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dimanche 21 février 2010

Culte de l'action

Tout le monde s'accorde plus ou moins à reconnaître que, si elle n'est pas traduite en action, la pensée seule est stérile.

Là j'ouvre quand même une parenthèse pour rappeler que, si je m'apprête à acquiescer pour la rhétorique, je ne suis absolument pas d'accord. Exercice intellectuel, branlette de mammouths et sodomie de drosophiles peuvent se révéler des occupations passionnantes, ce qui suffit, au moins à mes yeux, à les qualifier de fins en soi. Et dans la mesure où ils ne sont pas moins distrayants pour ceux qui s'y adonnent, ni une réflexion sur l'influence du stoïcisme dans les considérations morales de Nietzsche, ni un débat autour du lien entre mondialisation et communautarisme ne me paraissent plus stériles qu'un atelier poterie, une partie de foot, un trekking dans l'Himalaya ou encore une soirée télé devant la méthode Cauet.

Bref, admettons avec les pragmatiques que seule la perspective de l'action justifie le temps qu'on perd en réflexion. Certains ne peuvent visiblement pas se contenter de cet aphorisme fort acceptable, et semblent devoir le radicaliser, allant jusqu'à prêcher la vanité de la réflexion en ce que j'aime appeler le culte de l'action. Parfois, il s'agit de militants radicaux déjà tellement embrigadés par leur cause qu'ils considèrent qu'y réfléchir est contre-productif, que le travail de pensée a déjà été effectué par les leaders et penseurs à la tête du mouvement et qu'il n'y a plus qu'à servir en bons soldats. Mais il y a aussi ceux qui, conscients de leurs propres limites intellectuelles, trouvent plus confortable de mettre une justification morale derrière leur incapacité à sortir de ce qu'ils font le mieux : agir, par opposition à penser.

Je sais, je force un peu le trait, du coup tu as l'impression que je perds contact avec la réalité et que je me bats contre des ennemis invisibles. Et pourtant, cette tendance du "bouger avant de penser" nous accable quotidiennement de répercussions délétères :
- les lycéens et étudiants qui vont manifester (et dégrader) en masse pour défendre des intérêts qu'ils ne comprennent pas, protestant, tant par bête mimétisme que par une inconsistante rébellion adolescente, contre des politiques dont ils ne font qu'effleurer les tenants et aboutissants ;
- l'exaltation du vote comme devoir citoyen, avec le mantra du vote utile, se concentrant tous deux sur l'action en soi et non le processus de réflexion censé en constituer l'essence ;
- la version active du principe de précaution qui, pour la grippe A comme pour le réchauffement climatique, préconise qu'il faut à tout prix agir à grands frais avant de bien connaître la menace et ses mécanismes, oubliant que le coût de l'action peut être bien supérieur à celui du danger, particulièrement s'il est surévalué ou quand elle est mal ciblée ;
- plus largement le volontarisme politique dans tous les domaines, encouragé par la sanction électorale de l'inaction, comme s'il valait mieux agir à tort et à travers (avec toujours plus de nos impôts) que de ne rien faire (Le "politician sophism" : "We must do something – This is something – We must do this")

Et oui, on doit sans doute au culte de l'action l'escalade sans borne du poids (et de la dette) de nos états, toutes nos plus mauvaises politiques publiques, les grèves à répétition lancées par quelques syndicalistes radicaux et peut-être même une bonne part de notre terrorisme international.

Et le pire c'est qu'on ne peut rien y faire. Moi le premier, je t'accorderai qu'un juste dosage entre action et réflexion préalable, ça ne se décrète pas pour autrui, ça se décide au niveau individuel. Notre seul recours reste de se mettre à l'abri des arbitrages défectueux d'autrui par un régime de liberté, un vrai régime de droit. Et si je t'encourage à y réfléchir autant que tu le jugeras nécessaire, j'espère que nous saurons tous deux, un jour ou l'autre, traduire cette réflexion en action.

samedi 30 janvier 2010

Moulins à vent

Les gros salaires sont à la gauche ce que l'identité nationale est à la droite : des moulins à vent.

L'analogie avec ces polémiques est en effet frappante : comme les moulins, ils brassent essentiellement du vent, et comme les moulins, ils ne sont employés qu'à moudre du vieux grain, pour lever de nouvelles voix.

Mais on peut aussi y voir des moulins à vent dans le sens de Don Quichotte, c'est-à-dire des ennemis imaginaires, des faux problèmes qu'un aveuglement confinant au ridicule laisse occuper le devant de la scène, occultant la dette abyssale, la crise et ses vraies causes ou encore le naufrage annoncé de notre système de retraite. Comme si les vrais écueils ne suffisaient pas, on ne parle que de ces problèmes illusoires qui ne peuvent être résolus, du moins pas sans déployer des moyens colossaux qui, au mieux, n'entraîneront que leurs hérauts à leur perte, et au pire seront nuisibles à toute la société.

Car les "débordements" du débat sur l'identité nationale ou la fuite des cerveaux et des capitaux ne sont que de risibles avatars des cataclysmes qui s'abattront sur nous le jour où les politiques des deux bords décideront de faire sauter leurs moulins à la dynamite. Et quand je vois à quel point le populisme fait recette, j'en viens à me demander si nous en sommes si loin que ça...

dimanche 29 novembre 2009

Ochlocratie

Voilà ce qui se passe quand on abuse de la démocratie. La Suisse, pays dont le système s'approche d'assez près d'une démocratie directe, vient de voter à une confortable majorité, lors d'un référendum d'initiative populaire lancé par l'extrême-droite, l'interdiction d'ériger des minarets sur les mosquées. Voilà une excellente illustration pour ma thèse du jour : la démocratie électorale, ou raison du plus nombreux, est un mode de fonctionnement politique attentatoire tant à la liberté qu'à l'égalité et au bien-être des individus. Elle nous révèle donc une fois de plus son vrai visage : la dictature de la majorité sur la minorité, où l'arbitraire de 51% (56% en l'occurrence) de la population peut décider de la spoliation des 49% restants.

Depuis l'antiquité grecque, il existe un terme qui synthétise le côté obscur de ce système tant vanté : "ochlocratie". Il définit "la forme de gouvernement dans lequel la multitude, la foule, la populace, détient tous les pouvoirs et impose tous ses désirs", un "règne de la médiocrité et de la vulgarité". La seule chose qui distingue la démocratie (au sens courant) de l'ochlocratie, c'est l'usage que le peuple fait du pouvoir, la vertu avec laquelle il l'exerce. Si on considère, comme on a tendance à le faire dans nos démocraties modernes, que le peuple a toujours raison par essence, l'ochlocratie n'existe pas et la Suisse a eu raison de voter cette interdiction. Si au contraire, comme j'y ai tendance, on considère que seul l'individu a raison pour ce qui le concerne, alors toute démocratie qui ne s'évertue pas exclusivement à garantir les libertés (et une telle démocratie ne s'est encore jamais vue) est ochlocratie.

Comme d'habitude quand j'ai à dénoncer quelque chose qui plaît à la plupart de mes contemporains, je commence par m'interroger sur les raisons qui rendent le système démocratique tellement populaire parmi les masses modernes.
En tout premier lieu bien sûr, la démocratie est considérée comme la seule alternative aux régimes monarchiques, dont les révolutionnaires, républicains et progressistes de tout poil se sont empressés de nous brosser le plus sombre des portraits dès les prémisses de la Révolution.
On – les théoriciens du contrat social, les premiers démocrates libéraux et leur progéniture bâtarde socio-démocrate – nous a présenté le peuple comme une entité à part entière, comme un corps qui doit pouvoir se mouvoir d'une même volonté, soit celle de la majorité des cellules qui le composent. En fait, on nous a implicitement (et sans doute inconsciemment) livré le sophisme suivant : Chaque homme libre doit pouvoir prendre librement les décisions qui le concernent ;
un peuple est un ensemble d'hommes libres ; donc un peuple doit pouvoir prendre librement les décisions qui le concernent. Malheureusement, la liberté ne supporte pas la montée en charge. On ne peut nantir la communauté des droits de l'individu qu'en les lui ôtant, substituant la tyrannie à la liberté.

D'ailleurs la question de l'autorité du peuple pose un véritable problème métaphysique. À l'instar de l'Euthyphron de Platon, qui définit la piété comme ce qui plaît aux dieux, nos sociétés démocratiques assimilent le juste à la volonté du peuple. Mais est-ce parce que le peuple ne veut que ce qui est juste – et peut le traduire en loi par la seule démocratie – ou parce que le juste naît uniquement de la volonté du peuple ? Y a-t-il un droit préexistant à la volonté du peuple, ou découle-t-il de cette volonté ? La poule ou l'œuf ?

J'attire de plus ton attention sur le fait que le vote est systématiquement un acte emprunt d'un fort égocentrisme. En effet, le citoyen qui choisit rationnellement de fournir l'effort de se déplacer à son bureau de vote se trouve fatalement dans un de ces deux états d'esprit :
– soit il se considère plus malin que la moyenne, plus apte que la moitié des autres votants à déterminer la meilleure solution pour l'ensemble de la société ;
– soit il considère son intérêt personnel avant celui de l'ensemble de la société puisque, bien qu'il ne s'estime pas plus compétent que la moyenne, il choisit tout de même de peser sur la décision, nonobstant que ce puisse être nuisible à la meilleure décision pour l'ensemble, prise par plus sage que lui.
Donc, soit le votant ne croit pas à la sagesse du peuple pour se gouverner convenablement – et partant, il ne croit pas à la démocratie – soit il trouve préférable de favoriser son intérêt personnel en contrecarrant la sagesse populaire – et par là démontre la nature perverse du suffrage.
Je t'accorde que la plupart du temps, il n'est tout simplement pas si rationnel, réagissant machinalement à de bêtes pulsions d'imitation ou à des pressions sociales émanant d'individus plus ou moins directement intéressés à son vote. Mais un citoyen qui vote sans même la conscience du narcissisme intrinsèque à son geste est-il vraiment digne de ce pouvoir sur ses semblables ?

Les libéraux ont une approche différente de la démocratie. Pour eux, justice et liberté se confondent. Il n'y a d'autre droit que ceux de l'individu : les droits de l'homme, libertés négatives traduites en interdiction d'agresser la personne ou la propriété d'autrui. La loi ne sert qu'à garantir cette liberté, qui se résume en principes simples (une déclaration des droits ? une constitution ?). À supposer qu'il faille bien un pouvoir public pour faire appliquer ces principes, le rôle du vote populaire se borne à sa surveillance, à la sanction de ses atteintes au droit (notamment au droit de propriété, via l'impôt) et à la liberté des citoyens.

Évidemment, les politiciens de tout bord, soutenus par divers utopistes, ont tout intérêt à faire croire que ce régime vise plutôt à leur attribuer de nouvelles prérogatives, à dépouiller les individus, au nom de la collectivité, de leur droit de faire prospérer leur patrimoine, de consommer ce qu'ils veulent consommer ou encore de vénérer leurs dieux de la manière qu'il leur plaira. C'est sans doute pourquoi on n'a jamais vu de vraie démocratie s'établir durablement. Et sans doute ne disposons-nous guère d'alternative préférable au vote pour l'organisation de sociétés à grande échelle. Mais au moins sachons nous rappeler qu'un peuple fait un piètre dirigeant, et le plus inamovible des tyrans.

vendredi 23 octobre 2009

Contradictions alternatives

"Nous imposerons la liberté par la force !" s'écrie l'anarchiste révolutionnaire.
"L'égalité sera garantie par le pouvoir." propose le communiste autoritaire.
"Je suis super tolérant, mais seulement envers ceux qui ont les mêmes idées que moi." explique l'anti-raciste militant.
"La femme ne sera libérée que lorsqu'elle sera réduite à la vision que nous avons d'elle." professe la féministe.
"C'est en escamotant la différence qu'on atteindra la tolérance." proclame le républicain anti-communautarisme.

