour

Élevés que nous sommes à la grande école du romantisme© de chez Disney, on a trop souvent tendance à considérer amour et couple comme indissociablement liés. Je ne parle pas ici des histoires d'un soir, que la libération libidineuse et la gloutonnerie sexuelle de notre époque, que j'encourage par ailleurs, mêlés à une certaine vision de la virilité même chez la femme et à la peur du ridicule auront tôt fait de nous apprendre à éloigner le plus possible du sacro-saint Sentiment. Mais dès qu'il est question de durée et d'engagement, notre civilisation éprouve désormais systématiquement le besoin d'inclure le sentiment amoureux comme condition sine qua non.

Nos ancêtres médiévaux et antiques, de même que certains de nos contemporains régis par d'autres modes de fonctionnement, étaient en effet beaucoup moins imprégnés que nous de cette préoccupation. L'intérêt, la tradition et l'aval familial avaient en ces temps une importance prépondérante dès qu'il s'agissait d'union et de mariage. Je n'ai par ailleurs guère de problème avec notre nouveau dispositif, dont je préfère largement la naïveté mielleuse à l'arbitraire des mariages arrangés des temps passés. Mais elle m'inspire tout de même une réflexion quant aux différents aspects de ce sentiment par définition si abstrait, subjectif et aux manifestations si diverses, ainsi qu'à la place qu'il occupe dans un couple.

Bien souvent, les jeunes gens ne conçoivent l'amour que sous la forme de la passion amoureuse, où l'autre occupe de le centre de leurs préoccupations. Elle peut être à l'origine aussi bien des bonheurs les plus intenses que des détresses les plus douloureuses.
D'ailleurs, même si la passion amoureuse reste à mon goût une expérience essentielle de la vie, les ravages qu'elle occasionne en compensent bien souvent les agréments. On a tous en tête les émois douloureux de nos premières ruptures, ou l'image de ces gens qui s'enferment dans leur couple, se privant progressivement en son nom de presque tous leurs autres plaisirs extérieurs et de leurs amis.
Le quotidien de l'amoureux passionné est d'ailleurs souvent loin d'être si rose : on n'obtient pas toujours de l'autre toute la considération qu'on attend de lui, ou alors on est régulièrement rongé par une jalousie souvent même infondée. Même dans les rares cas où elle fonctionne et apporte réellement du bonheur à chacun des deux amoureux, elle finit presque irrémédiablement par s'effriter. Les préoccupations quotidiennes et extérieures reprennent leur droit, les sentiments évoluent.
La passion amoureuse est un stade important du développement de l'individu. Je suis convaincu que l'expérience qu'on en tire de certains plaisirs et de certaines douleurs nous est très utile dans le reste de notre existence. Mais dans les faits, il vient presque toujours un moment où elle ne suffit plus comme raison d'être à un couple. Les sentiments doivent alors mûrir, se raisonner, entrer dans une autre phase.

Cet autre type d'amour, qu'on conçoit, pour ce que j'en sais, plus facilement en prenant de l'âge, est plus éloigné de la conception romantique. Même si ça reste un sentiment, il prend autant ses racines dans notre raison que dans notre affect. On apprend à apprécier les qualités de l'autre et ce qu'il a à nous apporter, à identifier et supporter ses défauts, à organiser sa vie incluant l'autre, mais pas nécessairement en fonction de lui (ou d'elle).
Certains aspects restent très proche de la passion amoureuse, dont ce sentiment n'est parfois qu'une évolution. On peut toujours ressentir assez fortement la jalousie, être très affecté par le comportement de l'autre ou la peur de le/la perdre. Mais le monde ne tourne plus nécessairement autour de lui/elle, on reste ou on redevient bien conscient de sa propre individualité et de tous ses aspects qui n'ont rien à voir avec cette entité qu'est devenue le couple.
Malheureusement, cette conception aussi a ses revers. Lorsqu'il y a passage de l'état d'amoureux transi à ce rythme de croisière, la transition ne se fait pas toujours au même rythme chez les deux amoureux, pouvant occasionner un réel mal-être au moins chez l'un, voire souvent une rupture. Et même quand la transition se passe bien, il arrive que l'un des deux aille trop loin, qu'aveuglé par sa conception d'un amour uniquement passionnel, il/elle ne fasse plus la différence entre cet état et l'absence d'amour, et délaisse son/sa partenaire. C'est le cas typique du gars qui rompt avec sa nana sans en faire grand cas, puis qui déprime profondément lorsque celle-ci lui trouve un remplaçant. On n'est pas obligé de s'en rendre compte quand on est amoureux.

Selon moi, un couple qui se veut heureux et amoureux sur le long terme doit finir par en arriver à ce type d'amour.
Je pense que c'est pour ça que la sagesse populaire moderne a tendance à préconiser de ne pas se marier trop vite. Cette transition amoureuse rend le couple tellement fragile qu'il n'est pas sage de prendre le risque d'un engagement avant de l'avoir passée.

Évidemment, il y a le cas marginal de ceux qui continueront à brûler d'une passion inextinguible jusqu'à leur dernier jour. On en voit de temps en temps, des petits vieux qui se tiennent par la main, des parents de pote qui sont toujours inséparables malgré le poids des années de mariage et de l'âge.
Il y a aussi les couples sans amour, sans doute plus nombreux déjà, qui ne tiennent debout que par habitude ou par dégoût de la solitude. Ils ne seront d'ailleurs pas forcément évidents à distinguer de nos couples à l'amour mature.

Enfin n'oublions pas que le sentiment amoureux est rarement symétrique au sein d'un couple, et qu'il existe divers degrés aussi bien à la passion qu'à l'amour rationnel, et qu'il est loin d'être systématique que chacun en soit au même point au même moment. De même, l'ordre d'enchaînement n'est pas obligatoirement celui que j'ai évoqué, d'autant qu'une passion éteinte peut tout-à-fait être réveillée pour un temps.
Bref il existe autant de combinaisons qu'il y a de couples. C'est pourquoi l'accession au bonheur en couple passera au moins autant par la capacité à établir une relation adaptée que par le choix du partenaire idéal.