lundi 27 avril 2009

Consumérisme

Il serait temps d'arrêter d'entretenir la confusion entre consumérisme et capitalisme.

Ce n'est pas le capitalisme qui a inventé le consumérisme. Celui-ci ne date pas d'hier et est tout simplement inhérent à la nature humaine. On a besoin de consommer pour vivre, et on aime par définition tout ce qui nous apporte du confort. Comme on ne sait pas de quoi demain sera fait, on a tendance à vouloir stocker et amasser, ce qui tend à poser des problèmes dans la répartition des ressources.
Les problématiques consuméristes remontent à la plus haute Antiquité. La tendance des hommes à gaspiller, à être obnubilés par l'amas de possessions et de richesses, ou encore par la sécurité matérielle est, par exemple, au cœur de bon nombre de récits bibliques qui ne datent pas d'hier. Même sous un système collectiviste, les gens ont besoin de consommer.

La contribution du libéralisme économique en la matière fut, par l'abondance de richesse que son application partielle engendra, de permettre à la nature humaine d'exprimer ces inclinations, de donner libre cours à sa tendance instinctive à la consommation. L'écroulement des systèmes féodaux et le progrès technique et social (qu'on attribue ce dernier au libéralisme ou au socialisme) ont, de leur côté, permis de généraliser le consumérisme et de l'étendre aux masses, au lieu de le réserver à quelques élites possédantes (sans toutefois débouter ces dernières, bien au contraire).

Ce n'est donc pas le capitalisme qui a engendré le consumérisme, mais bel et bien la tendance naturelle de l'Homme à la consommation qui a engendré les moutures actuelles du système capitaliste.

La cause de la confusion, outre l'intérêt des divers extrêmes à l'entretenir, est que le capitalisme contribue à attiser et à décomplexer le désir consumériste. La consommation étant l'étalon par excellence de la bonne santé d'un système économique donné (qu'il soit capitaliste ou non d'ailleurs), ses agents ont tout intérêt à l'entretenir, que ce soit par le biais de la publicité, du marketing, de l'innovation ou encore en faisant de certains produits un élément essentiel de la représentation sociale des individus (signes extérieurs de richesse ou même symboles d'appartenance à telle ou telle "tribu" anti-consumériste).
Et encore, parler de décomplexion me paraît abusif, en particulier dans notre beau pays où la consommation de masse garde l'image du démon tentateur, dont nous ne sommes que les victimes forcées, et certainement pas les instigateurs finalement satisfaits mais incapables de le reconnaître.

Pourtant, après déjà un moment passé à me faire en quelque sorte l'avocat d'une certaine forme de consumérisme, je n'ai reçu que trois réels chefs d'accusation rationnels à son égard. Le premier est écologiste, le second est réactionnaire, le troisième est philosophique.
L'argument écologiste est assez évident en soi : le consumérisme entretient et justifie le productivisme et son cortège d'abus environnementaux (surexploitation des sols, empreinte écologique, épuisement des énergies non-renouvelables, etc.). Je ne nie évidemment pas ce problème, même si pour moi, comme je le développerai plus avant dans un article déjà commencé et consacré à la question, la source du problème - et donc sa solution - réside plus dans la démographie que dans la consommation. N'oublions pas que la consommation sert avant tout à la satisfaction de nos besoins primaires vitaux, et qu'on ne peut donc la réduire que jusqu'à un certain point. Même si nous arrivions à diviser par quatre notre niveau de consommation actuel, lorsque la population aurait quadruplé (soit au bout d'une poignée de centenaires à tout casser), le problème se reposerait (le même raisonnement s'applique aussi à d'autres sujets, comme la production de gaz à effet de serre).
L'argument réactionnaire s'appuie sur l'assertion, non-démontrable à mon sens, que le confort matériel et l'exhortation à la consommation nuisent à la production intellectuelle et au maintien de certaines valeurs. Quand bien même cette conception s'avérerait justifiée, j'ai tendance à trouver fallacieux de préconiser une politique de masse qui privilégierait une hypothétique satisfaction intellectuelle subjective sur la satisfaction incontestable de besoins physiques concrets.
Enfin on entend souvent dire que la consommation est futile, vaine, ce à quoi je réponds que l'existence est futile et vaine, et que nos possessions ont au moins le mérite d'une existence palpable et transmissible à l'heure de notre trépas, ce qui n'est le cas ni de nos relations, ni de nos sentiments.

Mais cette aptitude à la consommation, tant décriée par les ingrats qui en jouissent si naturellement sous nos latitudes, est justement ce qui fait défaut et provoque le malheur des sociétés qui en sont privées, par exemple par un système économique inadapté. On ne me fera pas croire que les vagues de migration de Cuba vers les États-Unis ne charriaient que des réfugiés politiques, ni que le rideau de fer n'a été construit que pour retenir les camarades qui n'aimaient pas le rouge. La privation de consommation correspond tout simplement à ce qu'on appelle couramment la misère.

L'homme a besoin de consommer, que ce soit pour vivre ou pour être heureux (même si, comme toute obsession, celle de la consommation l'éloignera du bonheur, de même que la modération en la matière ne lui suffira pas pour l'atteindre).
On ne m'ôtera pas de l'idée que toute tentative d'application d'un système basé sur l'idée que l'homme peut aller à l'encontre de sa nature profonde, notamment en la matière, est vouée aux conséquences les plus désastreuses.

Est-ce que ça implique pour autant qu'on doive consommer n'importe comment, à tort et à travers, sans limite ? Évidemment non. C'est impossible, que ce soit à cause de la raréfaction du non-renouvelable ou des limites de production du renouvelable. Mais le libre marché reste, d'expérience humaine, le moyen le plus efficace de gérer la rareté des choses, en adaptant leurs prix au rapport entre ladite rareté et la demande.

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