Évidemment non, ils ne le formulent pas comme ça. En réalité, ils n'ont généralement pas conscience de l'aspect contradictoire de leurs belles idéologies. L'alliance de bonnes intentions avec une perspective utopique et la conviction que la fin justifie les moyens n'est guère propice à la remise en question. Si on ajoute à cela que le militant lambda est souvent un tel partisan de l'action qu'il en vient à mépriser tout ce qui pourrait l'en détourner, débat approfondi en tête, on s'aperçoit qu'on a tous les ingrédients qui augurent des plus sombres perspectives.

J'aimerais opposer à ces contradictions d'autres paradoxes, selon moi à la fois plus légitimes et plus fertiles.

Tout d'abord, j'aimerais introduire l'éventualité d'être à la fois opposé au racisme et à l'anti-racisme, du moins dans sa version militante que beaucoup de mes concitoyens semblent considérer comme l'héritage positif de la Seconde Guerre Mondiale, la leçon à tirer de la Shoah. S'il est un domaine où tout le monde semble s'accorder pour concéder que la fin justifie les moyens, c'est bien ce fameux "Tout faire pour que ça ne se reproduise plus". Tant pis si l'on doit pour cela avoir recours aux moyens mêmes qui ont fait le triomphe de l'idéologie raciste sur la raison humaine : censure, ferme négation pseudo-scientifique de l'existence des races, manipulation de masse, glorification de symboles patriotiques, galvanisation des rancœurs héritées de la dernière guerre en date, etc. C'est là une belle leçon de pragmatisme : au lieu de retenir que ces méthodes n'étaient nullement le chemin de la raison, nous en avons seulement retenu qu'elles étaient efficaces pour modeler l'opinion.

Nous en arrivons donc au deuxième paradoxe que je me propose de te proposer : savoir être à la fois contre le fascisme, et contre l'anti-fascisme, ou du moins son penchant autoritaire. Retrouver des affiches déclarant arbitrairement "Ici, zone anti-fasciste", posées par les mêmes anarchistes révolutionnaires qui entendent imposer la liberté par la force, n'a plus rien de surprenant, à tel point qu'on en oublie presque le niveau d'aberration dont de telles pratiques relèvent. Vouloir combattre une idée par l'autorité, en l'interdisant publiquement, est d'une totale inefficacité ; la pérennité de nombre d'idéologies opprimées (christianisme, judaïsme, etc.) en témoigne. En plus de cette inefficacité, l'idée d'une lutte contre l'idéologie de l'autorité par le moyen de l'autorité relève de la plus dangereuse des absurdités.

Allez, enfonçons-nous dans la provocation, soyons féministes, soit favorables à une égalité des droits entre hommes et femmes, et anti-féministes, c'est-à-dire opposés à l'image de la femme et à l'égalitarisme autoritaire que promeuvent les féministes. Et si nous étions laïques, désireux que les pratiquants de chaque religion puissent cohabiter librement, tout en rejetant l'idée que des députés judéo-chrétiens interdisent à des musulmanes de satisfaire à leurs coutumes vestimentaires au sein d'écoles dont ils leur ont rendu la fréquentation obligatoire ?

Bon, on peut sans doute s'arrêter là. Tu l'as remarqué toi aussi, c'est un peu toujours le même schéma. Le motif qui se répète ? La dénonciation de la confusion entre le vice et le crime, entre le mal et l'interdit, entre ce qui relève de la morale et ce qui relève du droit. On peut être en désaccord avec une idée, réprouver un fait, sans pour autant vouloir les interdire. De même, pour peu qu'on soit réellement attaché à des concepts comme la liberté ou la tolérance, on devrait en leur nom s'opposer à l'interdiction de ce qu'on désapprouve.

mercredi 30 septembre 2009

Révolution

Un jour je m'amuserai à rédiger un dictionnaire énumérant toutes les atrocités justifiées, et parfois même encensées, en invoquant le doux nom de la révolution.

Nan je déconne, ça me prendrait beaucoup trop de temps. Des guillotinés en chaîne de la Terreur française aux exactions de la révolution culturelle chinoise ; de la routine des coups d'état africains au terrorisme des milices communistes sud-américaines ; des innombrables massacres populaires spontanés à l'holocauste russe et ses cent millions de morts ; je blêmis à la seule idée de la quantité de papier qu'il me faudrait noircir pour couvrir, même brièvement, la mort souvent atroce de chacune des victimes des révolutions. On ne compte plus le nombre de régimes totalitaires et liberticides imposés au pouvoir par une minorité belliqueuse et sans merci, auto-proclamée voix du peuple au nom d'un énième idéal utopique.

Et pourtant, en France comme dans de nombreux autres pays, la révolution reste le symbole même de la justice, de la liberté et de l'émancipation. En tous ces états, le pouvoir l'agite tel un drapeau, fondant sur elle, sur cet accaparement par la force, sa légitimité et son autorité, imprimant au peuple son unité forcée dans des valeurs idéalistes qui, même si son ensemble les avait réellement choisies unanimement, ont depuis fatalement été perverties par l'épreuve de la réalité. Et il l'agite tant et si bien que le peuple finit par la suivre, captivé par elle, convaincu d'y voir son salut, et que son salut ne peut venir que d'elle.
Le peuple français en est un exemple édifiant : ayant basé la légitimité de son régime de gouvernance sur une révolution (ou plutôt sur une succession de révolutions), il s'est convaincu, de commémorations en fêtes nationales, qu'elle est la responsable de tout le progrès dont il a bénéficié depuis. Il a comme oublié que nombre de ses voisins n'ont pas eu besoin d'un tel déchaînement de violence pour jouir des mêmes bienfaits. Engoncé dans son chauvinisme et les discours de ses politiciens, il refuse toujours de réaliser que, bien loin de l'avoir gratifié d'un quelconque avantage, ce culte de l'ochlocratie l'a fragilisé, contribuant à son éconduite dans la sympathie d'aberrations politiques qui l'handicaperont sans doute encore durablement.

Ne pouvons-nous donc convenir, avec Rousseau, que la force ne fait pas droit ? Qu'une minorité ayant pris un pays par les armes, ou dressé son armée contre son gouvernement, n'a pas nécessairement plus de légitimité à imposer sa volonté que le gouvernement à l'origine de son mécontentement ? Pire, qu'approuver un tel coup d'état revient à en entériner la méthode, et à légitimer sa prévisible récurrence ? Comment notre idéal révolutionnaire peut-il juger l'instabilité gouvernementale en Afrique ou les exactions de groupes terroristes tels que les FARC, alors que ceux-ci ne font que s'y conformer ?

Chaque régime est basé sur une législation, sur un ordre des choses donné. S'il est inadapté, il doit être modifié à moindre coût, et pour un autre plus adapté, ce qui suppose une avancée progressive et raisonnable, une évolution plus qu'une révolution.
Et quand bien même le peuple serait persuadé de n'avoir rien à perdre, que le régime qu'il instaurera sera forcément préférable au précédent, que se passera-t-il quand il s'en sera lassé ? Aussitôt que le soufflet des fausses promesses sera retombé, quand il aura réalisé le peu d'influence positive qu'un gouvernement peut avoir sur ses soucis quotidiens et que de nouveaux idéalistes viendront proposer une nouvelle utopie, le peuple, fort de son héritage révolutionnaire, renversera encore son régime et écrasera ses fidèles en un nouveau tour sanglant de ce manège macabre.
Même en présumant qu'il soit légitime d'imposer un régime quelconque, nouveau ou ancien, à une partie de la population, je ne m'explique pas qu'on puisse accepter, légitimer, encenser cet accouchement dans une douleur systématique, dans une horreur indicible.

Car la révolution c'est tout ça : les idées qui valent plus que la vie humaine ; des hommes qui en massacrent d'autres pour les punir non de leurs actes mais de leurs opinions ; des tribunaux arbitraires qui assassinent à la chaîne sur la base d'un régime de droit qui n'était pas en place au moment des faits, ne retenant même pas à la décharge des condamnés la fatalité de leurs conditions d'alors ; la sécurité de chacun livrée au bon vouloir d'une foule sanguinaire et ignorante, aveuglée par une colère souvent mal orientée par les opinions faillibles que lui prêchent d'implacables démagogues.

Les révolutionnaires les plus aguerris, le plus souvent athées convaincus, ont cela de commun avec les croyants qu'ils sont convaincus d'appartenir à quelque chose qui les dépasse, qui justifie qu'ils s'y consacrent tout entiers, qu'ils combattent inlassablement, qu'ils châtient sans pitié l'hérétique. Cet idéal absolu, par lequel ils se laissent régir et dont ils tirent leur prétendue autorité à régir les autres, ils ne lui donnent pas le nom de dieu, mais de cause. En braves petits croisés, ils vont au combat sacrifier à la cause tant leurs vies que celles de leurs opposants.

Enfin, peut-être un jour les individus parviendront-ils à s'apercevoir que leur destinée repose entre leurs mains, et non dans les griffes dont ils nantissent leurs gouvernants, s'érigeant tour-à-tour en troupeau sous leur garde ou en armée pour les renverser. Peut-être alors, comme le rêvait La Boétie, les laisseront-ils tomber, petit à petit et sans autre effusion de sang que celles que requiert la légitime défense, réprimant les actes et non les idées. Et peut-être encore ne suis-je, moi aussi, qu'un dangereux idéaliste.
Je n'ai pas encore la prétention de proposer une méthode de réforme parfaite et infaillible. Mais je refuse de voir autrement que comme un mérite mon rejet catégorique, tant intellectuel que moral, d'idéaux qui prétendent baser leur légitimité sur la coercition et la transgression.
Débarrassons-nous de cet idéal révolutionnaire, et avec lui d'une des chaînes nous liant à l'autorité étatique. Cela ne nous suffira sans doute à gagner ni la paix sociale, ni la liberté, mais au moins y obtiendrons-nous que ces deux idéaux ne soient plus mis à mal par cette insatiable chimère.

dimanche 5 juillet 2009

Liberté de choix, couple et séduction

Jusqu'à une époque récente, même au sein de nos contrées occidentales, les modalités d'une mise en ménage reposaient, pour ainsi dire, sur le quasi-monopole de l'autorité. Cette autorité pouvait (et peut encore, dans certaines régions) provenir des parents, du seul patriarche, du chef du village, de la marieuse, ou encore du seigneur.

Avec l'essor du libéralisme, la révolution industrielle, l'exode rural et l'avènement du salaire, les jeunes se sont enfin vus offrir la possibilité d'une émancipation du joug des cellules d'autorité traditionnelles (famille, Église, village...), sans pour autant être condamnés à l'errance et à la misère, comme la conscience collective de l'époque le prévoyait pour ceux qui, osant braver l'ascendance, se retrouvaient déshérités et chassés du foyer. Ainsi affranchis du poids d'obligations sociales millénaires, ils ont pu inventer le couple moderne, basé sur l'amour, et surtout les modes de séduction modernes, basés sur le libre choix. On pourrait en quelque sorte appeler ça un libéralisme amoureux.

Et l'application de ce libéralisme amoureux fut accompagnée, comme celle de tout système, de son lot de dérives et désagréments - ceux-là même par lesquels les représentants de l'autorité maritale justifiaient leur ingérence. L'univers du couple et de la séduction devint donc le monde de la jungle que l'on connaît aujourd'hui. La régulation commença à se faire suivant l'offre et la demande, comme pour tout système libéral. Ceux que l'hérédité, l'effort en ce sens ou encore la chance avaient doté des plus grandes qualités (beauté en accord avec les canons du moment, intelligence, pouvoir, beau-parler, aptitudes sociales...) devinrent très courtisés et à même de jouir d'une grande liberté de choix, susceptibles d'obtenir à leur guise les partenaires les plus intéressants, et même de se payer le luxe d'en changer couramment. À l'inverse, les indigents de la séduction, trop laids, excentriques ou timides, se retrouvèrent condamnés à l'effort et au dépassement de soi pour arriver à faire leur trou, à ne pas se faire ravir leurs cibles sans peine lors des parties de séduction, à conserver la fidélité et l'intérêt de leurs conquêtes malgré leur relative liberté de succomber aux nombreux prédateurs alentour.

