mercredi 23 février 2011

Le bon racisme et le mauvais racisme

Afin d'introduire un tour d'horizon des réactions possibles face à la différence, je te propose une petite expérience (de pensée si tu n'as pas le budget, ça devrait marcher quand même, le résultat est intuitif) : colle 10 africains toutes ethnies confondues avec 30 blancs dans une classe/prison/salle de formation, laisse décanter et regarde la composition spontanée des groupes de TP/gangs/tables. Si ça t'est arrivé, comme à moi, de te retrouver face à une situation de ce genre, tu as sans doute compris aussi bien que moi toute la signification de la formule "Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise".

En fait c'est là le sens même de la communauté : l'exclusion des outsiders, ou comme on aime l'appeler aujourd'hui par extension abusive du terme, le racisme. On est globalement trop manichéens pour les distinguer mais il y a le bon racisme – "je préfère m'entourer de ceux que je ressens plus proches de moi, avec qui on partage plus de choses et avec qui on se comprend mieux qu'avec d'autres" – à l'origine des meilleures relations entre êtres humains, et le mauvais racisme – "ma race/religion/patrie/communauté/classe est objectivement supérieure à telles autres et fondée à leur imposer sa volonté" – à l'origine des pires.

Bien sûr on peut concevoir d'autres alternatives. La première à laquelle on pourrait penser consisterait à escamoter la différence, faire l'autruche, la dépasser complètement pour faire comme si elle n'existait pas. Cette alternative est purement théorique : elle n'existe pas, c'est une impasse pratique.

On peut également songer à l'assimilation des différents, visant à les rendre semblables, mais on retombe alors dans le "mauvais racisme" : s'attaquer à la différence plutôt qu'au différent renvoie à la même conviction de supériorité d'un modèle donné. Changer les gens est certes moins destructeur que de les exterminer, mais sur quel critère absolu décider que le modèle qu'on cherche à imposer est le bon ? Même en supposant que ça soit possible en pratique, comment mesurer ce qu'on perd et ce qu'on gagne par l'imposition autoritaire d'un modèle unique ?

La dernière alternative, déjà plus réaliste, consiste à se faire violence et à braver la différence, à découvrir l'autre et à apprendre de lui malgré elle. On pourrait l'appeler le métissage culturel. À l'échelle individuelle, c'est sans nul doute l'approche de la différence la plus prometteuse d'enrichissement. Mais l'expérience évoquée au début de ce billet, même menée dans une classe/prison du XXIè siècle, devrait te convaincre qu'on s'éloigne ainsi de nos comportements spontanés, et qu'il faudrait, pour pouvoir le généraliser à l'échelle des masses, un conditionnement encore bien plus lourd que celui que nous infligent déjà médias, Hautes Autorités et associations anti-racistes.

Finalement, le bon racisme – ou communautarisme spontanné – est sans doute la plus viable des approches non-destructives de la différence, son principal défaut résidant dans sa fâcheuse tendance à dégénérer en mauvais (et en fait seul véritable) racisme, vaniteux et agressif. Le problème est toujours le même : cette satanée tendance à vouloir rendre ce qu'on trouve bien pour soi obligatoire pour tous et ce qu'on trouve mal pour soi interdit pour tous. Le contraire de cette tendance, c'est la tolérance (l'attitude) ou la liberté (l'état duquel on se rapproche quand l'attitude se répand parmi les hommes). Cette tolérance et la garantie de cette liberté à autrui n'étant guère plus naturelles et répandues que la dilution des membres d'une minorité quelconque placée au sein d'un groupe plus grand, je me vois contraint de finir encore ce billet sur cette éternelle interrogation : comment les faire advenir ?

jeudi 3 février 2011

Les époustouflants progrès de l'imagerie médicale

Ce soir, je te présente une autre revue d'une conférence du TED, où le bien nommé docteur Anders Ynnerman nous montre comment ont émergé des sortes d'iPad géants servant de tables d'autopsie virtuelle, permettant de dévoiler et de manipuler des images de n'importe quelle couche intérieure d'un corps humain – et même animal ! On peut ainsi visualiser avec un niveau de détail jusqu'ici inégalé le cœur d'un patient avant même de l'ouvrir pour opérer, pratiquer en un temps record une autopsie exhaustive et même étendre les applications à la zoologie ou à la neurologie. Le potentiel de ce genre d'outils dans les domaines du diagnostic, de la réduction des risques chirurgicaux ou de la recherche est proprement vertigineux, sans même évoquer son aspect ludique.

Détail non moins intéressant, le chercheur nous explique aussi comment ces technologies ont pu émerger, grâce à la production en masse de cartes graphiques sans cesse plus puissantes ayant pour objet initial... le jeu sur ordinateur. Les dernières cartes graphiques NVIDIA, fruit d'un effort de développement considérable nourri quasi-exclusivement par l'insatiable appétit des gamers de tous pays pour des jeux toujours plus beaux et fluides, permettent aujourd'hui la mise au point d'un matériel médical susceptible, dans un futur proche, de sauver et d'améliorer un nombre incalculable de vies humaines.

On tient là un magnifique exemple illustrant comment les aspects les plus puérils de notre société de consommation, ceux auxquels une économie dirigée aurait sans le moindre doute accordé le moins d'intérêt, ont pu, dans un système de marché libre, déclencher une évolution totalement imprévisible dans le plus crucial des domaines économiques : la santé.

Un autre exemple fascinant est celui de la PlayStation 3, dont l'US Air Force s'est récemment procuré dans les 2000 exemplaires pour fabriquer le 33è ordinateur le plus puissant du monde, et ce pour un coût total représentant 5 à 10% de celui traditionnellement dévolu à ce genre de super-système. À 2 millions d'euro le super-ordinateur on n'en est pas encore à pouvoir parler de démocratisation, mais on se rend bien compte que le potentiel d'évolution de ce genre de technologies est impressionnant, et surtout imprévisible.