Il est probable aussi qu'on dénonçât une recrudescence des abus, au sens du viol des droits naturels, notamment sous la forme de viols tout court, accusant cette nouvelle libération d'encourager, par la déréglementation et la permissivité, les pires outrages. Néanmoins, comme pour les accusations analogues qu'on dirige vers le libéralisme économique, celles-ci ne furent que vaguement fondées, oubliant les abus en la matière qui avaient été le fait de l'autorité, encouragée justement en cette voie par cette sur-réglementation.

Et force est de reconnaître que le système de gestion autoritaire des mariages comportait bien des avantages apparents, ne serait-ce que du point de vue de l'"égalité" (en son sens galvaudé, d'où les guillemets). Celui qui naissait laid - vraiment laid, au point qu'il n'aurait aucune chance de tirer son épingle du grand jeu de la séduction - pouvait compter sur la cellule autoritaire traditionnelle pour lui trouver une femme. C'était moins les attributs dont il était doté ou non que la capacité qu'il avait à se faire bien voir et à faire reconnaître au village l'ensemble de ses qualités qui déterminerait d'ailleurs le choix qu'on ferait pour lui de sa compagne. Celle-ci pourrait même être une perle de séduction. Et ainsi, de la même manière que le socialisme veut forcer le riche à faire profiter le pauvre de sa fortune, on forçait la belle à faire jouir de ses charmes l'indigent amoureux.
Chacun était sûr, à condition de se plier à certaines exigences des décideurs, de trouver une compagne, et les mesures prises par le pouvoir matrimonial pour protéger le système et s'assurer que sa répartition autoritaire serait respectée (obligation de virginité jusqu'au mariage, de fidélité à partir) avaient le mérite, au moins en apparence, de limiter les abus de débauche et d'immoralité.

Et pourtant, malgré les avantages apparents de l'ancien système, plus sécurisant, et l'aspect repoussoir d'un système plus chaotique basé sur la liberté de choix des individus, quasiment aucun de ceux qui ont connu le dernier ne voudrait, sous quelque prétexte, revenir au premier. Parce que la liberté est bien plus importante au bonheur de chacun que la sécurité ou une prétendue égalité. Parce que ce qui apporte du bonheur dans l'amour, c'est notamment de savoir qu'on doit celui de sa compagne (ou de son compagnon) à ses propres qualités, à sa conquête, et pas à l'attribution arbitraire d'une autorité quelconque.

Alors pourquoi sommes-nous incapables aujourd'hui d'appliquer ce même raisonnement aux diverses problématiques politiques auxquelles le libéralisme offre une solution - certes pas parfaite, aucune ne l'est - du même ordre, comme l'économie par exemple ? Pourquoi ne voyons-nous pas que le prix des prétendues dérives de ce système est beaucoup moins élevé que celui de sa triste alternative autoritaire ? Les réponses à ces questions sont bien trop complexes et nombreuses pour être argumentées en une phrase en cette fin d'article, et je les développerai dans des publications ultérieures. Mais si tu veux chercher par toi-même, je te donne une piste ; cherche du côté des penchants humains suivants : lâcheté, bêtise, mauvaise foi, imposture, manipulation de masse, sentimentalisme, populisme, raccourcis intellectuels, inculture, incapacité à la remise en question...

mardi 30 juin 2009

Jouons avec les mots

Aujourd'hui, je te propose un petit jeu qui n'a, comme à mon aimable coutume, rien d'innocent.

Je te propose donc de lire la phrase suivante, tirée de l'excellent chapitre 4 du non moins excellent (au moins le début pour ce que j'en sais) livre du trop méconnu Tristan-Edern Vaquette :
"Mais sois certain aussi que je n'appartiens pas non plus à la race des cons qui tapent. Tu sais, l'ordure, comme tu dis, (...) lui aussi, il est persuadé, de bonne foi, que le Juif est responsable de ses malheurs, que c'est un salaud qui (...) est aujourd'hui responsable de son indigence financière, à lui, à défaut de son indigence intellectuelle dont il n'a pas conscience."

Maintenant, manifeste bruyamment ton accord avec le discernement lumineux de ce constat dressé de la motivation antisémite, et la légitimité du mépris exprimé pour le genre de raisonnements à l'origine de ce courant.

Puisque nous sommes d'accord, je vais maintenant te demander de relire ce texte, mais cette fois en remplaçant le mot "Juif" par le mot "patron", ou "bourgeois", ou bien encore "système capitaliste". Le jugement porté par la phrase ainsi obtenue t'inspire-t-il la même adhésion ?

Si la réponse est oui, désolé, soit je viens d'effectuer enfin ma première vraie conversion, soit tu as perdu ton temps à lire ces lignes. En revanche, si la réponse est non, prends garde ! Il est plus que probable que tu sois atteint de la même maladie que les antisémites de l'époque et que, cédant aux sirènes de l'air de notre temps de crise et à la tentation de la désignation d'un bouc émissaire, tu aies rejoint les rangs gonflants de l'anticapitalisme, de la même manière que des millions d'autres avaient rejoint ceux de l'antisémitisme.

Et avant que tu ne m'abreuves de toutes tes justifications, défendant avec véhémence la différence de légitimité entre les deux points de vue, demande-toi donc si des arguments du même acabit que ceux que tu me prépares n'ont pas, eux aussi, été employés en leur temps pour rationaliser la haine raciale. Demande-toi si les clichés qui circulaient alors sur la malhonnêteté des Juifs n'avaient pas la même base de vérité que ceux qu'on prête actuellement aux patrons (à savoir, comme pour toute généralisation, quelques exemples malheureux). Quant à venir m'expliquer que je ne suis qu'un sale con de comparer la révolte légitime de nos frère opprimés à des idées ayant causé le plus grand génocide de l'histoire, tâche de te souvenir que l'anticapitalisme (car le socialisme n'est-il pas né à la base, de l'opposition au capitalisme ?) a causé un nombre de victimes (même si on ne parle que des morts) qui se mesure par rapport à l'holocauste en facteur multiplicateur.

PS: Désolé pour l'emprunt, Vaquette, mais je suis sûr que, même n'approuvant pas ma thèse, tu ne me reprocheras pas d'avoir ainsi détourné ton art pour pourchasser - certes dans le désert, mais n'est-ce pas là que se retrouvent tous ceux qui s'y risquent de manière un peu trop ostensiblement intelligente - la pensée unique de mise en notre époque.

PPS: Ouais je sais, un point Godwin... Un de plus... En même temps, est-ce que c'est vraiment si ridicule d'employer l'analogie avec le régime nazi quand il s'agit de dénoncer des idées du même ordre, ayant eu sur l'histoire des conséquences au moins aussi désastreuses ?

mardi 16 juin 2009

Permission et incitation

Pour citer un brillant artiste français que j'ai découvert récemment, et avec lequel j'aime à me constater certaines convergences, "La confusion des termes est l'arme préférée de l'imposture". Or aujourd'hui, dans la longue liste des notions entre lesquelles mes contemporains font trop souvent l'amalgame, après "Capitalisme et consumérisme", j'aimerais introduire "Permission et incitation". En effet, c'est sous couvert de cette seule confusion, dont j'ose candidement croire que l'entretien n'est pas délibéré, que nos gouvernements, conservateurs comme socialistes, continuent de mener la plupart de leurs politiques de répression aussi inefficaces que nocives envers certains des droits les plus fondamentaux de l'être humain.

Je parle ici de toutes ces lois qui ont pour prétention de nous protéger de nous-mêmes, nous infantilisant et nous déresponsabilisant, entretenant le mythe que c'est à l'état, et non à l'individu, qu'il incombe de répondre des actes prêtant à conséquence sur sa seule personne.
Je parle ici du droit à mourir, refusé encore aujourd'hui même à ceux que les aléas de la vie ont dépouillé de tout ce qui peut faire son charme, emmurés dans la souffrance, avec pour seul horizon l'attente résignée d'un trépas salutaire.
Je parle ici du droit à disposer de sa personne, dont le mépris nous impose de diriger nos consommations vers les seules substances considérées comme non-nocives par des bureaucrates ignares en la matière, conseillés par des médecins alarmistes et parfois guère mieux informés.
Je parle ici du droit à la liberté d'expression qui, sous couvert d'une exigence de respect mutuel injustifiée, ou du ménagement de la sensibilité d'une quelconque minorité socio-éthnique, est désormais réduite à un carcan politiquement correct par de zélés censeurs bien-pensants.
Je parle ici du droit à disposer de son corps qui, dans certains pays pourtant auto-proclamés "civilisés", condamne encore à la maternité des fillettes immatures (ou peut-être pire, à la misère affective d'un orphelinat dispensable des enfants innocents) au nom de croyances dépassées.

Aussi primaire que cela puisse paraître, la plupart de ces abus de la coercition étatique semblent être justifiés par cette unique prémisse aberrante que, même sans permission explicite, la seule absence d'interdiction de ces actes moralement discutables serait inévitablement perçue comme un encouragement à tous les abus. Et le fait est qu'une bonne partie de la population raisonne ainsi.
Je ne sais comment cet amalgame entre ce qui est permis et ce qui est souhaitable a pu corrompre à ce point l'esprit de mes contemporains, mais nombreux sont ceux qui n'auraient aujourd'hui rien contre l'idée d'interdire tout ce qui revêt à leurs yeux une quelconque connotation négative. Ceux-là même qui prêchent la tolérance et la liberté, déformant ces belles valeurs dans le giron gluant de leur indigence culturelle, refusent de tolérer une quelconque liberté qui sorte du carcan moral qu'ils en sont venus à considérer comme universel.
Alors on enterre la liberté de tous au nom des principes de certains, zélateurs de la bien-pensance obligatoire.

Et bien moi, je clame - et je ne suis pas le seul - que le crime sans victime ne nuit pas à la société, et que par conséquent celle-ci n'a ni fondement, ni intérêt à le combattre. Et j'affirme qu'une victime qui accepte le crime de son propre chef, sans y être poussée par la volonté d'un tiers, n'est pas une victime, et que ce crime n'en est par conséquent pas un.

Et non seulement cette fièvre de l'interdiction n'est pas légitime, mais il semble établi qu'elle ne produit guère de résultats. Dans un régime basé sur la raison et la liberté, les individus ne se soumettent guère aux distorsions de la première quand elles ne visent qu'à nuire à la seconde. C'est même régulièrement l'interdiction elle-même qui est interprétée comme une incitation. Force est de constater que, pour présenter des résultats témoignant timidement d'une vague efficacité de leurs politiques répressives, nos dirigeants se retrouvent presque immanquablement contraints de jongler périlleusement avec des données bien apocryphes. Sans doute le seul réel effet produit par l'interdiction est-il finalement d'éloigner l'information fiable des domaines où elle serait le plus salutaire. Si l'on prend l'exemple de la consommation de drogues, force est de constater que les conseils de prudence perdent de leur portée quand ils émanent de l'autorité même que leurs destinataires cherchent à transgresser. L'interdiction légale ne suffit à empêcher aucune action, elle ne fait qu'en augmenter le coût.

Tous ceux qui dénoncent la permissivité en arguant qu'elle laisse la porte ouverte à toutes les dérives, comme si la répression était apte à la fermer, comme s'ils avaient un droit quelconque à imposer leurs discutables convictions morales à autrui, se leurrent donc doublement.

mercredi 28 janvier 2009

Rien à gauche, rien à droite, je traverse...

J'en ai plein les couilles de la gauche.
S'il n'y avait le confort électoral bien compréhensible qu'apporte la démagogie sentimentaliste - qui explique merveilleusement la chose - j'en viendrais à me perdre dans l'apparente contradiction que représente la cohabitation de son attitude incessante de contestation pour la contestation avec la bien-pensance sirupeuse de ses élans d'altruisme galvaudé. Si au moins l'affligeant spectacle de sa débâcle récente pouvait me paraître moins avilissant que salvateur pour notre République, je parviendrais peut-être à trouver quelque consolation dans la démonstration navrante ainsi offerte de son ineptie.
Mais quand j'entends tous ces moutons bêler leur indignation que "l'état donne des milliards aux banques", que "le paquet fiscal y'en a que pour les riches" et que "ouin ouin les tests ADN", je finis par en avoir la nausée. C'est sûr que dès qu'il s'agit de se poser en Robin des Bois ou de réveiller le vieux spectre rance d'un racisme galvaudé, ça inspire plus facilement les discours enflammés et ça fait vendre des voix. En revanche, sur les sujets où l'argument sentimental est du côté de la droite, la loi Hadopi ou encore l'audiovisuel public, la contestation se fait tout de suite plus timide. Pour peu que ce soit un peu spectaculaire, avec la Marseillaise sifflée dans un stade mettons, on se met même tous d'accord pour enterrer des libertés fondamentales sur un évènement malheureux.
Notre opposition est abjecte. Faible et en perdition bien qu'opportuniste et démagogique, je ne lui souhaiterais que de pourrir dans l'oubli si elle n'était pas une vague lueur d'espoir, certes chancelante et malsaine, face à l'ignominie du pouvoir en place.
Quand je suis confronté à la gravité des nouvelles concernant notre situation économique actuelle, quand je constate l'ampleur de la récession annoncée, et que résonnent dans ma tête les slogans creux de cet aimant à baffes de Ségolène Royal, exposant son programme outrageusement démagogique et martelant sans honte qu'elle prévoit de financer chacune de ses réformes par le regain de croissance qu'elle entrainera, je m'en choppe presque des élans de gnostisme tant l'envie me prend de louer les dieux pour nous avoir épargné ça. Et pourtant...

J'en ai raz-le-cul de la droite.
C'est comme si chaque mois de son règne marquait une étape supplémentaire dans le recul des libertés individuelles.
Notre Président effectue chaque jour un pas de plus dans l'outrepassement de ses pouvoirs, dirigeant d'une main de fer l'Assemblée Nationale, reniant en bloc le concept de réforme négociée, distribuant tantôt ses commentaires et instructions à la Justice concernant telle ou telle affaire, tantôt ses grâces à ses proches emprisonnés pour détournement de fonds, tantôt la légion d'honneur sans raison apparente à ses relations haut placées à la tête d'un groupe industriel quelconque; et tout cela en jurant, les trémolos dans la voix, de moraliser le capitalisme et de mettre fin aux dérives de l'ultra-libéralisme économique ! Et la presse de fermer sa gueule, sans doute trop occupée à commenter ses frasques amoureuses ou tel mot plus haut que l'autre d'un politique quelconque, ou encore peut-être tremblante sous le joug d'un bras présidentiel qui n'a que trop prouvé à quel point il pouvait être long et rancunier.
Que la France ait pu élire un Président aussi déconnecté des réalités quotidiennes, avec tellement à se prouver, avec un semblant de fond idéologique à ce point au service de son intérêt opportuniste, et ce malgré tous ses échecs et mauvais résultats en tant que ministre, ça me dépasse totalement. Bien que nous n'ayons pas tellement disposé d'alternative sérieuse au second tour, il y avait tout même eu un certain nombre d'étapes qui avaient nécessité de remporter un minimum l'adhésion des Français avant cela.
C'est encore une fois la victoire de la politique politicienne, signe que le destin du système politique français tend vers le "modèle" américain en la matière : sclérosé par les milliards, la bien-pensance et les arguments émotionnels.
Et nous le payons le prix fort. On nous enchaine un peu plus à notre télévision avec la réforme de l'audiovisuel, on punit des stades entiers pour baillonner la liberté d'expression de quelques individus dès lors qu'elle s'attaque aux symboles de l'ordre établi, on règle la question de l'immigration avec un simple quota à respecter, on mène des campagnes télé de dramatisation terroriste à l'américaine, et pour finir on assujettit l'Internet, dernier îlot de liberté plus ou moins hors de portée des censeurs bien-pensant et de l'absurdité des lois politiciennes à effet d'annonce.

Oui, moi qui suis pourtant d'un naturel optimiste, moi qui ne veux voir que le peu de poids que le pouvoir en place a sur nos vies de tous les jours, je suis en pleine crise de désespoir politique.
Certes le centre a eu sa chance, sa petite heure de gloire lors des dernières présidentielles, à tel point que j'ai voulu y croire. Mais il est aujourd'hui en pleine traversée du désert, slalomant sans succès entre les boulets rouges tirés de droite comme de gauche, mené par un capitaine solitaire et égotique qui ne semble voué qu'à dissoudre le peu de crédibilité qu'il lui reste. L'alternative salvatrice d'un semblant de libéralisme, même "encadré", semble aujourd'hui une utopie, vouée à se désagréger ou, pire encore, à s'adapter aux règles du jeu politique, entre complaisance et démagogie.
Tandis que le FN crève en silence (c'est toujours ça de pris), l'extrême gauche, pourtant placée en position de force par la conjoncture, ne parvient qu'à épuiser ses troupes (et moi avec) à coups de grogne incessante et de montée au créneau sous tout prétexte.
Je ne vois rien de bon se profiler, ni par la gauche, ni par la droite. La crise va être longue, et pas seulement en matière d'économie; apprêtons-nous à la traverser avec résignation...

lundi 19 janvier 2009

Rue de Stalingrad

Je suis récemment tombé des nues en apprenant que ma bonne ville de Saint-Nazaire recelait en son sein une rue de Stalingrad. Certes nous parlons d'une ville portuaire, vivant des chantiers de l'Atlantique et des usines Airbus, une ville ouvrière à gauche depuis toujours. Certes notre immuable maire PS, en poste depuis des lustres, est connu pour ses flirts avec le PCF. Certes nous sommes les voisins et amis de Trignac la communiste, hébergeant pourtant le coeur commercial et capitaliste de notre contrée.

Je reste néanmoins estomaqué qu'on puisse sans honte honorer de la sorte l'un des dictateurs les plus sanguinaires du siècle dernier. Même les Russes ne l'assument plus. Et pourtant eux, ce n'était pas juste une rue qu'ils avaient à renommer. J'ose à peine imaginer la réaction du bon peuple s'il découvrait demain une rue Hitlerjugend à trois enjambées de son Centre-Ville.
C'est pourtant sans le moindre signe d'embarras qu'on a promptement renommé la rue de la Paix rue François Mitterrand, à peine son cadavre avait-il commencé à tiédir. La chute du Mur ne fut-elle pas un évènement suffisamment important pour susciter un début de réaction municipale ?

Tu me diras sans doute que ce n'est qu'un nom de rue et qu'il y a quand même d'autres sujets autrement plus importants qui justifieraient que je leur consacre la primeur de mon indignation. Et tu n'auras pas tort.
En fait, ce qui me choque profondément là-dedans, c'est que ça confirme mon analyse, que j'avais toujours l'audace d'espérer infondé, de la vision que la France a du désastre soviétique. Les avancées du Front Populaire et la tradition française gauchisante qui en découle ont biaisé le procès de l'idéologie bolchevik et de sa dictature sanglante dont les seuls mérites par rapport à sa cousine nazie sont de ne pas avoir perdu de guerre et d'avoir trop craint les réactions américaines pour poursuivre son invasion de l'Europe jusqu'à nous.

dimanche 12 octobre 2008

Populismes

Bon, ça fait un moment que je l'annonce, voici enfin mon article expliquant pourquoi j'estime que les politiques extrêmes, de gauche ou de droite, sont à bannir.

Commençons par nous attaquer aux racines de ces idéologies, ou plutôt à celles de leurs doctrines les plus représentatives.
Même en ne lisant que les quelques premières pages de certains écrits de Karl Marx qu'un être humain normalement constitué est capable d'ingurgiter avant de sombrer dans la plus profonde léthargie, on s'aperçoit que le communisme n'est né que d'une réaction de la classe populaire face à ce qu'elle considérait, sans doute au moins un peu à raison, être sa spoliation par la cupide et malveillante bourgeoisie. De même, si on reprend les thèmes emblématiques des revendications nationalistes, on retrouvera globalement en constante le fait d'accuser les étrangers, l'immigration, voire les échanges internationaux de tous les maux du système.
Le point commun entre ces deux types de doctrines est qu'ils reposent sur la mise en place de boucs émissaires, dans un cas la classe bourgeoise, dans l'autre les étrangers par exemple, sur qui se déchargera toute la responsabilité des travers de tout système économique et social : le chômage, la pauvreté, la violence, la stagnation sociale, les lourdes charges de travail, etc. Le bon peuple peut ainsi se dédouaner d'une quelconque responsabilité dans ses malheurs tout en dirigeant les solutions pour améliorer ses conditions de vie contre ceux qu'il a choisi de désigner comme fautifs. Du coup les citoyens n'ont plus à assumer leur responsabilité propre et à essayer d'améliorer leur condition par eux-même et par d'autres moyens que la revendication incessante.
On obtient ainsi un système basé sur l'acharnement, la jalousie et parfois même sur la haine, où l'on se préoccupe au moins autant que telle ou telle catégorie ne jouisse surtout pas d'avantages qu'on lui suppose indus que de résoudre les problèmes de manière rationnelle.

Et après, me dira-t-on, s'ils ont effectivement raison ? Si une catégorie sociale était effectivement à l'origine des maux de la société toute entière ? Après tout c'est envisageable.
Même si j'ai ma petite idée, ce n'est évidemment pas à moi, jeune étudiant de 21 ans avec trois modules d'économie à son actif, de trancher cette question épineuse. Ce genre de délibération revient évidemment à des professionnels des sciences politiques. S'il était si simple d'invalider de manière incontestable les théories extrémistes, nous n'aurions pas autant de spécialistes des diverses sciences de l'analyse politique dans chacun des camps.
Même si un peu de bon sens, des exemples historiques et des notions même très succinctes d'économie semblent nous indiquer que des mesures comme la fermeture des frontières, la baisse drastique du nombre d'heures travaillées ou l'absence d'un système de "motivation par la carotte" par l'élévation sociale ne pourraient quasiment résulter que sur un désastre économique, il n'existe sans doute personne d'assez compétent pour le prouver totalement, d'autant plus que cela dépend fortement du contexte.
Mais c'est aussi valable dans l'autre sens, il est impossible de prouver que ces politiques soient d'une indéniable efficacité, et étant donné le risque majeur que leurs applications dans tous leurs extrémismes impliquerait, un simple principe de prudence nous impose au moins de nous en méfier et de ne pas tenter le diable, même en admettant qu'un scénario impliquant des conséquences graves ne soit pas aussi probable qu'il en a l'air.

Mais alors pourquoi un tel succès au point d'avoir remporté le pouvoir dans certains pays ?
Etudions cela du point de vue d'un jeune fils d'ouvrier français. Appelons-le Jean. N'est-il pas vrai que le fils de riche du centre ville aura plus de chance que lui de "réussir dans la vie" et d'occuper un poste socialement haut placé ? Le jour où ce jeune homme fait son entrée sur le marché du travail et voit des postes intéressants confiés à des immigrés acceptant une rémunération moindre, n'est-il pas en droit de penser que l'immigration le maintient au chômage ? J'ai déjà du mal à digérer qu'il ne reste plus de pizza quand je vais manger au RU de ma faculté parce que les lycéens d'en face les ont toutes commandées, il m'est donc aisé d'imaginer à quel point, cette situation transposée sur le terrain de l'emploi, il doit être facile de sombrer dans la colère, voire dans la haine, particulièrement si notre ami Jean n'a pas particulièrement été éduqué aux valeurs de "tolérance" (Dieu que ce terme est inadapté) comme je l'ai été.
Evidemment, Jean ne tiendrait pas compte ici de la globalité du tableau, par exemple du fait que si, à force d'efforts et de sacrifices, il finissait par se hisser dans de plus hautes couches sociales, il trouverait inadmissible de ne pas pouvoir faire profiter sa progéniture de sa réussite. De même, il ne s'attarderait sans doute pas longtemps à étudier toutes les "conséquences positives" (dont l'ampleur reste, certes, difficiles à établir et à étudier) de cette immigration, ni à s'attendrir sur le sort du jeune immigré qui lui a piqué son poste et qui en avait sans doute un besoin au moins aussi pressant.
Accaparé qu'il est par ces contrariétés personnelles, aussi importantes qu'elles soient et légitime que soit son inquiétude, il aura facilement tendance à se tourner vers les solutions simplistes (destitution de la bourgeoisie, fermeture des frontières...) proposées par les populismes d'un bord ou de l'autre, sans s'intéresser plus que cela à l'intérêt général de la société dans son ensemble.
Il faut ajouter à ce type de phénomène la lassitude face à un pouvoir modéré en place qui, étant donné qu'on n'a pas encore découvert le système parfait, essuiera fatalement un certain nombre d'échecs et de déconvenues, débauchant l'électorat (ou les insurgés révolutionnaires en puissance) vers les alternatives offertes par les extrêmes, qui ne se priveront pas de critiquer avec aisance le système en place au moindre travers.

Mais plus dangereuse même que les débâcles économiques prévisibles en appliquant les principes considérés, même par de nombreux spécialistes, comme économiquement aberrant, la pire des conséquences de l'instauration de ce type de système est sans doute que chacun tend plus ou moins inexorablement, et par des mécanismes différents, vers l'établissement d'un pouvoir dictatorial.
En effet, le communisme préconisant un aplatissement des rémunérations, le système de motivation à la productivité et à l'efficacité "à la carotte" - par ascension sociale - de nos systèmes capitalistes serait mis complètement hors-circuit, nécessitant ainsi un système de punition "au bâton" et donc une autorité forte. Cette évolution logique pour conserver un niveau de production de richesse nationale décent (surtout si on prend en compte une forte baisse du temps de travail par exemple) nous mène à un pas, vite franchi, des camps de travaux forcés dont l'Histoire nous a trop souvent prouvé qu'ils n'étaient pas qu'un scénario catastrophe fantaisiste.
Le danger de l'autoritarisme nationaliste est plus lié à la tradition conservatrice même des revendications de l'extrême droite, qui se traduisent quasi-immanquablement par l'exigence d'une autorité étatique forte et d'un régime basé sur le maintien de l'ordre établi. Cette tendance est exacerbée dans les pays à tradition royaliste où les nostalgique de la monarchie se tournent naturellement vers le nationalisme.
Ce processus d'autoritarisme croissant met en péril le principe même de démocratie - ce qui est difficile à accepter pour tout républicain convaincu et impossible à avaler pour un amoureux de la Liberté tel que moi - rendant tout retour en arrière particulièrement ardu en cas d'échec de la politique choisie. Est-il réellement besoin de rappeler ici les conséquences qu'ont pu avoir sur notre Histoire les dictatures de l'un ou de l'autre extrême ?

Bref, je n'ai pas encore fini de taper sur le populisme, notamment sur le communisme, sur lequel il me reste encore beaucoup de choses à dire, mais puisse la mise en lumière de tous ces points qui rapprochent tellement les deux extrêmes ennemis amener certains de leurs partisans respectifs à revoir leurs positions.

vendredi 13 juin 2008

Bien fait !

Haha, les Irlandais ont dit non au Traité de Lisbonne. Et bah c'est bien fait !! Si ça pouvait apprendre à nos dirigeants à ne plus insulter la souveraineté démocratique de leurs électeurs en tentant de faire passer en douce à l'Assemblée un projet qui a été publiquement refusé par l'ensemble de leur population lors d'un référendum six mois avant...

J'ai d'ailleurs un peu de mal à comprendre qu'on ne se soit pas formalisé plus que ça quand Sarkozy s'est ouvertement foutu de nous avec cette histoire de traité soi-disant simplifié. Et pourtant j'avais voté Oui au premier référendum, mon indignation n'a donc ici rien à voir avec de l'antieuropéisme primaire.

Bref, un pas en arrière pour l'Europe, c'est pas la mort, on a tout le temps pour la construire; et même si ça ne servira sans doute jamais de leçon à notre Président, ça aura au moins apporté un profond sentiment de justice et de satisfaction à ton serviteur, ainsi sans doute qu'à près de 55% des électeurs de notre beau pays.

dimanche 16 mars 2008

Patriotisme et nationalisme

On entend assez régulièrement ce genre d'expression : "Je suis fier de mon pays", "Fierté nationale"... Même si les répliques de ce type paraissent aisément assimilable à des milieux patriotiques et conservateurs, voire même nationalistes, elles tendent à se généraliser au gré de certaines circonstances, notamment à l'occasion de victoires sportives.
J'éprouve moi-même une volonté que je ne m'explique pas de voir triompher l'équipe qui porte mes couleurs sur le terrain, même dans un sport dont je me fous par ailleurs complètement. Quand il lui arrive de triompher, j'en viens même à ressentir une forme de satisfaction tout-à-fait assimilable à de la fierté.

Pourtant, si l'on venait me demander si je suis fier d'être Français, ma réponse serait évidemment négative.
Tout d'abord parce que j'ai une tendance, certes discutable, à penser qu'on n'a pas à être fier de quelque chose qui ne dépend pas de nous. Mis à part les quelques naturalisés qui ont tout quitté par pure volonté de rejoindre notre beau pays, nous autres Français de naissance n'avons guère le moindre mérite concernant notre nationalité. On n'a jamais demandé à naître Français, et on l'est sûrement restés, pour l'essentiel, par habitude et commodité. Les performances de nos équipes de foot ou de rugby, de nos nageuses ou de nos judoka ne dépendent, sauf cas particuliers (entraîneurs, joueurs...), absolument pas de nous et nous n'avons par conséquent guère de légitimité à nous gargariser de leur réussite.
Deuxièmement, même si je pouvais tirer de la fierté d'une nationalité que je n'ai pas choisie, ce serait plutôt de la honte que je ressentirais à porter les couleurs de mon pays. De quelle France veux-tu que je sois fier ? La France qui a opprimé et ponctionné des décennies durant les habitants de ses colonies africaines et asiatiques ? La France qui, dans sa grande majorité, a courbé l'échine et fermé les yeux devant la puissance et la sauvagerie de l'envahisseur nazi ? La France féodale, qui se déchirait en guerres sans fin dans l'inégalité et la privation de droits la plus totale, commettant les pires atrocités au nom d'une religion dépouillée de tout son sens qui la couvait d'un regard bienveillant ? La Gaule barbare de nos ancêtres pouilleux, opportunément civilisés par l'envahisseur romain ? La France moderne, qui malgré tout cela reste encore assez imbue d'elle-même pour avoir un candidat nationaliste au second tour de ses élections présidentielles à l'aube des années 2000 (et même dès 2007 un président militant si outrageusement pour le patriotisme et l'identité nationale).

Malgré tout, je suis heureux d'être Français. J'aime mon pays. Évidemment, je lui préfère des systèmes politiques plus libéraux, à l'image de la Hollande par exemple; bien sûr, j'envie les climats des plus basses latitudes; effectivement, j'ai un penchant plus marqué pour les grandes étendues sauvages d'Amérique du Nord que pour nos champs ininterrompus de blé, de maïs et de vigne.
Mais à tous ces niveaux, on ne se défend pas si mal. On est une sorte de juste milieu.
Notre économie a su opter pour un libéralisme salutaire tout en faisant figure de précurseur sur nombre de questions sociales et, malgré les difficultés qu'elle connaît ou a pu connaître, elle continue de fonctionner plutôt correctement.
Niveau climat on ne s'en sort pas si mal, l'Océan Atlantique sur notre flanc modérant pour nous la rigueur des hivers et la pesanteur des climats continentaux. On peut en quelques heures de route passer du ski sur sommets enneigés aux plus chaudes plages méditerranéennes.
Quant aux paysages, on n'est quand même pas à plaindre. Entre la beauté, à la fois sauvage et traditionnelle, des montagnes et des villages d'Alsace, la puissance toute paradisiaque des calanques marseillaises, le pittoresque des rivages bretons et le blanc immaculé des plus hauts sommets alpins, la France offre sur un minimum d'espace, une représentativité exemplaire de certains des plus beaux paysages de notre planète.
Même si j'ai beaucoup de reproches à leur faire, j'aime mon pays, le système dans lequel j'évolue et la langue que je parle. Il m'arrive même, dans certains accès d'auto-congratulation toute prétentieuse, de ressentir une certaine fierté de la maîtrise que j'ai de cette dernière et du respect que j'éprouve pour elle.

Je suppose que, dans un sens, cela fait de moi un patriote, même si je ne le ressens pas du tout ainsi. D'ailleurs, je me retrouve tout-à-fait dans plusieurs des valeurs françaises, liberté et égalité (dans cet ordre s'il te plaît) ou encore démocratie.
Mais je ne ressens pas cette fierté et cette solidarité nationale qui va, pour moi, de pair avec la notion de patriotisme. Sauf vraiment dans le cas de la défense contre une invasion sur le territoire nationale, je ne vois par exemple aucune gloire dans le fait de mourir pour son pays, juste de la stupidité. Je ne suis que très modérément préoccupé par notre rayonnement international ou notre puissance diplomatique et militaire. Je n'ai pas spécialement le sentiment que ma nation soit supérieure à d'autres, ou que le Français soit moins con qu'un autre, au contraire. Je veux que mon pays soit concurrentiel afin de garantir à ses habitants (notamment moi et mes proches) l'obtention aisée d'un niveau de vie correct, mais je n'ai aucune ambition concernant le concept galvaudé de "grandeur nationale" par exemple.

D'ailleurs pour tout te dire, j'ai tendance à ressentir un certain mépris envers ceux qui affichent (et encore plus pour ceux qui les ont sans les afficher) des opinions nationalistes.
Attention, je parle bien ici du nationalisme, pas du racisme. Je ne suis pas de ceux qui font bêtement l'amalgame entre les opinions nationalistes et le nazisme ou la haine raciale : si les racistes sont quasi-immanquablement nationalistes, l'inverse n'est pas vrai, et il y a une grosse différence entre penser que les Français doivent passer avant les autres dans leur propre pays et estimer que certaines races sont supérieures à d'autre. Je n'en viens guère jusqu'à m'agacer qu'on diabolise de la sorte une idéologie avec laquelle je suis tellement en désaccord, mais je trouve dommage qu'autant de gens se laissent si bêtement mystifier au point de refuser de voir la différence entre les deux.
En fait, il y a 3 points principaux sur lesquels je suis en total désaccord avec les idées nationalistes : la vanité nationale, l'immigration et l'ouverture au monde.

Je ne peux m'empêcher de croire qu'il faut avoir quelque chose à compenser pour tenir à ce point à la grandeur de son pays, et surtout pour penser qu'une nationalité puisse conférer une supériorité quelconque. Comment peut-on, en essayant d'y réfléchir avec un minimum d'objectivité, être à ce point inconscient des défauts et de la médiocrité de ses propres concitoyens, au point de rejeter la responsabilité de tout ce qui va mal sur les étrangers et l'ouverture au monde qui nous entoure ? Je conçois que ce soit une pensée agréable et rassurante, et qu'il soit nettement plus pratique de se dédouaner de ses propres problèmes en les mettant sur le dos des autres qu'en les assumant. Mais je ne peux comprendre qu'on base toute son idéologie sur une pensée juste parce qu'elle est rassurante, sans prendre le soin de regarder autour de soin et de juger de tous les points sur lesquels elle ne colle absolument pas avec la réalité.

Concernant l'immigration encore, je trouve les positions nationalistes aberrantes. Même s'il semble évident qu'il faut, en pratique et dans une certaine mesure, contrôler l'immigration un minimum, n'oublions pas que notre pays fonctionne en grande partie grâce à elle.
Étant originaire d'une ville industrielle et ouvrière, qui ne tient debout que grâce à ses chantiers navals, je suis bien placé pour savoir qu'une bonne partie de l'industrie française ne subsiste que grâce à la présence d'étrangers, à l'exploitation d'étrangers devrais-je même dire. Les wagons entiers d'ouvriers africains ou d'Europe de l'est qu'on paye une misère pour des conditions de travail déplorables, et à qui on refuse la nationalité et parfois même le billet d'avion pour le retour une fois leur labeur terminé, ces travailleurs sont un facteur sine qua non dans le maintien de la compétitivité de nos entreprises malgré le maintien de minima décents (et encore) pour les Français qui y travaillent. Il y a bien des secteurs où la bonne santé économique combinée à nos belles 35h et à tous nos avantages sociaux ne sont qu'une illusion basée sur l'exploitation de la main d'œuvre étrangère.

Pour ce qui est de l'ouverture au monde, c'est encore un débat vaste et épineux sur lequel j'aurai certainement l'occasion de revenir dans le détail dans un éventuel article ultérieur concernant le libéralisme économique ou la mondialisation.

J'aimerais conclure cet article en rattrapant quelque peu l'ingratitude dont on pourra me taxer en lisant ces lignes. En effet, je voudrais rendre un hommage, éculé mais mérité, à tous ceux qui ont donné leur vie, un bras ou leur visage, pour défendre notre culture, que je chéris malgré toutes ses imperfections, face à un envahisseur brutal et illégitime. Je parle ici évidemment des résistants de la Deuxième Guerre Mondiale, mais aussi des soldats anglais, américains, canadiens et coloniaux, des poilus de la Grande Guerre, des grognards de la guerre franco-prussienne, des chevaliers de la Guerre de Cent Ans... Vous fûtes tous des justiciers du droit international, seuls soldats d'une Histoire bien trop souvent honteuse à avoir combattu pour la légitimité de notre souveraineté nationale, pour une France qui voulait rester française, et qui n'aurait su perdre ce droit par la seule raison des armes. C'est grâce à vous que j'écris ces lignes dans cette si belle langue. Merci.

mardi 29 janvier 2008

Libéralisme

Bon, et si on parlait politique, pour de vrai ce coup-ci.
Oui je sais, il était temps, tu l'as pensé tellement fort que je l'ai presque entendu : "Il est bien gentil à nous dire qu'il vote Bayrou et à nous sortir la critique du communisme la plus clichée de l'univers, mais c'est quoi ses idées à lui ?".
Je vais, dans cet article, essayer de poser les bases et rappeler quelques définitions de mes convictions politiques. Tu sauras ainsi à quoi t'en tenir.

En France, patrie des 35h et du Front Populaire, je pense pouvoir être catalogué comme centriste, voire centre-droite ; aux États-Unis je serais sans doute considéré comme démocrate ; en Chine je serais probablement pendu haut-et-court.
Personnellement, je me définis comme un libéral modéré.

Libéral car j'estime que de toutes les valeurs qui peuvent fonder la base de principes politiques, la liberté est la plus importante. Je crois que l'État doit avoir sur nos vies le moins d'influence et de pouvoir possible, que c'est à chacun de se battre pour lui et les siens et de se démerder pour s'en sortir par lui-même, ou aidé des gens qu'il a choisi.
Je crois aux principes de liberté individuelle, de libre concurrence et de libre entreprise. Je veux croire qu'on peut adapter le "laissez-faire" économique pour approcher une égalité des chances.

Modéré car je suis réaliste et conscient des failles d'un système purement libéral. Le libéralisme a besoin d'être encadré, limité, sécurisé (même si plus j'en apprends sur cet encadrement et ses effets pervers, plus je remets en question cette croyance).
Modéré également car j'ai mes propres conceptions de certains principes libéraux qui diffèrent sans doute légèrement de la vision puriste. D'ailleurs, je ne prends aucune doctrine vraiment au pied de la lettre, trop attaché que je suis à prêcher la pensée critique.
Modéré encore car je rejette farouchement tout ce qui peut s'approcher, par la droite ou par la gauche, d'une politique extrémiste. Le nationalisme me rend à peu près aussi nauséeux que le communisme. Je me ferai un plaisir de donner mes raisons (sérieusement cette fois) dans un article ultérieur mais je ne vais pas m'étendre là-dessus.

Bon, vu que tu regardes un peu trop la télé où on te dit plein de conneries, pour toi libéralisme ça doit rimer seulement avec droite, États-Unis, Sarkozy et golden parachute, donc on va revoir un peu les fondamentales.
Étant donné qu'on a affaire à une notion assez complexe basée sur tout un tas de concepts trop nombreux et délicats pour que je les détaille tous ici, je vais faire dans le résumé expéditif ; donc si tu veux te cultiver pour de vrai, je te renvoie au portail du libéralisme sur Wikipedia.

Le concept de base, c'est que l'état doit avoir le moins de pouvoir et d'influence possible, qu'il doit juste assurer les fonctions dans lesquelles il est indispensable (police, armée...). Pour simplifier presqu'outrageusement, un libéral c'est un anarchiste favorable au libre marché et à la propriété privée, et qui, dans l'acceptation classique, accepte qu'il faille quand même un pouvoir, quelques lois et quelques institutions nationales.
En France, le libéralisme se situe plutôt à droite en ce qui concerne les questions économiques et le gros des questions sociales, et à gauche sur tout le reste (sécurité, mœurs, immigration, répression...).
Pour entrer un peu plus dans le détail, le libéralisme repose sur de nombreux principes enchevêtrés les uns dans les autres en une interdépendance qui forme un tout cohérent. Je vais tâcher d'énumérer et de te donner mon interprétation des principaux.

Le premier et le plus important c'est la liberté, plus concrètement les libertés individuelles, aussi appelées droits naturels. Ce sont ces fameux droits naturels qui, après avoir tant fait couler d'encre aux lumières, ont fondé les diverses déclarations des droits de l'homme et qu'on retrouve comme bases de la plupart des vraies démocraties actuelles.
Pour faire simple, ils stipulent que chaque individu devrait être libre de disposer de son corps et de ses ressources pour faire ce que bon lui semble, tant qu'il n'entrave pas la liberté d'autrui. De cet aphorisme peut être déduit l'ensemble des fondements du libéralisme que je m'efforcerai de détailler ici.
Tu comprendras qu'en ce sens, je me gausse narquoisement quand j'entends Sarkozy taxé de libéral après ses "exploits" en tant que ministre de l'intérieur, ou des Américains s'auto-congratulant d'habiter le Pays de la Liberté alors qu'on peut s'y voir interdire, suivant les états et sous peine d'amende, certaines pratiques sexuelles considérées comme étant contre-nature comme la sodomie, ou même certains mots jugés trop vulgaires.

Un autre de ces concepts, auquel on réduit malheureusement trop souvent le libéralisme en général, est l'idée de libéralisme économique. Ce concept englobe notamment la libre entreprise, la libre concurrence, le "laissez-faire" économique (intervention minimum de l'état au niveau de l'économie), le capitalisme (propriété privée des moyens de production) et le libre marché (prix libre fixés par le libre débat entre le vendeur et l'acheteur). L'application dans les grandes lignes de ces principes a posé les bases de l'économie de marché que nous connaissons aujourd'hui.
À tort ou à raison, il s'agit sans nul doute du volet le plus critiqué de la philosophie libérale. Le fait est que le libre marché et le capitalisme ne sont pas sans poser certaines problématiques dans leur application pratique, même si la tendance médiatique est, dans une mesure difficilement appréciable, à la surestimation de la responsabilité du système économique libéral et à l'occultation parfois totale de celle de l'intervention constante et souvent nocive de l'état. Reste qu'à ce jour, aucun autre système n'a su proposer de meilleur levier de création de richesses dans la pratique, et que les quelques tentatives historiques d'application de principes contraires furent généralement désastreuses.

Le troisième principe, auquel je tiens beaucoup, est l'individualisme. Il s'agit tout simplement de donner la priorité au bien-être de chacun des individus sur l'intérêt général de la masse.
On a bêtement tendance à confondre individualisme et égoïsme. Les deux n'ont pourtant rien à voir. Contrairement à l'égoïsme à vue courte, l'individualisme n'implique pas le rejet de la solidarité, juste sa non-obligation. Dans un système libre et individualiste, celui qui s'en sort peut aider celui qui galère, ça ne lui est pas interdit ; ça ne lui est juste pas imposé. Ça ne nous empêche pas de se serrer les coudes entre amis, en familles, d'aider ou d'être aidé de ceux qu'on a choisi. On ne vient juste pas nous ponctionner arbitrairement nos ressources durement gagnées pour assister ceux qui n'ont pas réussi à en obtenir et qui finissent par considérer cela comme un dû.
Notre société a l'air de penser que chacun doit aider l'autre, que ceux qui s'en sortent, qui réussissent socialement et professionnellement dans la vie, ont non seulement le devoir moral et légal d'aider ceux qui ont moins de chance (ou moins d'aptitudes, ou moins de courage) mais devraient en plus culpabiliser de rester plus riches qu'eux.
Je préfère que l'acte de solidarité, voire de charité, reste ainsi un acte positif, preuve qu'on est quelqu'un de bien, plutôt que la normalité et la base. Je préfère que ceux qui s'en sortent puissent avoir la satisfaction d'avoir construit leur réussite par eux-même plutôt que par l'assistanat. Et bien entendu, j'aimerais que ceux qui ne s'en sortent pas ne puissent s'en prendre qu'à eux-même.
L'individualisme est à mon goût le meilleur garant de la responsabilisation et de la performance individuelle.

Le dernier point que je développerai ici, trop souvent négligé voire oublié, est le concept d'égalité des chances. Pour pouvoir vraiment responsabiliser l'individu, qu'il soit réellement garant de ses propres réussites et surtout de ses propres échecs, il ne faut pas que le système lui mette de bâtons dans les roues. Tout comme la liberté et l'égalité absolues, l'égalité totale des chances est une utopie, ne serait-ce que parce qu'on naît tous avec des caractéristiques qui nous avantagent ou nous désavantagent par rapport à nos contemporains (apparence physique, facilités intellectuelles, maladies congénitales...). Néanmoins, on peut tenter de s'en approcher. Mais évidemment, cela demande de lourds compromis sur les autres principes.
La recherche de l'égalité des chances est un facteur décisif de la détermination des rôles de l'état et de la nécessité d'un minimum de socialisation (éducation, santé...) dans un système libéral, et donc un des principaux points de divergence des divers courants libéraux. Tandis que les libéraux de gauche en font un point central, qui pousse même certains à renier l'utilité générale de l'héritage et du don, les anarcho-capitalistes rejettent toute imposition de ce concept par des moyens coercitifs, comme un impôt obligatoire.

Enfin, même si nombre de libéraux appuient essentiellement leurs convictions en la matière sur les droits naturels des êtres humain, mon approche vise uniquement à promouvoir auprès du plus grand nombre la possibilité de l'accès au bonheur. Cela implique de prendre en compte des facteurs autres que purement économiques et objectifs. C'est aussi pour cela qu'il n'existe pas de solution générique à tous les problèmes que nous connaissons, quels que soient la complexité ou les bonnes intentions des principes sur lesquels on s'appuie. Une seule doctrine, qu'elle soit politique, religieuse ou économique, ne peut pas suffire à nous donner toutes les réponses. C'est juste une grande ligne de conduite dont il faut s'inspirer et qu'il faut pouvoir modifier et adapter aux situations concrètes. Mais, dans cette optique, l'intérêt d'un système vraiment libéral se démarque en n'interdisant pas aux individus qui le souhaitent de se soumettre réciproquement à d'autres règles afin de mettre en place, pour ceux qui les auront choisis, d'autres systèmes. Ainsi, dans un système libéral, une communauté de socialistes pourra tout à fait se contraindre, par un contrat librement accepté de tous ses contractants, à une cotisation visant à acquérir des biens publics partagés (assurance maladie, revenus minimums...). En revanche, dans un système socialiste, les libéraux n'auront pas le choix de se soustraire à l'impôt et aux lois contraignantes.

samedi 15 décembre 2007

Pirates

Déjà à l'époque de la sortie de l'enregistreur cassette audio, on a beaucoup crié au scandale. Puis est arrivée l'ère des graveurs, où le piratage s'est étendu de la musique au jeu vidéo. On a encore fait couler beaucoup d'encre sur ces malversations qui, même restant marginales, ouvraient des fenêtres bien gênantes au goût des industries concernées. Il faut croire que c'était plutôt à bon escient, dans la mesure où ces évènements préfiguraient effectivement l'avènement du vrai grand ennemi : le téléchargement.
Napster fut le coup de pied dans la fourmilière, chacun pouvait y télécharger gratuitement toute la musique qu'il voulait. C'était aussi l'époque de la naissance de l'ADSL, des premières connections par câble et du forfait AOL illimité. Les modems 56k chauffaient sous la charge des données illégales. Les chiffres d'affaires des maisons de disques restaient sensiblement les mêmes, néanmoins un front de résistance composé d'artistes milliardaires en baisse dans les charts et cherchant un bouc-émissaire à charger pour leur échec partit à l'assaut du réseau pirate. Mais tel l'Hydre de Lerne, du coup tranché de Napster sortirent une multitude de nouvelles têtes. Il était trop tard pour tuer le piratage, et au lieu de l'affaiblir, les artistes lui avaient fait la publicité qui lui manquait pour se répandre partout.
Puis les chiffres des maisons de disques ont commencé à baisser pour de vrai, on a passé toutes sortes de lois mais rien n'a vraiment changé.

Je ne te le cacherai pas, je suis moi-même un gros téléchargeur de musique, dans un milieu musical underground où les labels ferment les uns après les autres et où le piratage est donc assez mal vu. J'en suis même venu à culpabiliser au point de cesser pour un temps presque toute activité de téléchargement musical. Puis je me suis mis à réfléchir et à voir les choses sous un angle tout à fait différent que je vais tenter de te faire partager.

La question de base que je me suis posé est simple : A qui le téléchargement nuit-il ?
Les premiers auxquels on pense sont bien entendu les artistes. Pourtant on oublie trop souvent de préciser que, mises à part les quelques stars riches à millions qui ont eu l'opportunité au cours de leur carrière d'user de leur notoriété pour renégocier avec leur maison de disque un contrat intéressant, les artistes touchent très peu d'argent sur leurs ventes de disque. Et quand on n'a pas affaire à une grosse major-sangsue qui leur offre le choix entre l'anonymat et un contrat de 15 albums presque gratuits, on a tombe sur un petit label honnête qui perd de l'argent sur nombre de ses productions et qui, pour des raisons de survie, ne peut pas se permettre d'offrir aux groupes qui marchent mieux une rémunération au niveau de leurs ventes.
On peut donc considérer que la nuisance apportée aux artistes à ce niveau est assez minime. En revanche, le téléchargement gratuit permet aux gens d'être en contact direct avec la production artistique. Les groupes touchent donc plus de gens qui, même sans avoir acheté légalement leurs albums, deviennent des fans, vont aux concerts, achètent les produits dérivés. Je ne crois pas qu'il y ait eu de statistique sur ce point mais je suis persuadé que les ventes de places et le merchandising ont dû exploser pour bon nombre de groupes pendant que leurs ventes d'albums baissaient. Et un tee-shirt, ça coûte moins cher à fabriquer qu'un album pour le même prix de vente, c'est des sous directement dans la poche des groupes et en plus ça fait de la pub.
Je pense que dans l'ensemble, les artistes, à part quelques multi-millionnaires déjà connus de tous et qui ne sont sans doute pas pour autant tombé dans la misère, ont plus bénéficié de l'avènement du téléchargement illégal qu'ils n'en ont pâti.

Ha oui mais dans les maisons de disque ça fait des ravages. Effectivement, de nombreux labels ferment, les résultats des majors ont largement reculé, l'industrie du disque ne va pas bien.
Mais a-t-on vraiment besoin des maisons de disque ? Je sens que je soulève un point sensible, mais avant de t'indigner et de décider pour de bon que cette fois je dois vraiment être un sale con, laisse moi le temps de développer.
Je suis conscient de l'importance du travail d'un label pour un groupe : s'occuper de l'enregistrement, de la distribution, de la promotion... Mais en a-t-on toujours besoin aujourd'hui ?
Nous vivons une époque où quasiment n'importe qui peut s'équiper, pour un coût parfois même inférieur à celui de ses instruments de musique, d'outils lui permettant de réaliser des enregistrements d'une qualité bien supérieure à ce que rendait du matériel professionnel il y a une vingtaine d'années. Les Beatles ou les Stones ont enregistré leurs albums les plus mythiques sur des 8-pistes magnétiques. On a aujourd'hui, pour quelques centaines d'euros, des enregistreurs 48-pistes numériques avec la possibilité de gérer tous les traitements imaginables via l'informatique. Il n'a jamais été aussi facile et bon marché de produire un enregistrement de qualité.
Quant à la distribution et la promotion, ne peut-on pas tout simplement laisser faire Internet et le bouche à oreille. Si la qualité musicale dans la composition et l'exécution est vraiment au rendez-vous, l'artiste a aujourd'hui à sa disposition des moyens de diffuser sa musique simplement dans le monde entier et pour un coût quasiment nul.

Imagine ça deux minutes : un monde dans lequel l'écoute de la musique serait totalement gratuite, où ce ne serait plus les grosses majors qui imposeraient ses goûts à la populace à coup de promo-bulldozer et de passages radio incessant, où le premier critère de popularité d'un groupe ne serait plus la pub dont il a fait l'objet mais la qualité de son œuvre. On ne paierait plus que pour voir sur scène les groupes qu'on a adoré découvrir gratuitement sur son PC (et il y en aurait sans doute beaucoup plus puisqu'on n'aurait pas à se délester de 15€ par album jusqu'à en trouver un qui nous plaise vraiment).
Ceux qui n'ont pas Internet et les aficionados du support CD ne seraient pas forcément en reste pour autant ; ça ne marquerait pas nécessairement l'arrêt de mort des disquaires. On pourrait facilement mettre en place un système d'albums virtuels, comme c'est le cas pour les billets de concert à l'heure actuelle. Le vendeur pourrait télécharger gratuitement l'album et sa jaquette dans un format prévu spécialement pour une machine à CD qui ressembleraient aux imprimantes à tickets actuelles, continuer à jouer son rôle de conseiller et vendre un produit considérablement moins cher tout en augmentant ses marges. Cela réglerait même le problème des écarts constatés entre la grande distribution et les vendeurs indépendants, que ce soit en terme de marges ou d'ampleur du catalogue.
Un tel monde est totalement accessible et se passerait très bien des labels et maisons de disques. Aussi utiles qu'ils aient été, je ne peux m'empêcher de penser qu'on serait mieux sans eux maintenant que le support est gratuit, que la communication est facile et l'enregistrement bon marché.

Cette réflexion peut aussi s'appliquer à d'autres domaines, comme le piratage des séries télévisées en constante augmentation. Les chaînes qui les produisent n'ont-elles pas intérêt, plutôt que de gaspiller des moyens à faire la guerre au piratage, à proposer elles-mêmes le téléchargement ou un visionnage en streaming haute qualité de ces mêmes séries en y incluant les même publicités qu'à la télé, comme l'a déjà fait la chaine ABC ? Les gens feront vite le choix de supporter trois minutes de publicité plutôt que de passer par le téléchargement illégal, plus difficile d'accès.

Je pense que ce que nous prenons à l'heure actuelle comme du piratage et du vol n'est en fait que l'aube d'une révolution culturelle (pas au sens communiste du terme attention !). Le support virtuel gratuit et l'incessante augmentation des débits de l'Internet libéralisent totalement notre accès à la culture. Tout ce qu'il nous manque désormais, c'est la volonté de supprimer les intermédiaires dépassés et la capacité d'accepter que le gratuit peut, à sa façon et au moins dans ce domaine, générer autant de profits que le tout-payant, et ce pour tout le monde.

dimanche 11 novembre 2007

Démocratie

Plus ça va, plus je me demande si les gens sont vraiment dignes de la démocratie. Diriger un pays, choisir sa ligne de conduite économique, sociale, militaire, sécuritaire, c'est une tâche ou plutôt un ensemble de tâches qui dépasse de loin le ressort du Français lambda. Et c'est pourtant à lui qu'incombe la responsabilité de choisir plus ou moins ou hasard le plus apte à les remplir parmi les nombreux incompétents qui lui sont proposés.
En effet, de toutes les lignes de conduite envisageables, il y en a forcément une qui, à une conjecture donnée, est globalement préférable aux autres. On peut donc supposer que parmi les différents candidats, il y en a un qui sera globalement préférable aux autres, un homme de la situation.

Et comme je l'ai dit, le Français choisit cette personne plus ou moins au hasard.

Déjà parce que personne ne peut vraiment savoir lequel c'est, le bon. Même parmi les meilleurs politiciens, les plus prestigieux économistes, les dirigeants les plus compétents, il en est de droite et de gauche qui auront généralement des opinions sensiblement différentes sur le choix de l'homme de la situation, notamment en période électorale.
Ensuite, quand bien même le Français aurait un moyen de savoir quel candidat est le meilleur, il n'en prendrait pas forcément le temps. Il prend déjà tout juste celui de se demander lequel lui plaît le plus.

Soyons honnêtes, de manière générale, quels sont les critères du choix de notre bulletin de vote ?

Notre orientation politique, tout d'abord. On la définit en général assez tôt dans notre vie et souvent pour d'assez mauvaises raisons. On suit l'exemple ou les idées parentales, on se fait un avis sur le bref résumé des différents camps qu'on a demandé à un ami à peine plus instruit de nous faire, on se base sur l'image d'un candidat ou la réputation d'un parti... Autant de circonstances qui font de nous, en un minimum de temps et d'efforts, un mec ou une nana de droite ou de gauche.
Et la plupart d'entre nous préférerait souvent voir pendues haut-et-court les valeurs républicaines que de changer de bord, se confortant soigneusement dans cette conviction superficielle avec des raisonnements choisis et des interprétations arrangeantes, l'extrémisant parfois même au gré des déceptions et des amertumes. Le gauchiste lit l'Huma, le droiteux lit le Figaro et chacun campe sa position contre vents et marées.

S'il n'y avait que ça, on aurait sensiblement toujours les même résultats aux différents élections. Mais il existe aussi une frange de la population qui n'a pas de parti pris intouchable et qui pourra varier son vote. C'est d'ailleurs à cette frange de la population, sans doute pas si importante, que s'adressent les couteuses et médiatiques campagnes électorales.
N'allons pas trop loin quand même dans l'adulation de ces heureux garants de l'utilité du système électorale. Car ces gens votent souvent sans réfléchir, sans chercher plus loin, sans savoir pourquoi ils votent. Ils voient un Chirac marrant et débonnaire aux guignols et l'élisent sans en savoir plus sur sa capacité à être un bon dirigeant ou son niveau d'incompétence. Ils se font une idée morale, jugent sur les scandales privés révélés dans Paris Match ou sur un abus de langage ou encore une expression un peu trop imagée qui fait polémique dans tous les journaux. Ils oublient l'essentiel, jugent par l'apparence, votent par sympathie, s'indignent de concert avec le candidat sur le discours duquel ils tombent en zappant sur le 6minutes entre le Bigdil et la roue de la fortune, dénonçant une insoutenable injustice et l'attribuant à ses adversaires. Ils décident alors que celui-là n'a pas l'air trop con et que ça vaudra bien qu'on lui accorde son bulletin.

Après tout il faut bien en choisir un. Car oui il faut voter ! J'ai déjà écrit un article là-dessus (cf Tous aux urnes!), je t'invite donc à le lire pour en savoir plus sur le mépris que ce genre de formulation m'inspire.

Comme le disait Desproges, "La démocratie c'est la dictature exercée par le plus grand nombre sur la minorité", et le fait est que le plus grand nombre est bien souvent très loin d'être compétent dans le rôle de dictateur.

Malgré tout, je continue de croire que c'est le meilleur système dont nous disposions. Mieux vaut risquer de se laisser guider par la stupidité de tout un peuple que par la folie d'un seul homme. Même si je trouve beaucoup d'arguments pour la dénoncer et peu pour la défendre, les alternatives (monarchie, oligarchie, anarchie...) me répugnent a priori bien plus encore. Il faut se faire à cette idée, on n'a pas encore inventé de façon idéale de diriger les Hommes. Tâchons donc, quoi qu'il nous en coute, de protéger au mieux et de nous montrer le plus digne possible des valeurs du régime que nous avons choisi, et qui, lui, continue de nous laisser le choix.

dimanche 4 novembre 2007

Tous aux urnes !

Oui, il faut voter !
On le savait déjà, mais depuis 2002 on nous le rabâche sans arrêt. Malheur à celui qui ose ne pas voter, il devient au mieux un anti-citoyen indigne de la chance qui lui est offerte de faire entendre sa voix, au pire un soldat passif du Front National, préparant par son inaction la résurrection d'Hitler lui-même.
Tu ne sais pas pour qui voter ? Tu n'as ni de temps ni d'intérêt à consacrer au choix soigneux de ton candidat ? Vote pour le mien ou vote au hasard, sinon c'est comme si tu votais Le Pen.

Je trouve ce genre de propos proprement scandaleux. Lie de l'intelligence humaine, tu es la honte de la démocratie, toi qui, je le sais, en citoyen consciencieux, a déjà donné ce conseil aux allures de reproche à tes amis indécis.

Je sais que ça paraît déjà beaucoup, mais chercher partout sa carte d'électeur, se traîner un jour du Seigneur jusqu'à son bureau de vote, faire la queue et mettre son bulletin dans l'urne, tout cela n'est qu'une infime partie de l'acte citoyen du vote.
Le vote consiste avant tout à choisir son candidat, à se renseigner, se faire un avis, jauger les différentes politiques proposées, tâcher de comprendre leurs implications et d'envisager leurs alternatives, les confronter à ses propres opinions et convictions. Tu trouves ça énorme ? Bah, tu n'as pourtant pas à te plaindre.

Il y a encore quelques années, c'était effectivement fastidieux. On n'avait guère pour se décider que la propagande des uns et des autres, leurs affiches, leurs discours télévisés, bref rien d'objectif. Pour des informations vaguement impartiales, il fallait fournir un effort hors de la portée de la plupart d'entre nous, à savoir se plonger dans la lecture quasi-quotidienne des quelques pages France d'un journal, pour peu qu'on en trouve un pas trop engagé. Piégés entre 40h de travail à fournir, une famille à occuper et divers loisirs permettant, par leur aspect agréable, de donner un sens à nos vies, je conçois aisément que nous n'ayons pas tous une conscience politique assez développée pour se ménager ce genre d'effort et que quelques votes aléatoirement imbéciles ne soient pas de trop pour contrecarrer les votes imbéciles ciblés des extrémistes endoctrinés.
Mais aujourd'hui, à l'heure où la moitié d'entre nous a accès à Internet de chez lui, où quelques clics te permettent de comparer tous les programmes de manière objective, où toutes les analyses sont à ta portée, tu n'as plus aucune excuse pour ne pas te faire un avis justifié.

Et quand bien même tu ne trouverais toujours pas le temps ou la motivation de le faire correctement, aie au moins le mérite de ne pas camoufler piteusement ta non-citoyenneté en votant n'importe comment.
Laisse à ceux qui se sentent concernés le soin de décider de l'avenir de leur pays et épargne-leur d'avoir à assumer la stupidité des critères de choix inadaptés de tes semblables.

dimanche 30 septembre 2007

Et pourquoi pas le centre ?

Allez un peu de propagande de politique :

T'es-tu déjà demandé pourquoi tu n'étais pas centriste ?

Malgré le fait que tu perdes ton temps à lire ces lignes, j'aime à penser que tu n'es pas trop stupide. Tu ne te contenterais donc pas de répondre bêtement par un simple "parce que je suis de gauche/droite rayer la mention inutile" sans t'être vraiment posé la question. Tu ne peux pas non plus t'être arrêté à l'image d'incompétence juvénile de Bayrou renvoyée par les guignols, ou par la soi-disant absence de programme du parti centriste dénoncée par ses adversaires eux-mêmes les moins pourvus en la matière.

Je sais que la gauche t'a dit que l'UDF était un parti de droite, que Sarkozy t'a répété qu'ils marchaient main dans la main avec le PS, et qu'en bon gauchiste/droiteux que tu es, tu as été tenté de croire l'un ou l'autre. Mais je crois sincèrement que tu n'es pas complètement idiot, que tu es capable de te rendre compte qu'un parti désigné par la droite comme étant de gauche et par la gauche comme étant de droite doit bien au final être au moins un peu au centre pour de vrai.

Tu ne t'es pas non plus laissé démonter par l'argumerde du vote utile, pas après la montée fulgurante de Bayrou dans les sondages des dernières présidentielles, qu'on voyait à égalité avec Ségolène au premier tour et seul vainqueur possible contre Sarkozy au second.

En fait si, je crois que tu ne t'y es pas intéressé de plus près à cause d'une de ces raisons ridicules.
Bayrouiste (ça se dit ?) convaincu, j'ai tenté de rallier à sa cause nombre de ceux avec qui j'ai débattu durant la période électorale des présidentielles (période on ne peut plus propice aux débats et aux remises en questions politiques). Je n'ai eu pour réponse de mes vis-à-vis que ce genre d'argument. Les seules personnes qui s'étaient intéressées au programme de l'UDF étaient finalement ceux qui, comme moi, avaient choisi de lui donner leur vote.

Alors peut-être fais-tu partie de ceux que je n'ai pas encore rencontrés qui, ayant pris connaissance du programme centriste, ne s'y sont pas reconnus; mais je t'avoue que j'ai plutôt tendance à penser que tu ne t'y es tout simplement pas attardé.

Tu admettras pourtant que ça vaut bien un coup d'œil, surtout à la cyberheure actuelle où, en deux clics, au lieu de perdre ton temps sur un blog quelconque, tu aurais pu être en train de consulter les programmes des uns et des autres sur leurs sites officiels.
As-tu été à ce point convaincu par un quelconque gouvernement de droite ou de gauche que tu as vu se succéder que tu estimes ta confiance en ton parti infaillible ? N'as-tu pas envie de voir si, ailleurs, il pourrait y avoir des idées au moins aussi intelligentes ?
Peut-être es-tu un militant communiste convaincu de l'essence démoniaque d'un régime prenant en compte le fonctionnement de l'économie, ou un réactionnaire persuadé qu'il n'y aura point de salut sans fermeture des frontières. Dans ce cas-là effectivement, rien ne sert de t'intéresser au centre, ne perd pas ton temps et va droit aux urnes voter pour ton petit candidat qui ne sera jamais élu, et j'ai envie de dire heureusement. Mais dans le cas contraire, tu devrais au moins jeter un œil aux propositions de l'UDF, tu pourrais bien y trouver ton compte.

Bref ce n'est pas à moi de te dire pour qui voter, mais aux prochaines élections, fais-moi le plaisir de te renseigner sur les programmes des candidats, au moins ceux vaguement susceptibles d'être élus, avant de glisser bêtement ton bulletin habituel dans l'urne.

mercredi 12 septembre 2007

10 bonnes raisons de haïr les rouges

Hum un peu de politique... J'aurais pu faire dans la facilité et taper sur les nazis mais tout le monde le sait déjà, que c'est des méchants. Je préfère donc m'attaquer à une catégorie non moins dangereuse, même si curieusement plus acceptée dans les mœurs actuelles.

1-Le rouge est extrémiste.
Quand on dit extrême gauche c'est pas qu'une façon de parler. Et l'extrémisme politique a toujours auguré ce qui est arrivé de pire à notre espèce. Dois-je rappeler que l'holocauste russe fut bien plus lourd en victimes que l'holocauste juif ?

2-Le rouge est irréaliste.
Il ne tient absolument aucun compte de la nature humaine. L'égoïsme, l'avarice et la paresse en sont pourtant partie intégrante. Les renier dans la conception d'un système politique, c'est gentil tout plein et certainement grouillant de bonnes intentions mais n'empêche que ça marche pas.

3-Le rouge est incohérent.
Il est anti-fasciste sans être anti-totalitaire. Il prétend valoriser le travail en en diminuant le temps et augmenter le niveau de vie en diminuant la production de richesse.

4-Le rouge est anti-démocrate.
Il ne conçoit la prise de pouvoir qu'à travers l'illégalité. Ce n'est pas parce que révolution sonne mieux que coup d'état que ce sont deux choses différentes. Le rouge aime également à se distraire en défilant dans la rue pour contester les décisions et les élections démocratiques.

5-Le rouge est insatiable.
Il n'en a jamais assez. On lui donne 40h, il en veut 35. On lui en donne 35, il en veut 32. Il veut toujours plus en travaillant toujours moins et avec toujours un minimum de risques sociaux.

6-Le rouge est paresseux.
Sous couvert de partis généralement estampillés "du travail" ou "des travailleurs", le rouge réclame toujours moins d'heures de travail, plus de congés, des conditions plus reposantes...

7-Le rouge est belliqueux.
Révolution, lutte des classes, conflits sociaux, tous ces noms guerriers sont emprunts d'une connotation positive pour le rouge qui y voit le meilleur moyen d'exprimer ses idées.

8-Le rouge est un mouton.
Je ne parle pas ici que de l'image qu'on a du troupeau de rouges défilant dans la rue les uns à la suite des autres en bêlant tous les mêmes slogans de contestation apprise. C'est surtout que sous son apparence de rebelle révolutionnaire, le rouge a pour idéal de nous voir tous égaux et semblables, à son image, sans possibilité de nous distinguer des autres que ce soit par nos possessions ou nos idéaux.

9-Le rouge est têtu.
Il ne tire que peu de leçons des erreurs du passé et se contente de considérer les dérives - voire les atrocités - des différents systèmes communistes au mieux comme des errements à ne pas reproduire, ce sans mettre en cause les limites évidentes de ce système.

10-Le rouge est totalitaire.
Pour compenser les failles logiques et humaines de son système, il finit par avoir besoin d'une autorité forte. Il n'y a qu'à en prendre pour exemple les quelques pays où une révolution rouge a pu être "menée à bien". Il ne me semble pas que l'URSS, la Chine ou Cuba aient été des modèles en matière de démocratie ou de respect des droits de l'Homme.

Bon y'en a une ou deux qui font un peu répétition voire qui sont légèrement tirées par les cheveux mais fallait bien en faire 10 avec des qualificatifs différents.
Vile propagande provocante me diras-tu ? Oui, ai-je envie de te répondre, mais avec quand même un gros fond de vérité derrière.